UNE ECRITURE DU CORPS SEUL : L’HOMME A L’EPREUVE, au festival ACTORAL

Chaignaud, _Dumy Moyi_ - © Clémentine Crochet

François Chaignaud, Matija Ferlin, Yaïr Bareli : trois soli masculins au FESTIVAL ACTORAL / Jusqu’au 13 octobre, Marseille.

Actoral, festival des écritures contemporaines à Marseille, a fait, la semaine dernière, la part belle à trois soli masculins. Le romantisme mélancolique de Matija Ferlin, la magie envoutante de François Chaignaud et l’introspection absurde de Yaïr Bareli. Trois manières très différentes d’aborder le travail du corps seul, à l’épreuve de la scène et du public. Trois regards sur le monde en marche pour une même note sourde.

Le corps et le texte : la poésie

Matija Ferlin tout d’abord, avec son remarquable Sad Sam Lucky, pièce déjà présentée aux Rencontres internationales de Seine-Saint-Denis. Un solo grave qui mêle texte, mouvement et création sonore comme un écho physique à l’œuvre du poète slovène Srečko Kosovel (1904-1926). Une pièce faite d’intensités, de fulgurances et d’un indéniable sens du tragique. Une table qui se traine et se manipule tel un corps démantibulé. La poussière et le bruit. Des mots intentés au public et une danse sans issue. Explosion, dévastation, harmonie perdue… A la manière de Srečko Kosovel, poète d’une Europe qui se déchire, Matija Ferlin nous livre sa vision quelque peu désenchantée du monde d’aujourd’hui. Texte et corps faisant parcours ensemble, sans jamais se quitter, afin de témoigner d’une expression puissante et juste.

La justesse et la puissance, dans le sacré

Le travail de François Chaignaud dans Думи мої – Dumy Moyi explore, dans une disposition scénographique qui rapproche le public du danseur, les cérémonies religieuses extrême-orientales. Grimés à outrance et portant des costumes faits de roseaux, cabochons et plumes d’oiseaux, différents personnages divins se présentent à nous et nous plongent dans un espace-temps réservé et mystique. Le corps du danseur se démultiplie en plusieurs autres corps, pas tout à fait réels ceux-là, qui nous frôlent et glissent sur le parquet. Ils semblent habités par une force provenant d’un autre monde. Leur chant, tantôt céruléen, tantôt sombre, nous pénètrent et grave les lettres de la magie et d’une beauté exotique oubliée. Il s’agit là d’un récital polyglotte et dansé qui nous plonge dans un univers fait d’excès et de caprices, de beauté et d’exubérance : une intensité mélancolique.

Agacement du temps

Dernier solo de cette série, Ce ConTexte de Yaïr Bareli est une expérience scénique déroutante qui interroge la mise en spectacle d’un corps, celui du performeur. Ce dernier débute la pièce dans les gradins. Il tente d’exploiter la patience et d’agacer l’écoute du spectateur. Il danse enfin avant de se mettre totalement à nu, comme si la danse que l’on a si longtemps attendue n’était que cela : un corps nu sur scène. Allongement du temps, ennui, impatience. Tels pourraient être les maîtres mots de cette performance opérée aussi bien par la personne sur scène que par le spectateur assis sur son siège. Une écriture qui laisse le champ au vide et à l’inconnu pour une provocation qui maintient un climat lourd et pesant. On en sort un peu triste avec l’impression d’avoir été trompé.

Une poésie mélancolique, un sacré exubérant mais que l’on devine fugace, un ennui qui s’attarde. Ces trois auteurs du corps, par la mise en scène de leur univers intime, nous fournissent les images d’un monde sur le déclin, qui disparaît, qui n’est plus ou qui tarde encore, sur le point de choir. Matija Ferlin et son univers sombre et morose. François Chaignaud et son évocation d’un au-delà mystique, exotique, et pour cela si lointain, disparu. Yaïr Bareli et la mise en scène absurde (et agaçante) de l’absence. Trois visions désolées en quelque sorte, mais trois visions qui ne sont pas sans issue, puisque d’elles peuvent naître des éclats de beauté.

Quentin GUISGAND

http://www.actoral.org

Bareli, _Ce ConTexte_ - © Clémentine Crochet

Visuels : François Chaignaud, Dumi Moyi / Yaêl Bareli, ce ConTexte / phtos copyright Clémentine Crochet / Actoral

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