ARLES, CAPITALE CULTURELLE DE LA TAUROMACHIE ?

ARLES-gd-angle[1]

Retour sur la Féria d’Arles – Pâques 2013

Dans le giron de Marseille-Provence 2013, Arles affiche clairement sa volonté de s’inscrire comme Capitale culturelle des Arts équestres et taurins et met en valeur son identité particulière par une féria de Pâques d’une grande diversité, basée sur des ganaderias et des toreros dignes de respect.

Le programme avait visiblement pour objectif de satisfaire les aficionados toristas, si tant est qu’on puisse les satisfaire un jour, les aficionados toreristas, les amateurs de corridas de rejon à cheval et même les passionnés des « biòus » locaux puisque, pour la première fois, une course camarguaise figurait au programme de la féria.

Le mano a mano désormais traditionnel entre les deux fers de lance de la tauromachie française, Sébastien Castella et Juan Bautista, a tenu ses promesses. L’originalité de cette corrida résidait dans la fort belle présentation de trois lots de ganaderias différentes qui ont triomphé dans les plus grandes arènes et marqué la temporada 2012 : Alcurrucen, Garcigrande et Puerto de San Lorenzo.

Juan Bautista, moins bien servi en bétail que son rival, a pu toutefois exprimer son toreo plutôt baroque, démonstratif, varié et élégant mais qui manque de profondeur et d’unité. Pourquoi cette recherche de fioritures et de variété à tout prix qui vient au détriment des fondamentaux de la tauromachie et de la construction de ses faenas ?

Son deuxième toro, un Garcigrande remplaçant un Puerto de San Lorenzo boiteux, a permis à Bautista de se relâcher dans de belles séries droitières et des naturelles élégantes. La faena s’est poursuivie par des redondas plutôt brouillonnes, s’est conclue par de traditionnelles manoletinas et s’est soldée par une oreille méritée après un 3 / 4 d’épée efficace. Le choix de banderiller fait par le maestro est opportun, cohérent avec son style et a donné lieu à des deuxièmes tercios variés et plaisants.

Sébastien Castella a hérité du meilleur lot. Son deuxième toro, un Garcigrande, après un comportement décevant face au picador, a permis à Castella de faire une démonstration de son immense talent. Immobile, les pieds joints rivés dans le sable, hiératique face au toro, le maestro a servi une entame de faena avec six passes de profil qui préfiguraient la suite. Dominateur, toujours dans le sitio, en citant de loin et en se croisant avec beaucoup d’aplomb et de courage, Castella a enchaîné de longues passes templées, des naturelles profondes, des redondas et a terminé sa faena par des passes serrées entre les cornes du toro. Un 2/3 d’épée efficace a fait tomber les deux oreilles du Garcigrande dans l’escarcelle du torero.

L’alcurrucen, un peu manso lors du tercio de pique, a fait preuve de noblesse. Castella a servi un beau quite de chicuelinas à la cape et une faena templée et dominatrice devant un toro qui présentait des difficultés certaines. Le toro est tombé après une demi-épée, un avis et un descabello radical. Une oreille de plus et nouvelle sortie du torero de Béziers a hombros par la grande porte.

La corrida de Cebada Gago, corrida torista s’il en est, a tenu ses promesses avec des toros aux armures respectables, compliqués et remplis de bravoure.

Luis Bolivar a présenté un toreo intéressant, classique et profond, avec autorité et domination, devant deux toros piquants mais nobles à la muleta. Cites lointains, longues charges templées et manoletinas pures et classiques lui ont valu une oreille à son premier toro.

David Mora s’est trouvé confronté à un premier toro intoréable, mobile, dangereux et avisé. Son courage et sa persévérance l’on conduit inéluctablement à se faire envoyer en l’air violemment et reprendre à terre par son terrible adversaire. Le pire a été évité et Mora, résolu à ne pas s’en laisser conter, a terminé sa faena par une demi-lame et deux descabellos. Brillante faena devant son deuxième toro, beaucoup plus collaborateur, mais qui s’est un peu éteint en fin de faena. Une épée foudroyante lui valut une oreille et le prix de meilleur lidiador de la corrida.

