OEUDIPUS / BÊT NOIR : WIM VANDEKEYBUS AU THEÂTRE DE LA VILLE

ultima_vez1

Wim Vandekeybus : Oeudipus / Bêt noir / Théâtre de la Ville / 28 janvier – 3 février 2013.

Le sphinx sera bel et bien sur scène sur toute la durée du spectacle, installation plastique remarquable, à la fois mystérieuse et prévisible. Sous son regard impassible, se déroulera la tragédie d’Œdipe, qui dans la vision de Wim Vandekeybus prend des allures d’opéra rock.

Le chorégraphe flamand reconnu pour son impétuosité s’attaque pour sa nouvelle création à un des mythes fondateurs de la civilisation occidentale. Il s’inscrit dans une lignée marquée par les œuvres de Gide, Cocteau et Pasolini, et qui passe également par les thèses de la psychanalyse freudienne. Le sujet taraude Vandekeybus depuis un certain temps. En 2006, il tente une première approche avec des enfants, Bêt noir, et signe pour le Ballet de Goëteborg en 2009 une autre version, Black Biist. Autant dire que la pièce accueillie par le Théâtre de la Ville est l’aboutissement d’un long chemin. La présence des musiciens sur scène introduit un souffle viscéral, dévastateur par moments, qui irrigue en profondeur cette création et la porte littéralement vers des paliers soutenus de paroxysme. La configuration est des plus simples. Une guitare amplifiée, qui lance des rengaines obsédantes, déchaine la furie et fait grincer des douloureuses déchirures dans le magma d’émotions ; des percussions réveillent des rythmes parfois archaïques, parfois bruitistes, auxquels se joint le bluesman Roland Van Campenhout, quand il n’est pas en train de donner corps au vieux roi pervers ou au troubadour subversif et menaçant. Vandekeybus s’octroie le rôle titre du tyran, mais il excelle surtout dans l’écriture des mouvements de groupe.

Les danses survoltées, brutales – « surprotéinées » diront certains, les tourbillons d’énergie prêts à imploser, les corps tordus, prostrés de manière catatonique, quand ils ne s’écartèlent pas dans des postures impossibles et des équilibres dangereux, au bord de la chute, constituent la griffe du chorégraphe flamand. Oedipus tient sa force de cette matière instable, prise dans une inexorable tourmente qui fait éclore la vision terrifiante d’un monde, d’une cité, d’une famille estropiés, monstrueux, en plein délitement, placés sous le signe de la malédiction. Des rondes effrénées puisent leur fureur dans les danses macabres, le roi suspendu par les pieds évoque une figure crainte de l’imagerie médiévale, l’atmosphère lourde, pestiférée du Septième Sceau d’Ingmar Bergman étouffe le plateau. Les quinze interprètes de la compagnie, progénitures entamées, fratrie du tyran à leur insu, assument à travers la danse le rôle du chœur de la tragédie antique. La vérité irréfutable d’une descendance corrompue éclate dans les chairs. D’une certaine manière, ce sont eux, plus que le héros antique, qui donnent son poids à cette création.

Une imposante installation plastique surplombe le plateau. Elle recèle dans sa tessiture dense et pourtant perméable les nœuds de significations du mythe. La fulgurance d’un torrent de chaussures déversé des hauteurs des cintres va nourrir l’obstination clinique d’une Jocaste perdue à elle-même, absorbée par un long, pénible et minutieux rangement. Ces images fortes s’inscrivent en surimpression dans la texture d’une photo de famille à trois reprises réitérée, dont nous savons par avance qu’elle doit se révéler dans des sels particulièrement corrosifs.

Smaranda Olcèse

ultima_vez4

ultima_vez2

photos DR / copyright Wim Vandekeybus

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives