LES ARENES D’ARLES A LA CROISEE DES ARTS

Féria du riz 2012 – Corrida goyesque du samedi 8 septembre 2012 à 17h30. Cartel : Pablo Hermoso de Mendoza (2 toros de San Mateo) / Juan Bautista et José Maria Manzanares (4 toros de Victoriano del Rio)

A l’heure où l’art de la tauromachie en Espagne comme en France est remis en cause par l’activisme militant des associations anti-corrida, une Question Prioritaire de Constitutionnalité étant d’ailleurs soumise ces jours-ci devant le conseil constitutionnel -cela en pleine saison des ferias de septembre (Arles la semaine dernière, Nîmes le week-end prochain)- retour sur une forme particulièrement prisée des aficionados et du grand public : la corrida goyesque, grande forme à  laquelle de nombreux créateurs contribuent avec passion (Christian Lacroix, Claude Viallat, pour la feria du riz 2012 le peintre Loren)… 

 

Cette année encore l’empresa d’Arles propose pour la féria du riz une corrida goyesque, corrida de l’Art, et une corrida concours, corrida à la gloire du toro qu’attendent avec impatience les aficionados toristas en espérant découvrir enfin le toro bravo idéal qui n’existe que dans leurs rêves.

La corrida goyesque se déroule comme une corrida classique mais comporte des différences de présentation en référence à l’époque de Goya. Le traditionnel habit de lumière est remplacé par un costume de torero du XVIIIe siècle avec broderies noires et la montera par un bicorne.

Cette corrida, à vocation historique et artistique, permet chaque année une rencontre entre l’Art contemporain et l’Art séculaire de la tauromachie.

Cette année la décoration des arènes a été confiée à Loren, artiste plasticien français vivant à Séville et passionné de tauromachie. Loren utilise la muleta comme un pinceau et fige les mouvements fugitifs de la faena dans cet art plastique qu’il a baptisé « toréographie ».

89 planches de couleurs vives type pop’art entourent l’arène en recouvrant la totalité de la barrera et évoquent des passes de muleta, sans cesse recommencées mais toutes différentes, allant du geste de défense généré par la peur à la caresse délicate et inspirée du toréro qui fait corps avec son toro.

Loren a revêtu le sable blond habituel de l’arène d’un sable de couleur ocre rouge de Provence et les deux ellipses concentriques délimitant les zones de piques sont couleur or, comme pour se substituer au scintillement des habits de lumière. Les burladeros sont revêtus de reproductions monocolores de tableaux d’époque, sans doute de Goya.

Au fur et à mesure du déroulement de la corrida, l’arène porte les traces du combat. Le sable ocre rouge se mêlant au sable blond, l’œuvre de Loren s’efface progressivement, comme pour souligner l’aspect éphémère de l’art du matador.

Loren offre ainsi à cette corrida un magnifique écrin.

Pour apporter une couleur sonore supplémentaire aux classiques pasodobles taurins, la peña Chicuelo II des arènes est complétée par le chœur Voce et une chanteuse soprano. Ce complément choral, d’un bon niveau, souffre d’une amplification malvenue qui s’accorde mal avec l’authenticité de la corrida et qui occulte parfois les nuances d’une faena.

Corrida décidément atypique, dite mixte, puisque le cartel se composait de deux toreros à pied, Juan Bautista et José Maria Manzanares et d’un rejoneador, Pablo Hermoso de Mendoza, torero à cheval faisant autorité et reconnu comme le meilleur de son époque.

Mendoza était opposé à deux toros de l’élevage San Mateo. Ne forçant pas son talent avec le premier toro, un peu terne, sa rencontre avec le deuxième toro fut un triomphe récompensé par deux oreilles.

Soutenu par une cavalerie irréprochable de chevaux-toreros andalous de toute beauté, Mendoza redonne vie au mythe du centaure. On ne sait plus qui torée de l’homme ou du cheval. Nous retiendrons longtemps ces moments fugitifs où le cheval et le toro se regardent les yeux dans les yeux, où le torero s’incline front contre front entre les cornes du toro.

Juan Bautista, torero arlésien très présent dans les arènes d’Arles qu’on pourrait soupçonner de pratiquer un népotisme à la romaine, a brillé et obtenu deux oreilles plutôt généreuses devant son premier toro qui présentait des caractères certains de bravoure et de noblesse. Bonne faena variée et créative s’achevant sur de belles manoletinas et ponctuée par une mise à mort foudroyante.

Dans l’esprit d’originalité et de recherche artistique lié à la corrida goyesque, la musique et les chœurs, abandonnant provisoirement les traditionnels pasodobles taurins, accompagnèrent cette faena par un concerto d’Aranjuez bien interprété mais sur un tempo trop lent pour le toreo de Bautista qui, tout en étant plein de panache, manque souvent de temple, de style et de profondeur.

On aurait enfin aimé de sa part  plus de persévérance et de domination devant son deuxième toro, plus compliqué et dangereux.

José Maria Manzanares se présente désormais comme un torero majeur de sa génération et digne héritier de l’Art de son père. Devant deux toros difficiles il a construit ses faenas avec inspiration et domination tout en dessinant de magnifiques redondos.

Ces deux faenas, porteuses d’émotion, méritoires et raffinées malgré un danger omniprésent, se sont malheureusement soldées par un échec à l’épée et au descabello qui a privé le torero de trophées.

Au final une belle corrida goyesque à la croisée des Arts dans l’écrin composé par Loren avec des toros intéressants et une sortie a hombros de Bautista et Mendoza. On ne peut qu’encourager l’empresa d’Arles pour maintenir un tel programme dans la féria du riz en présentant en fin de saison deux facettes fort différentes de la tauromachie.

JLB

Visuels : 1/Corrida goyesque Feria du Riz Arles 2012 / 2/Les arênes revisitées par Christian Lacroix pour la corrida goyesque d’Arles en 2006 / 3/corrida goyesque 2010 4/ le peintre Loren et ses « torografias » / photos DR

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