Marco Leal, sans doute encore inexpérimenté pour faire face à de tels adversaires, a fait preuve de motivation et de courage, posant les banderilles avec brio et faisant ce qu’il pouvait à la muleta. Son premier toro, digne d’une corrida-concours, a fait preuve d’une bravoure et d’une solidité exceptionnelles. Avec un toro qui ne se faisait pas prier pour charger, le premier tercio, magistral, a donné lieu à quatre piques lointaines dont la troisième dans la largeur de l’arène et la quatrième dans le grand axe de l’ellipse. Musique pour la dernière pique et la sortie du picador. Après une faena compliquée, mouchoir bleu et vuelta posthume méritée du toro et applaudissements pour Leal, méritoire mais un peu débordé. Pour un tel toro on aurait pu rêver au retour du Fundi ou de César Rincon.

Les toros désormais mythiques de Victorino Martin, le sorcier de Galapagar, très attendus par les aficionados toristas, ont de nouveau démontré leur bravoure et leur âpreté malgré certaines charges de piques un peu plus timides qu’à l’accoutumée. Le danger et l’imprévu furent toujours omniprésents au cours des faenas.

Les spécialistes du genre que sont Javier Castaño et Fernando Robleño ont fait preuve de rigueur et d’un grand courage face à ce bétail de respect.

On retiendra en particulier la belle tauromachie de Robleño qui a su adoucir et maîtriser la rudesse habituelle des Victorino ainsi que la cuadrilla exemplaire de Castaño qui maîtrise totalement l’art des banderilles et de la pique. Les deux premiers toros de Castaño, solides et impressionnants, rencontrèrent chacun le cheval à quatre reprises dans des tercios de piques exemplaires.

Malgré la qualité du bétail et la motivation des toreros cette corrida s’est toutefois révélée décevante et s’est terminée sans aucun trophée. La mayonnaise n’a pas pris. Est-ce dû aux faenas ponctuées de pinchazos malvenus et d’épées mal placées ou à un manque de piquant des Victorino ? Peut-être est-ce tout simplement dû aux aficionados transis par le froid et la pluie et figés dans leur poncho ?

Il convient enfin de citer le triomphe de Padilla, héros parmi les héros, lors de la corrida de Torrestrella du samedi que nous n’avons malheureusement pas vue. Après avoir tutoyé la mort et perdu un œil au combat, « Le Pirate », haut en couleurs, flanqué de ses rouflaquettes et de son bandeau de pirate, revient au plus haut niveau avec toujours plus de passion, de courage et avec un toreo spectaculaire et coloré.

Cette féria pascale pleine d’ambition n’a peut-être pas tenu toutes ses promesses mais confirme la place importante d’Arles en début de temporado. On retiendra une belle qualité du bétail présenté ainsi qu’une grande motivation des toreros, sans doute galvanisés par la retransmission des corridas en direct sur Canal+ Espagne, ce qui confirme l’intérêt porté par nos voisins d’outre-Pyrénées à la tauromachie et aux plazas françaises.

Arles se heurte évidemment à sa puissante voisine nîmoise pour le titre de Capitale française de la tauromachie mais, qu’il s’agisse de toros bravos, de taureaux camarguais, de chevaux, de toreros vêtus de blanc ou d’or, les traditions et la culture arlésiennes sont bien vivantes.

JLB

Corrida du vendredi 29 mars : 2 toros d’Alcurrucen ; 2 toros de Garcigrande ; 2 toros de Puerto de San Lorenzo – Toreros : Juan Bautista et Sébastien Castella en mano a mano.
Corrida du dimanche 31 mars : 6 toros de Cebada Gago – Toreros : Luis Bolivar ; David Mora ; Marco Leal.
Corrida du lundi 1er avril : 6 toros de Victorino Martin – Toreros : Fernando Robleño et Javier Castaño en mano a mano.

padilla-548011-jpg_375864[1]

Visuels : Arènes d’Arles / le torero Padilla / Photos DR

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives