LE THEATRE PARIS-VILLETTE SUR LA SELLETTE : ENTRETIEN AVEC MARIE PIEMONTAISE ET BRUNO GESLIN

TRIBUNE : Théâtre Paris-Villette, : entretien avec Marie Piemontaise et Bruno Geslin.
A l’heure où le théâtre Paris-Villette est gravement menacé, un point sur la situation.

Depuis plus de 25 ans, Patrick Gufflet et son équipe mènent au théâtre Paris-Villette une intense politique de découverte de langages, de créations théâtrales et interdisciplinaires. Loin de la « réponse à la demande », le Théâtre Paris-Villette est parvenu à constituer un pôle de référence dont témoigne la découverte en son sein de nombreux artistes comme Joël Pommerat, Claire Lasne, Benoit Lambert, Arnaud Meunier, Jean-Paul Delore… Après plusieurs mois de discussions infructueuses, la Ville de Paris annonce brutalement la fin des subventions municipales au Théâtre Paris-Villette. Le 17 octobre la délégation du théâtre est reçue à l’Hôtel de ville, a sa sortie la Mairie de Paris refuse en bloc les revendications du Paris Villette.

Inferno : Comment s’est déroulée cette rencontre entre la délégation du théâtre Paris-Villette et Bruno Julliard, adjoint à la culture ?

Marie Piemontaise : C’est la première fois que l’on commence à prendre en considération les conséquences de l’acte qui a été prononcé. Il y a une délégation de dix personnes qui sont venues à la rencontre de Bruno Julliard, adjoint à la culture. Il y avait des salariés, des intermittents, des syndicats. Notre position a été d’obtenir d’eux un signe pour que tribunal puisse gagner du temps, afin de trouver une solution pour que la saison puisse se jouer au théâtre Paris-Villette. A cette demande il nous a été clairement répondu que ce n’était pas possible.

Cependant nous avons sentis qu’ils étaient dans une très mauvaise posture par rapport aux réalités catastrophiques des compagnies et des salariés. Ils nous ont donc promis de faire un effort sur tout ce qui pourrait se faire en faveur du théâtre. Ils ne se sont en rien engagés concrètement, mais nous nous sommes quittés sur la nécessité de se revoir très bientôt. Evidemment tout ça est conditionné par le jugement qui peut être prononcé demain, et peut être une liquidation judicaire qui sonnerait comme une fin définitive du lieu. Une liquidation judiciaire, en gros, ça signifie que du jour au lendemain, un administrateur judiciaire pourrait venir au théâtre Paris-Vilette, vendre tout ce qui est à vendre et payer les dettes du lieu. Ce que l’on ne mesure pas c’est la vitesse que peut prendre ce genre de mesure.

Bruno Geslin : Pour l’instant nous sommes dans un rapport d’écoute. Mais ce qui est compliqué, c’est le fait qu’aujourd’hui il y a des échéances immédiates pour que le spectacle puisse avoir lieu. Ce sont des réalités qui vont au-delà de l’effet d’annonce. Par exemple, le spectacle Dark Spring de la compagnie la Grande Mêlée joue dans 15 jours pour trois semaines. La proposition de trouver un autre théâtre dans 15 jours est complètement irréaliste. D’ordinaire, on reproche aux artistes de ne pas avoir les pieds sur terre, mais là pour le coup, on peut retourner ce reproche contre les politiques.

Maintenant, il y a des réalités très concrètes pour mon équipe : c’est dix neuf dates qui n’ont pas lieu au Paris-Villette. Dés lors, la moitié des artistes perdent leur statut d’intermittent. Cela, c’est la réalité économique qui se heurte de plein fouet au travail rêvé, pensé par la compagnie depuis trois ans. Ce sont des montages financiers, des soutiens comme la DRAC ou Arcadie. En fait, ce que l’on nous propose c’est un enterrement de première classe ; ça peut aller très loin, c’est une sorte de jeux de massacre et à la fin, des compagnies peuvent déposer le bilan. A un moment donné, il faut être cohérent avec un discours qui voudrait garantir un rapport au théâtre, à la culture. J’ai voté à gauche, mais maintenant, ce que l’on veut ce ne sont plus des paroles. Si on a voté majoritairement François Hollande on est en droit d’attendre des actions derrière les discours.

Cette situation catastrophique montre que les paroles ne prennent pas en compte la réalité immédiate, c’est à dire les conséquences humaines d’une telle situation. Mais Je ne vois pas pourquoi il ne serait pas possible de relever l’état des choses. Admettons que la même chose se passe dans l’industrie, immédiatement il y a une levée de bouclier. Le théâtre est à 80% financé par la ville de Paris, ce que l’on attend ce sont des preuves concrètes de ce discours socialiste auquel on croit. Tout ça, c’est une question de rendez-vous, on continue à être de gauche. On a mis beaucoup d’espoir dans cette municipalité, dans ce gouvernement. On est devant un mur, et là tout le monde observe comment les politiques vont prendre leurs responsabilités à l’égard de la situation du théâtre Paris-Villette.

Propos recueillis par Quentin Margne

Une pétition de soutien est en ligne sur le site du théâtre : http://www.theatre-paris-villette.com/#

Le prochain spectacle programmé, qui n’aura peut-être pas lieu : Dark Spring / texte Unica Zürn / de Bruno Geslin / Claude Degliame / Coming Soon du 7/24 novembre

Visuel : Dark Spring.

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