PETER HALLEY : « THE NEW YORK MOMENT » AU MUSEE DE ST ETIENNE

638-000cf

PETER HALLEY / THE NEW YORK MOMENT / Musée d’Art Contemporain, Saint Etienne / Jusqu’au 18 mai 2014.

Un festival original conçu et organisé par l’Opéra-Théâtre et le Musée d’art moderne. « The New York Moment « présente à Saint-Étienne un des plus riches chapitres de la culture américaine : celui du minimalisme qui, en réaction au culte de l’individu et à la société de consommation, a diffusé son “less is more” dans les arts visuels, la musique, l’architecture ou le design. Cet événement est l’occasion rare de voir réunies de grandes figures de ce courant influent, d’entendre Philip Glass en concert, de suivre Joel Shapiro et Peter Halley au milieu de leurs œuvres entre autres.

Artiste enseignant, critique et théoricien d’art, Peter HALLEY est né à New-York en 1953. Après ses études à Yale puis à la Nouvelle Orléans, ce peintre de la génération post-minimaliste américaine revient à New-York. Il découvre la musique new wave et devient, au début des années 1980, le porte-parole d’une nouvelle abstraction : Neo geo (nouvelle géométrie) par opposition à la Nouvelle Figuration, qui dominait alors la scène internationale.

Depuis le milieu des années 1990, Peter Halley produit des installations in situ : il joue sur le dialogue entre l’oeuvre et son environnement en couvrant de motifs et couleurs les murs sur lesquels il accroche ensuite ses peintures. Il publie par ailleurs des essais, notamment sur l’impact de la géométrie sur l’art abstrait et sur les différentes significations de la géométrie, qui varient selon les époques et les contextes.

L’œuvre pictural de Peter Halley réinvestit le langage plastique des abstractions géométriques du XXe siècle avec distance et ironie : les artistes des avant-gardes mettaient en avant le pouvoir transcendantal de ces formes au regard du développement industriel de la société.

Peter Halley conçoit lui ses compositions dans un jeu de relations entre ce qu’il appelle les « prisons » et les « cellules ». Ces dernières reflètent la géométrisation croissante de l’espace social et son emprise sclérosante sur notre environnement et notre manière de penser.

À partir de 1981, Peter Halley travaille ces motifs en série, ajoutant à cette évocation carcérale un système de conduits qui est le reflet des moyens de transmission de la vie quotidienne. Il utilise aussi bien des couleurs fluorescentes que du noir, du blanc, du gris et emploie des matériaux industriels : le Day-Glo (médium épaississant) et le Roll-a-Tex (couleur synthétique fluorescente) contribuant ainsi à donner un aspect mécanique et anonyme à ses toiles. Le relief donné par le Day Glo accentue leur impact visuel.

À partir des années 1990, les compositions se modifient, les formes semblent enchâssées les unes dans les autres, les couleurs deviennent plus joyeuses et plus lumineuses. Le Pop Art et le Minimalisme apparaissent comme des sources d’inspiration évidentes dans sa réflexion sur les médias, la technologie et la société de consommation. La rigueur, toujours présente dans ses compositions, rencontre désormais l’esthétique de notre environnement visuel qui semble nous courtiser chaque jour. Ses œuvres, auparavant marquées par une atmosphère lourde et sombre, tendent dès lors plutôt vers une forme « d’excès et d’hystérie » comme le souligne l’artiste.

Les œuvres de Peter Halley se composent souvent de plusieurs toiles, créant un effet rythmique grâce à la répétition de « motifs » : certains figurent à plusieurs reprises dans un même panneau, parfois l’artiste reproduit la même composition sur plusieurs toiles qu’il présente les unes à côté des autres. Il semble alors suggérer une succession de plans renvoyant à la notion de séquences, s’inspirant ainsi directement du cinéma, mais aussi de tout l’univers des spots lumineux de la ville et de la publicité.

Nous avons alors une perception de l’œuvre plus imagée, ainsi que les titres semblent le suggérer. Les aplats colorés, réalisés en Roll-a-tex, neutralisent tout effet de profondeur. Les couleurs, parfois discordantes, se révèlent être comme des pôles séducteurs du tableau, les contrastes sont forts et stridents, appuyant l’ambiguïté de ces représentations. L’utilisation de matériaux industriels n’est pas non plus sans rapport avec le désir de renouer un contact avec la culture populaire contemporaine.

L’iconographie des œuvres de Peter Halley se nourrit de références à l’architecture mais aussi à l’organisation sociale. Cette peinture est liée à notre expérience du quotidien : les codes géométriques – qu’on pense par exemple à la signalétique urbaine – ont envahi nos modes d’accès au monde jusqu’à s’y substituer ; le langage abstrait est utilisé comme un outil de représentation du réel. La démarche de Peter Halley se veut radicale, politisée et s’inspire des écrits de Michel Foucault, notamment « Surveiller et punir » (1975) mais aussi de Jean Baudrillard « Simulacres et simulation », (1981). Le premier présente les structures de la société industrielle, montrant ses mécanismes de normalisation et de contrôle. Le second révèle notre perte de repère sur la réalité et l’explosion de la représentation, le réel étant remplacé par des signes du réel. Les personnes sont ainsi conditionnées par des illusions : c’est ce que Baudrillard appelle la dissuasion. L’œuvre de Peter Halley met en évidence notre environnement où la géométrie « hard » de l’hôpital, de la prison et de l’usine… laisse place aux géométries « soft » des réseaux autoroutiers, des ordinateurs et des jeux électroniques.

« J’ai vu les meilleurs de ma génération détruits par la folie… qui furent brûlés vivants dans leurs innocents complet vestons en flanelle sur la Madison avenue parmi les éclatements de vers en plomb et le fracas emmagasiné des régiments de fer de la haute couture et les cris de nitroglycérine des pédés de la publicité et la suffocante moutarde des rédacteurs en chef intelligents, ou qui furent écrasés par les taxis ivres de la réalité absolue »

« J’ai toujours pensé à mes travaux comme représentant quelque chose, je n’ai jamais compris l’abstraction. »

« J’ai voulu mettre à jour et comprendre mes propres préjugés idéologiques par le biais d’une sorte de phénoménologie de l’absurde : qu’est ce qui fait que la géométrie et les carrés me semblent sécurisants ? S’agit-il de sécurité ou d’enfermement ? Pourquoi suis-je heureux seul dans ma voiture ou dans ma chambre ? Est-ce là quelque chose de désirable ou le résultat d’un envoi d’un ensemble de messages culturels ? »

(Peter Halley)
ph013_9

halley08

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives