MOUVEMENTS & PAROLES AU PRINTEMPS DES COMEDIENS

26e Printemps des comédiens à Montpellier.

Trois propositions alléchantes et radicalement différentes ont été proposées en cette fin de Printemps des Comédiens : la lecture de Plus vite que la lumière de Rasmus Lindberg, La Vie de Galilée de Brecht et la dernière création des 7 doigts de la main : Séquence 8. Les trois propositions liant paroles et mouvements avec plus ou moins de réussite.

Le texte de Rasmus Lindberg commence par un chat qui tombe et qui dit :« Si je savais parler ». C’est bien sous le signe de la chute et de la parole que s’agence cette soirée. La compagnie montpelliéraine Primesautier Théâtre, dirigée par Antoine Wellens, connait bien l’œuvre de Brecht, étudiée à l’université de Montpellier (le premier texte de Wellens auteur, Elektrik Capharnaüm, est d’ailleurs dédié à Luc Boucris qui fût l’un de ses professeurs) ; œuvre brechtienne travaillée lors des ateliers que Primesautier propose maintenant aux étudiants ; montée avec La vie de Galilée et une foule d’actions gravitationnelles autour de l’Étoile Galiléenne (pour plus d’infos, voir leur site : http://primesautiertheatre.org). La vie de Galilée est la vision subjective de Brecht (ou plutôt de sa maitresse de l’époque puisque l’on sait qu’elles participaient« activement » à l’écriture des textes) du savant Galiléo Galilei et de son époque. Un biopic avant l’heure, en bonne et due forme, qui retrace les évènements marquants de la vie du savant.

Dans la version d’Antoine Wellens, l’espace scénique est divisé en de nombreuses micros-parties : deux coins écran, un coin canapé, un coin bureau… Dans les cintres, des lampes et lustres par dizaines ainsi que des néons bleus qui éclaireront plus ou moins la scène en fonction de l’énergie du plateau. Si cette compagnie s’empare du texte, elle s’empare aussi de la doctrine brechtienne dans son ensemble. Ainsi, trois acteurs (Fabienne Augié, Stephan Delon et Camille Daloz) se partagent les répliques selon qu’il s’agit du Galilée fonceur et joyeux, du scientifique misanthrope ou de l’homme calculateur (c’est en tout cas ce que j’ai pu voir).

«Depuis toujours, l’affaire du théâtre,  comme d’ailleurs de tous les autres arts, est de divertir les gens.» nous dit le grand maitre allemand, tout en leur permettant de réfléchir et sans faire des spectacles une foire à la morale. Pari réussi pour ce spectacle honnête où l’on voit clairement ce qui est de l’ordre du texte, de la volonté de mise en scène et du jeu d’acteur. Pas de tricherie, cette proposition est limpide et sincère. L’humour est présent tout du long, sans pour autant prendre les spectateurs pour des blattes, distanciation oblige. Ce qui est beau, c’est que l’on voit une création de troupe, chacun y met du sien, sincèrement et l’on sent la parole en mouvement, de sa naissance à sa compréhension.

De la même façon que la très belle Antigone de Sophocle mis en scène par Gwenaël Morin (présentée du 18 au 23 au Domaine d’O et en décentralisation dans le département), le spectacle repose essentiellement sur la qualité de jeu des acteurs et leur capacité à osciller entre gestus du personnage et naturel de leur personnalité . Chez Wellens, la théâtralité n’est pas toujours présente mais la sincérité théâtrale ne manque pas. En plus, pour bien divertir, le spectacle emporte par une forte esthétique très personnelle qui crée un univers dont chacun des acteurs serait une planète tournant autour.

Séquence 8, par le cirque canadien les 7 doigts de la main est aussi une création de groupe (ils sont sept à la direction artistique et huit au plateau) et nous parle de mouvement. Mais cette fois-ci en revanche, le mouvement ne raconte rien. Les circassiens/danseurs/acrobates enchaînent des numéros traditionnels de cirque les uns après les autres comme on ferait un collier racoleur pour mémère décorées… Autant au Théâtre d’O on peut voir de la pensée en mouvement autant dans l’amphithéâtre d’O le mouvement sans pensée dégouline. Et le public endort son cerveau bien sagement en applaudissant toutes les 45 secondes environ, à chaque galipette de nos petits chiens dressés.

Contrairement au cirque Plume ou à la Cie du Hanneton, la technique physique est au service de l’hébétude et non de l’émerveillement. Contrairement aux artistes qui réussissent tout mais l’air de rien, le cirque des 7 doigts de la main s’acharne à nous montrer à quel point c’est dur les tours qu’ils font, à quel point c’est fatiguant, à quel point il faut être musclé pour pouvoir réussir (c’est vrai que ces 6 hommes et 2 femmes sont très croustifondants en sous-vêtements à remuer leurs petites fesses mais est ce que l’on vient au spectacle vivant pour ça ?)

Parce que les acrobaties s’exécutent sur fond de Björk, on se permet de dire que ce spectacle est révolutionnaire et rénove complètement le cirque contemporain. Comptant pour rien, on assiste béa à un truc tout droit sorti d’il y a cinquante ans, sans dramaturgie, sans enjeu et sans sincérité. Mais rassurons-nous, ce spectacle est promis à une belle carrière, dans l’amphi blindé, mille deux-cent quatre-vingt-dix-neuf personnes applaudissent à tout rompre et le seul ronchon que je fus s’en est allé avant la fin râler dans son coin.

Bruno Paternot

Visuel : Antigone, ms Gwenaël Morin

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