BARON SAMEDI : LE GROOVE LICENCIEUX D’ALAIN BUFFARD

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« Baron Samedi » d’Alain Buffard / Programmé par Montpellier Danse le 8 février 2013 / En tournée en 2013.

Il faut toujours avoir un Alain Buffard sur soi. Histoire de nous rappeler notre condition humaine.

Le spectacle commence par un chant très intense, dans le noir.

Petit à petit, la lumière se fait sur les formes et le visage généreux d’une danseuse. On commence à distinguer le magnifique dispositif scénographique de Nadia Lauro : un tapis de sol recourbé en trois de ses coins. Tellement recourbé qu’il forme une pente douce que les danseurs escaladeront et dévaleront ad libitum. Et c’est bien cela le propos : une immense variation (légèrement plus d’une heure) sur la dégringolade.

Cette dégringole se fait à l’aide d’une dizaine de chansons de Kurt Weil, génial mélodiste, qui est ici très bien interprété (réinterprété) par tous les danseurs, accompagné d’un guitariste et d’une contrebassiste, Sarah Murcia, qui effectue son rôle de basse -tenir le tempo, porter les solistes, intensifier la partition avec un contre-chant…- avec justesse et un investissement rare chez les musiciens.

Le spectacle est un bel hommage, une vraie actualisation, des thématiques chères à Kurt Weil : le sexe, la manipulation, la domination. C’est un spectacle licencieux comme le sont encore certaines des chansons du comparse de Brecht. Mais la pièce sort du respect muséal pour recréer un univers très personnel et profondément contemporain. Et puis ça groove à mort et ça fait du bien.

Ca chante bien, ça joue juste, ça danse peu (et c’est un peu triste pour un spectacle de danse) mais les corps sont ô combien présent, dans leurs meurtrissures, leurs déséquilibres, leurs jeux de débauches. D’une scène à l’autre, on nous inflige le spectacle de la déchéance du groupe ; des petites haines ordinaires jusqu’aux grandes violences. C’est tantôt drôle, tantôt lugubre mais toujours énergique et avec le sens du spectacle : on s’encule mais avec des paillettes plutôt que du gravier.

A de rares moments le groupe s’unit, exclue le vilain, et l’on touche du doigt le mystique. Mais le mal est toujours de retour et le spectacle retourne au noir dans un rire sardonique qui remplace la mélopée du début. Le Baron Samedi (esprit du vaudou haïtien) guette dans un coin de l’esthétique. Un spectacle jubilatoire qui s’achève comme un coup de couteau, pour nous ramener à notre condition de vilain. Il faut toujours avoir un Alain Buffard sur soi.

Bruno Paternot

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Crédit photos Marc Dommage.

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