MONUMENTA 2012 : PIERRE GUYOTAT ET PASCAL RAMBERT SOUS LA NEF DU GRAND PALAIS

MONUMENTA 2012 : Pierre Guyotat et Pascal Rambert, lecture et duo dansé / Grand Palais / Paris.

Monumenta 2012 : Sous l’actuel ciel gris de Paris, les couleurs de Buren sont ternes, les performances, monotones. L’auteur Pierre Guyotat et Pascal Rambert, le chorégraphe, étaient parmi les invités de l’investiture de Daniel Buren dans les 13500 m2 dédiés à l’art contemporain de la Nef du Grand Palais.

Inspiré par la circulaire de cette magnifique verrière, la plus grande d’Europe, Daniel Buren, célèbre pour ses colonnes noires et blanches, utilise cette fois l’objet pour supporter d’énormes cercles colorés qui divisent les points de vue. C’est en se promenant à l’intérieur, en dessous de ces abris, que la vision de la Nef au travers de ces filtres, se décline aux couleurs de l’arc-en-ciel. L’impact aurait pu gagner en densité avec une convocation plus probante de la lumière. Et au centre, la vue du ciel parisien se dégage de coloration superficielle pour reprendre son état naturel, reflétant simplement dans les miroirs posés au sol cette folle armature métallique qui soutient l’immense voûte céleste, le lieu de la lumière.

L’espace du dénuement bien plus que du vide accueille deux artistes associés au travail in situ de Buren pour un et trois soirs, remplissant l’endroit de mots et de corps : Pierre Guyotat pour une lecture de Lucrèce en latin, et Pascal Rambert pour Libido Sciendi, duo dansé. Le latin est donc à l’honneur. Pierre Guyotat installe son pupitre sur l’un des grands miroirs circulaires de Buren, décentré lui, se servant d’une composante de l’œuvre comme plateau pour livrer à haute voix la lecture de De rerum natura… Il ouvre son livre de chevet, ou de prêcheur-vagabond, aux journalistes et invités qui se partagent la délicate, légère et agréable rythmique de son conte qu’il verbalise jusqu’au bout des doigts.

Accueillir ses mots en latin, leur contenance, quand cette langue nous est inconnue, est à considérer comme un défi, s’exposant sinon de fait au rejet. Imago, spacuim, lux, sonare, volitare, in luche…, les yeux vers le ciel, l’atmosphère se couvre de pesanteur, les mots résonnent et prennent le sens qu’on leur confère. On se déplace dans le texte avec Guyotat comme guide, ou gourou, comme au cœur de cette prodigieuse architecture. S’éloigner du sens pour n’observer que la forme, se servir dans le texte comme on s’adosse aux colonnes de Buren, revenir au son pour deviner ses accords, aller et venir dans l’artifice et l’édifice du décor qui créée cette soudaine achronie.

Après ce demi-succès, le latin s’accroche aux parois de la Nef du Grand Palais avec Libido sciendi ou l’autopsie du coït d’après Pascal Rambert. Un rectangle de tapis de sol balaye l’espace autour duquel les spectateurs sont venus ce soir nombreux. Le couple de danseurs se fait face, habillés en monsieur et madame tout le monde, quand débute le temps de la rencontre, celle de corps entièrement nus qui s’approchent, s’enchevêtrent, s’attaquent, s’attachent et se détachent au grès de leurs élans. Sous la verrière, balançant entre ciel et terre, ils s’abandonnent à la gravité, faisant claquer leur chair et résonner leurs râles sous ces 43 mètres de hauteur.

Performance pour ces danseurs dénudés qui s’offrent à la vue de tous et dans toutes les positions, Libid0 sciendi ramène le désir de connaissances à la sexualité des corps, à leurs étreintes, autour d’un jeu coordonné de prise et de lâcher, dépouillé d’érotisme ou de sensualité. Là où la lourdeur des corps se manifeste vous apprécierez de lever parfois la tête avec eux pour reprendre un peu de cette légèreté cosmique. Quand Buren s’attache à la libre circulation des personnes de part et d’autre du centre, la danse de Rambert ne laisse que deux brèves échappées finales, soupçons de lyrisme dans ce coït acrobatique sur tapis de sol.

Comparativement à ce duo de corps, le dispositif de l’architecte plasticien s’impose davantage par la masse de son matériau que par ses nuances. Les œuvres à l’affiche s’incrustent ainsi les unes sur les autres, sans autre célébration que celle de l’art estampillé contemporain. D’autres animations, spectacles et concerts, restent à venir jusqu’à la fin du mois au milieu de la Nef du Grand Palais de Paris.

Audrey Chazelle

Pierre Guyotat : lecture de « De rerum natura » de Lucrèce le Vendredi 1er juin, 20h
Pascal Rambert : Libido Sciendi, duo dansé les 7, 8 et 9 Juin à 21h15 sous la Nef du Grand Palais.
Monumenta 2012 – 10 Mai – 21 Juin, Nef du Grand Palais, Paris

VOIR LA LECTURE DE PIERRE GUYOTAT :
http://www.dailymotion.com/embed/video/xrem85
Pierre Guyotat_lecture_Monumenta2012 par CNAP

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