IMITATIONOFDEATH : RICCI/FORTE A LA MC 93

ricciforte IMITATIONOFDEATH ph. Serena Pea 2

Ricci/Forte, Imitationofdeath, à la MC 93 du 14 novembre au 1er décembre 2013.

La scène est vide et les corps sont presque nus, décharnés, manipulés, malmenés parfois. Etendu sur le sol au début de la pièce, chaque performeur est traversé de convulsions qui l’amènent à la station debout. Monté sur des semelles compensées, « L’Homme qui marche » de Giacometti sort de terre comme un nouveau né sort du ventre de sa mère. Rapidement, il se sert d’accessoires grotesques et décalés pour camper une humanité sortie du bronze pour animer la chair. Il a conquis la parole et évolue sur un chemin solitaire, sordide, inaugural.

Imitationofdeath, ou comment la vie épouse la mort, la combat et la séduit, comme malgré elle. A travers une série de tableaux touchants, à l’onirisme et à l’expressionnisme fauve, les deux metteurs en scène réussissent à nous renvoyer l’image d’une humanité vécue comme un calvaire ordinaire. Celui que nous expérimentons tous, que nous ne voyons pas et qui pourtant est là, dans la peau. Le chemin de l’homme se fait chaotique vers une extinction programmée du corps, vers l’absurdité du néant dans lequel nous nous dirigeons tous.

C’est ainsi que le duo italien nous présente une homosexualité magnifiée, montée au faîte d’une éthique douloureuse et égoïste où se pose avec acuité la possibilité, ou pas, de la procréation. Il souligne aussi, avec une causticité qui ne tombe jamais dans la pesanteur, les multiples mesquineries contemporaines qui nous affectent tous et égratignent nos corps et notre « volonté de puissance ». L’accumulation des images et des objets, l’appétit féroce pour la chose sexuelle, la mise en avant de l’égo en toute constance comme un enfant qui, continuellement, cherche à grandir sous le regard de parents absents. Les deux metteurs en scène auscultent nos failles pour que nous en voyions, hébétés, la béance occulte.
L’absurdité encore.

Si la pièce ouvre la voie à un cheminement interprétatif qui laisse le spectateur trouver du sens au milieu de la confusion plastique et de l’abstraction charnelle, jamais elle n’impose une éthique faite de valeurs qu’il serait possible d’ériger en exemple. Le théâtre de Stefano Ricci et Gianni Forte ne cherche pas à donner un enseignement ou même des réponses partielles à notre vacuité existentielle. Plutôt en pointent-ils, de façon extrêmement maligne, forte et émouvante, les recoins les plus sombres et les plus difficilement acceptables. La vie humaine telle qu’elle va ; les liens que l’amour le plus fort entretient forcément avec la mort ; le désir de destruction qui commande à tous nos efforts pour nous sortir du fatras de l’existence. Des questions face auxquelles notre époque n’arrive pas à donner le change.

Tous les tableaux ne se valent pas et leur beauté est inégale. La musique est quelquefois inopportunément forte. L’utilisation d’un morceau de Pink Floyd pour la scène finale cède un peu à la facilité car elle « fabrique » le consentement de tous. En bref, la limite avec le sensationnel n’est pas toujours bien gérée. Certes. Il n‘en reste pas moins que de cette pièce se dégage une émotion empathique, animale, presque virale. Elle exprime un brouillon qui ne cesse pas de vouloir écrire une histoire qu’il nous soit possible de maîtriser. Cette pièce rassemble les débris de notre quotidienneté et les hisse à un niveau suffisant de généralité pour que les questions qu’elle nous pose ne nous renvoient pas aux limites de notre propre individualité. En définitive, au sortir de la salle, nous nous ne sommes plus que des hommes et des femmes perdus parmi les autres.

Quentin Guisgand

ricciforte IMITATIONOFDEATH ph. Giuseppe Distefano 6

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