« PREMIER AMOUR », AU THEATRE DE L’ATELIER : BECKETT LIVRE DANS UN SOUFFLE MORNE

« Premier amour » / Beckett / Sami Frey / théâtre de l’Atelier / Jusqu’au 30 novembre 2012.

Sami Frey met en scène et interprète « Premier Amour » dans un décor sobre et sombre, avec une voix brûlant d’épuisement. Une incarnation profonde mais essoufflée, qui ne parvient pas à faire vivre toute la force étrange de l’univers de Samuel Beckett.

Un immense mur couleur terre, deux bancs côte à côte, la lumière rouge d’une sirène. C’est dans ce décor dont on ne sait s’il est celui d’une prison, de l’antichambre de la mort, ou de tout autre espace confiné plus fictionnaire, que Sami Frey conte le « Premier amour » de Samuel Beckett. C’est un homme las, usé, qui commence à parler de la mort de son père, à laquelle il associe « à tort ou à raison », son mariage. Un ancien amoureux épuisé, qui prend du temps pour faire part de son expérience avec Lulu, rencontrée sur un banc, qui l’aura ouvert à ce sentiment amoureux. Un affect si terrifiant et non bienvenu pour lui.

Le texte de Beckett écrit en 1945, respecté ici à la lettre, retrace une histoire d’amour évidemment à l’encontre du classique, du romantique, du possible, tout en mêlant cependant parfois à la crudité de très fins passages poétiques. La rencontre est parsemée de fantaisies, de surprises, de micro-événements absurdes qui masquent en réalité toute la difficulté de se comprendre, et le rejet que l’amoureux marque contre ce qu’il éprouve. Ce n’est pas toujours une histoire heureuse non plus, mais le grave se voit souvent dédramatisé. C’est un aveu teinté de cynisme, mais dont l’humour se veut toujours saisissant d’étrangeté et d’insolite.

Dans le passage à la scène choisi par Sami Frey, la nouvelle de Beckett s’est transformée en confidence triste, désespérée. Celle d’un homme déshumanisé, lorsque sous la menace de la lumière rouge qui s’éveille et de la sirène qui se fait entendre, il est contraint d’effectuer une marche militaire, fébrile et boiteuse. Dans cet atmosphère lourd, mais par conséquent alourdissant, l’interprétation de Sami Frey, si juste soit-elle, avec des moments de grâce suscitant rire et attachement, reste bien monotone. La lassitude qu’il exprime, si elle l’est avec profondeur et intériorité, ne parvient que très difficilement à sortir elle-même d’un piège lassant. La puissance du néant et de l’absurde de Beckett se perd dans ce rythme lent, et cette mise en scène statique.

Seules résistent la délicatesse d’une forme de refus d’aimer, l’imprégnation touchante d’une résignation, dans certains soupirs saisissants. Le reste étant amoindri dans un souffle morne.

Aude Maireau

« Premier amour » en tournée : du 19 Septembre 2012 au 30 Novembre 2012 / Théâtre de l’Atelier – Paris (75018)

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