PRINTEMPS DES COMEDIENS : FOCUS SUR LA 26e EDITION DU FESTIVAL DE MONTPELLIER

FESTIVAL : Le Printemps des comédiens de Montpellier / Domaine d’O, Montpellier / Du 5 juin au 1er juillet 2012.

Le conseil général de l’Hérault est un des puissants acteurs de la culture en Languedoc-Roussillon. Quand le Gard et l’Aude s’effondrent faute de politiques volontaristes, que la Lozère fait éclore des propositions dans un territoire aride et émaillé, l’Hérault se veut le moteur d’un Languedoc-Roussillon qui cherche à rattraper son retard en matière de création régionale comme de grands événements internationaux. Pas moins de 7 festivals se suivent de Mai à Septembre dans le domaine d’O, pré-carré du Conseil Général, situé au Nord de Montpellier. Le plus ancien et le plus ambitieux en termes de budget, le Printemps des comédiens, fête sa 26e édition. Depuis deux ans Jean Varéla en tient les rennes et recentre la programmation sur les acteurs, sur l’humain et la convivialité.

Chronique des nuits infernales du Printemps : Samedi 9 Juin 2012.

La soirée commence à 18h par Extrémités, de la cie Cirque Inextrémiste. Un spectacle familial qui se joue dans un coin charmant du parc du domaine, entre une rangée de grands cyprès et un petit cours d’eau. Il fait beau et les enfants peuvent s’assoir dans l’herbe pour profiter du spectacle. Ce domaine a cela de particulier que le lieu magnifique vaut autant le détour que le spectacle.

Extrémités est une création qui manque encore de rodage et le rythme s’en fait sentir. Les numéros de ces trois acrobates (dont un en fauteuil roulant) s’enchaînent sans vraiment convaincre. Avec 4 planches de frêne et 16 bouteilles de gaz repeintes en orange flashy, les trois circassiens travaillent sur l’équilibre précaire en empilant bouteilles et planches. Mais si le spectacle manque de rythme, il pêche aussi dans la substance, car il oublie cruellement l’humanité. Au milieu du spectacle, le même tour est exécuté deux fois, une fois avec des hommes et l’autre fois avec des bouteilles. Les hommes sont remplaçables par des accessoires et cela rend froide et carrée une œuvre qui a vocation à être chaleureuse. Dès qu’il y a interaction avec le public (autre que l’obligation d’applaudir après chaque tour, enchaînés les uns aux autres sans plus de malice) la vie s’en mêle et le spectacle fonctionne. Mais ces moments sont trop rares pour ne pas s’embêter. Les enfants sont impitoyables (eux aussi) et tournent dans tous les sens.

On passe à côté de ce spectacle qui partait d’un bon sentiment : créer avec valides et invalides afin de poser la question du handicap. Une personne en fauteuil roulant est-elle un poids mort pesant pour notre société; ou chaque individu peut-il faire contre-poids de l’autre et ainsi trouver SA place dans notre civilisation instable ? Une thématique peut-être un peu trop mièvre pour un spectacle un peu trop plan-plan.

Après ce premier contact tristounet, nous voici en partance pour le haut du domaine, dans une pinède où l’on peut déguster huitres et vins blancs en toute convivialité. Presque tous les jours ont lieu des rencontres, animées par le pétillant Gérard Lieber qui fait causer les artistes invités sur leurs projets et leurs envies.

20h sonne et nous nous rendons au Chapiteau/théâtre, monté pour l’occasion. Le lieu est à la fois un théâtre éphémère (comme pour celui de la Comédie-Française, on entre dans une délicieuse odeur de bois) mais aussi un chapiteau bâché d’une immense toile rouge qui en impose. Un lieu théâtral et humain, magistral et chaleureux. La pente est idéale et même si les fauteuils ne sont pas très confortables (serrons les spectateurs pour gagner quelques sièges en plus à vendre, pas de petites économies!) le lieu s’adapte très bien au spectacle Raoul de James Thiérrée. Cette fois-ci, le spectacle est très bien rodé, la compagnie du Hannetons sortant d’une tournée internationale.

Un homme est seul en scène, au milieu de nulle part, dans un extrême-Nord réinventé. La scénographie se compose d’immenses toiles blanches et d’une sorte de tipi en métal. S’ensuit un jeu de double troublant où un autre comédien prend la place de Thiérrée sans que le public ne s’en rende compte. Le spectacle parle (sans autre mot que le prénom de Raoul qui est régulièrement hurlé) de l’enfermement et de la liberté que l’on se donne, de la solitude, de la peur. Beckett n’est pas très loin et tel Nell et Nagg, Thierrée s’enferme dans une poubelle dont sortiront moultes objets prétextes aux clowneries. Rien d’original dans les gags que l’on a déjà vu cent fois, mais l’esthétique puissante et magnifique de ce spectacle ainsi que l’interprétation toute en sensibilité de Thierrée en font une pièce unique où tout est nouveau. Ce spectacle est aussi mythique, car il combine une interprétation et une dramaturgie excellente mais aussi une scénographie, des costumes et des lumières de toutes beauté, cherchant à chaque fois la belle perfection. Mais pour autant cette pièce ne cherche pas à être efficace, elle est pleine de failles, pleines de trous et de défauts ; on nous montre souvent le trucage, l’envers du décor : un spectacle humain, profondément.

