« LES PETITES VISITES D’AUGUSTINE » : HELENE BOUTARD A BORDEAUX

« Les Petites Visites d’Augustine » / Hélène Boutard / La Boîte à Jouer / Bordeaux / Jusqu’au 6 octobre 2012.

« Drôle de drame », comi-tragique, incarné avec fougue dans l’un des plus anciens théâtres de Bordeaux (La Boîte à Jouer) par une jeune comédienne-auteure, assez décalée, Hélène Boutard.

Elle campe dans « Les petites visites d’Augustine » une femme sans âge (déjà !) mais non sans fantasmes ! Animée par une énergie qui masque sa peur de s’effondrer, si elle ne pouvait plus compter sur les lois de la physique pour la maintenir en mouvement, Augustine (Auguste sans nez rouge, mais qui s’inscrit dans sa lignée) fait irruption dans le bar du petit théâtre pour venir haranguer les spectateurs en attente devant un verre. Du haut de son escabeau qu’elle utilise comme une tribune, elle présente son projet de nous guider dans ce haut lieu de représentation des arts vivants. Ainsi accompagnés, les spectateurs traverseront les loges des acteurs pour atteindre ensuite la scène … faisant face à l’espace qui leur est habituellement attribué : des rangées de fauteuils tendus de velours rouge… Ce renversement de points de vue met chacun en état de mieux comprendre ce qui va se jouer …

Utilisant tour à tour les ressources des arts du cirque, de la danse et de la chanson (La Castafiore en pâlirait de jalousie!), elle va dérouler devant nous, pris à témoins, complices, le récit  des grandeurs et décadences de l’Empire d’Augustine. Et ce que l’on ressent, c’est qu’effectivement tout empire dans cette existence étriquée où la solitude n’a pas encore réussi à tuer les rêves. Ainsi, l’amour, elle le rêve … plus qu’elle ne le vit. Il y a quelque chose de cruel et de touchant dans cette façon burlesque de dénier la souffrance comme pour mieux l’exorciser. Et, si elle nous fait rire tout en nous émouvant, c’est que « l’espace » qui nous sépare d’elle n’est pas si grand qu’on pourrait le penser ; d’ailleurs, au début de la représentation, n’occupions-nous pas cet espace qui est devenu maintenant celui où se joue la comédie de la vie d’Augustine … qui est aussi un peu la nôtre? Nous aussi nous trouvons alors dans le rire un refuge salvateur.

Mais, ce qui semble encore le plus réussi, c’est lorsqu’ Augustine se met à interroger le sens des mots et des expressions quotidiennes. Nous sommes instantanément transportés dans l’absurde d’une « logique » sans raison, qui nous mène tout droit vers la folie. D’ailleurs, la pauvre Augustine, malmenée par ces interrogations sans queue ni tête implose plus qu’elle n’explose tant les tensions en elle deviennent impensables.

Ce spectacle est tonifiant à souhait, comme la programmation de ce théâtre (petit certes par la taille, mais non par son projet) voué à la création artistique et à la découverte de nouveaux talents : un lieu bordelais à faire connaître aux nouveaux arrivants.

Yves Kafka

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives