L’ÂME DES TERMITES, LE ROI LEAR PROLOGUE : DEUX SPECTACLES DU PRINTEMPS DES COMEDIENS

« L’âme des termites » / « Le Roi Lear – Prologue » / 15 juin 2012 / Focus sur le 26e Printemps des comédiens 3e.

Une soirée du 15 juin qui commence joyeusement par une rencontre avec Denis Podalydès qui présente sa version du « Bourgeois Gentilhomme » de Molière. L’espace «rencontre» est à l’image de l’amphi le soir : plein à craquer. Le dialogue entre Gérard Lieber (modérateur des rencontres et professeur en Études Théâtrales à l’Université Paul Valéry) et le metteur en scène est brillante, très instructive et pleine d’humour.

Plus tard, cela nous conduit à l’autre bout du domaine, au théâtre d’O, salle chaleureuse de 250 places qui fonctionne à l’année. Pour ce faire, on traverse le parc, entre les odeurs gourmandes du restaurant et l’espace micocoulier d’où émergent les gammes des acteurs de « Les Numéros, Cabarets » qui s’échauffent.

L’âme des Termites est un spectacle de Joss de Pauw, un des deux artistes dont on nous présente le parcours dans le festival. Dans une scénographie toute bois, Joss de Pauw vient donner une conférence sur les termites. A l’image des termites qui construisent leurs termitières de l’intérieur vers l’extérieur, ce qui donne une architecture très particulière, ce spectacle se construit sous nos yeux sans architecture apparente. Les spectateurs envieux de dramaturgies efficaces en seront marris mais si on se laisse happer à l’intérieur de la termitière, les glissements se font sans mal. Car de la conférence biologique sur l’ordre des termites, le spectacle glisse et dérive vers l’ordre humain et vers la vie du scientifique lui-même. Deux musiciens viennent nourrir un peu plus l’aspect fouillis du spectacle en ponctuant les divers interventions de musiques qui se feront en quasi-accostique du duo violoncelle-violon soit avec des instruments électriques et un son très saturé. Tantôt ils viennent illustrer les bruits d’une termitière, tantôt les voilà accompagnant l’acteur pour un moment de poésie sonore.

Le fait que le spectacle soit sur-titré (il est joué en flamand) intégralement, même les blagues en apartés, nous fait perdre quelque chose du naturel, de ce qui pourrait être improvisé dans la conférence. «Regardez-moi bricoler» dit l’acteur-conférencier. Et malheureusement, on voit bien que rien n’est bricolé, que tout est millimétré, au termite près, et malgré les petites pastilles folles (un blues du termite très réussi tant musicalement que dramatiquement), le spectacle manque de folie. Tout cela est sage, bien trop sage. Cette folie ce retrouve sur la fin, qui se termine sur trois images à la fois déconcertantes et créant un tissus d’images : la chanson Aline de Christophe, Joss de Pauw défilant en robe de mariée et une photo d’un satellite.

A quelques mètres de là, se joue un spectacle de Vlad Troitskyi, autre artiste dont on pourra parcourir une partie de l’œuvre. Troitskyi fait parti d’une nouvelle génération d’artistes protéiformes ukrainiens dont les propositions renouvellent et dynamisent la scène de l’autre pays du football.

Le Roi Lear, prologue est un spectacle sans parole porté par douze acteurs et quatre musiciens. Il est en deux parties afin de permettre un changement de décor : la découpe du royaume de Lear en trois parties pour ses trois filles puis le début de déchéance de ce roi, accéléré par l’ingratitude de deux de ses enfants.

La scénographie minimaliste (des pneus, des chaises) et l’absence de dialogue met en avant une musique éblouissante du groupe DakhaBrakha qui associe de façon très personnelle musique traditionnelle des Balkans et sonorités contemporaines. Pendant ce temps, de grandes figures sont convoquées : la mort en K-way, les mariées, le père mafieux à tête de singe… Tous les personnages sont masqués et la lumière très tranchée ce qui donne au spectacle une allure explosive toute en force. C’est un peu Kantor chez Goran Bregovic, à la fois glaçant et profondément joyeux.

Dans ces danses folkloriques mondiales (aussi bien d’Europe de l’Est que d’Asie) réinventées sous acide se joue un rituel païen violent dont Lear sera le centre malheureux. Du moins on le suppose, car si le théâtre d’image raconte un texte, il se trouve dans un entre deux bien inconfortable. On cherche à coller à l’histoire qui n’est pas racontée sans pouvoir se laisser emporter par les images. Toute la première partie nous capte par la force des images, sur le rapport du peuple avec le pouvoir (on fait bien évidemment le lien entre l’Ukraine d’aujourd’hui et l’Angleterre Shakespearienne).

Mais du fait qu’il n’y ait pas de performance réelle de la part des acteurs, que la musique se retraditionnalise de plus en plus et que la seconde partie soit plus obscure au niveau du sens, le spectacle perd un peu de sa force première, même s’il reste une des propositions artistiques des plus originales de ce Printemps des comédiens.

Bruno Paternot

photos MARIE CLAUZADE

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