« INSTANCES » : L’AFRIQUE DU SUD RENTRE DANS LA DANSE

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DANSE : FESTIVAL INSTANCES (10e édition) / Scène nationale / Chalon sur Saône / décembre 2012.

Ce festival de danse contemporaine, né d’un partenariat entre l’Espace des Arts, scène nationale de Chalon sur Saône et le conservatoire à rayonnement régional, s’étend sur cinq soirées très intenses. Y sont programmés des pièces récentes et une forte proportion de créations. Les tarifs en sont résolument attractifs, et deux des représentations sont en entrée libre. Une occasion précieuse pour le public, qui vient de toute la Bourgogne et des régions alentours, de s’ouvrir à la danse contemporaine et de faire de belles découvertes.

En 2012, « Instances » fêtait ses dix ans. Dix ans de liberté et de prise de risques, pour montrer autre chose. La programmation de ce cru 2012 proposait un focus sur l’Afrique du Sud ainsi que deux créations françaises et une étape de création qui aboutira cet été, à l’occasion d’un autre festival, « Chalon dans la rue ».

Le lien entre tous les chorégraphes présents ? Des interrogations humaines, sensibles, mais également résolument engagées, qui trouvent leurs réponses dans le geste artistique.

Cette dixième édition interroge la place de l’humain au sein de la société sud-africaine d’aujourd’hui, mais aussi dans la société tout court. Une société dans laquelle les identités sont en crise, les identités noires ou métisses, mais aussi celle des artistes, soumis à une économie capitaliste contraire à toute logique de création, qui condamne les danseurs à une course perpétuelle, à produire du quantifiable. Une société qui voudrait nous faire taire, nous interdire et nous étiqueter, sous couvert de respect, de santé publique, ou de logique commerciale. Une société où le doute, l’ambiguïté et la marge sont vécus comme nocif ou dangereux. Une société individualiste mais où chacun, toujours, doit justifier du groupe auquel il appartient, qu’il l’ait choisi ou non.

La problématique de l’identité se pose sous une forme extrêmement violente et destructrice en Afrique du Sud, où l’Apartheid a laissé bien des blessures ouvertes, et où le néolibéralisme à tout crin est loin d’avoir arrangé les choses. Mais ces questions nous concernent également en occident, et c’est là que la pluralité des regards proposés sur ces cinq jours agit comme un révélateur. Les pièces du puzzle, soir après soir, s’assemble sous nos yeux, pour en montrer toute la complexité.

Si vous avez peut-être déjà entendu parlé de Dada Massilo, qui a connu un grand succès aux Biennales de la danse à Lyon, et qui présentait ici une pièce courte, en solo, pour parler de la condition féminine en s’appuyant sur les femmes de la tragédie classique, vous n’avez sans doute jamais eu l’occasion de découvrir ni le travail de Desiré Davids, qui aborde la problématique complexe et méconnue de l’identité métisse après l’apartheid, ni celui de Nelisiwe Xaba, qui présente deux courtes pièces très politiques, sur le regard du blanc (y compris lorsqu’il est français) sur le noir et sur un aspect particulier de la politique de santé publique sud-africaine face à l’extension du Sida : la promotion de la virginité avant le mariage.

A découvrir, des femmes sud-africaines donc, mais aussi des hommes : Gregory Maqoma, qui traite lui aussi d’identité, de rapport à l’histoire, et d’un certain rapport à l’africanité, Eric Languet (réunionnais) et Pj Sabbagha, réunis autour de la question du libéralisme et de ses implications dans les rapports humains et dans la vie des danseurs.

Autres rendez-vous prometteurs : ceux d’Alban Richard qui n’en est pas à sa première participation au festival, et qui y a ses aficionados, et Johanne Saunier accompagnée de Mathurin Bolze pour sa dernière création. Alban Richard a choisi cette année d’offrir un regard inattendu sur le monde, à travers un questionnement presque cinématographique sur la narration, l’espace et le temps, et Johanne Saunier utilise la référence aux marathons de danse, très en vogue durant la grande crise aux États-Unis, pour nous parler de ce que devient la condition du danseur aujourd’hui.

En parallèle avec ce programme riche en rencontres avec de fortes personnalités, n’oublions pas Fabrice Guillot, chorégraphe explorateur de la danse verticale, qui présentera une étape de travail de sa prochaine création.

Maya Miquel Garcia

Retrouvez toutes les critiques du festival Instances dans notre dossier spécial : https://inferno-magazine.com/category/instances/

Visuel : Désiré Davids / Dance Umbrella 2012 / Photo : John Hogg/Dance Umbrella.

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