De temps en temps, apparaissent d’étranges bêtes, métaphore des démons intérieurs de Raoul, qu’il cherche à apprivoiser, comme un enfant dompte ses cauchemars. Un gros poisson-chat sympathique nous apprivoise et dessine sur le sol à la farine le signe de l’infini. Et comme il est infini ce spectacle ébblouissant, qui nous fait redevenir petits autant que Thiérrée est un enfant, monstrueux et sincère. A la fois si simple et pourtant une performance épatante : les acrobaties sont empruntées à la tradition circassienne, les jeux comiques sont à la hauteur de Charlie Chaplin, les chorégraphies (notamment une sur le temps, en fin de parcours) sont de haut vol et pourrait très bien s’accrocher au répertoire des plus grands ballets. La salle applaudit à tout rompre, standing ovation méritée pour un créateur génial à la sincérité émouvante.

C’est aussi ce qui nous attend avec la dernière pièce du jour : Les Trois Richards, d’après Shakespeare et monté par Dan Jemmett, metteur en scène à la mode, de la Comédie Française à Eric Cantona. Certains n’ont pas volé leur notoriété. On entre en « shakespearie » par le petit trou de la serrure : le spectacle est un condensé (à peine 1h30), une quintessence de Richard. La pièce est narrée par Richard lui-même. Mais comme il y a de quoi faire, le metteur en scène convoque trois Richard, en costume élisabéthain, perruque et collant comme il se doit. Mais le ton et la mise en scène font plonger le spectacle vers le burlesque, à la manière d’un cabaret des années cinquante. Ces trois acteurs, avec un petit air de Famille Adams, jouent cette histoire en interprétant tous les personnages, qui apparaissent grâce à une fraise ou un morceau de manche. Les morts se suivent, et le public a toujours l’œil aux aguets. Personne ne somnole tant le rythme et la viscéralité des acteurs captivent. Valérie Crouzet passe avec éclat d’un Richard violent à une Reine bouleversante avec la plus déconcertante facilité. D’un mouvement de sourcil elle fait se tordre de rire toute l’assemblée du grand amphithéâtre en plein air et d’une inflexion de voix insinue avec une grande sincérité toute la douleur.

Ce Richard III en visite chez Eastenders est à la fois jouissif de décalage absurde (les personnages meurent en buvant de l’adoucissant autour d’une machine à laver) et m’a permis de saisir enfin cette pièce énigmatique. Comme Richard est un personnage omniscient, on comprend enfin ce que peux lui trouver Lady Ann, puisque c’est lui, démiurge tout puissant, qui joue tous les personnages. La seule entité qui sera plus forte que Richard est la musique rock qui ponctue le spectacle et donne toutes les indications pour la marche à suivre (en prenant au premier degré Hightway too hell par exemple). Un spectacle ludique et intelligent, jouissif et tendre, qui laisse en joie jusqu’au dernier tramway. Avant une prochaine soirée « infernale » du Printemps des comédiens.

Bruno Paternot

Printemps des Comédiens, du 5 juin au 1er juillet 2012. / « Extrémités » par la cie Cirque Inextremiste / « Les Trois Richard » d’après Richard III par la Compagnie des Petites Heures / « Raoul » par la Cie du Hanneton, ces trois spectacles ont été donnés le 9 juin dernier dans le cadre du Pintemps des Comédiens à Montpellier.

PROGRAMME : http://www.printempsdescomediens.com/ap2012/programme12/sommaire.html

Visuels : « Raoul » de James Thiérrée / printemps des comédiens 2012.

Comments
One Response to “PRINTEMPS DES COMEDIENS : FOCUS SUR LA 26e EDITION DU FESTIVAL DE MONTPELLIER”
  1. Remi Lecocq dit :

    il serait bon d’ouvrir les yeux chère Bruno,
    les bouteilles n’ont jamais été repeinte en orange flashy, c’est la couleur d’origine de la marque Repsol (marque espagnole répendu dans le sud de la france) et les nombreuses rayures témoignent de leurs usures ainsi que de votre besoin de lunettes.
    Sachez de plus que bien des choses ont du être adaptés pour jouer dans ce magnifique parc en pleine apres midi…
    et oui, en tant que modeste compagnie non subventionné, nous ne jouons pas dans les conditions pour lesquelles est prévu le spectacle… donc j’ose espérer que le froid ressenti est du a l’absence des projecteurs qui produisent environ 80000 joules chacun et permettent en outre d’appuyer le propos et ainsi de rendre plus clair le contenu du spectacle.

    Pour terminer, comme beaucoup de personne pense l’inverse de votre opinion en ce qui concerne l’humanité dans le spectacle, votre avis nous interesse.
    Je vous invite donc a revenir nous voir lors d’une de nos dates à venir… (voir sur le site : http://inextremiste.com/ )

    N’hésitez pas à préparer vos suggestions afin d’améliorer notre brouillon en papotant devant un verre…

    Rémi du cirque inextremiste

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