« NEW YORK EXPRESS », MINI FESTIVAL AU MAILLON : PERCUTANT

BG photo by Peter Born

« New York Express » / Le Maillon / Strasbourg / 5-11 avril 2014.

Entre le 5 et le 11 avril s’est tenu à Strasbourg un mini-festival au Maillon : « New York Express » ou une invitation à découvrir le renouveau du théâtre new-yorkais. Trois pièces y ont été programmées : Vision Disturbance, Seagull (Thinking of You) et Bronx Gothic, autant d’occasions de se confronter à un théâtre exigeant qui ne se préoccupe pas de bienséances.

Vision Disturbance ouvrait ce festival. À partir d’un texte de Christina Masciotti, Richard Maxwell a mis en scène les acteurs Linda Mancini et Jay Smith qui entretiennent une relation de patient à cliente pleine d’incompréhension, d’in/certitudes et finalement de confiance réciproque. L’histoire ? Une femme a des problèmes de vue (elle ne voit plus la profondeur) qui soit passeront d’eux-mêmes soit nécessiteront une opération. Le médecin lui conseille une thérapie par la musique, ceci pouvant la calmer, le stress (son divorce par exemple) pouvant être à l’origine de son mal.

La mise en scène est sobre : un homme, une femme, deux chaises, une cymbale, un piano, un mur en bois à l’arrière-plan. Le jeu des acteurs, les mots, le texte sont mis à l’honneur. On trouve la même sobriété que dans la mise en scène pour le jeu des acteurs. Ils semblent timides, dans le retrait, pas dans l’expression des sentiments, ils ne surjouent pas. Résultat : les emportements, les relâchements, les colères, ou les quelques crisent qui s’y expriment, surprennent mais n’en sont que plus forts, peut-être plus vrais aussi. Beaucoup de non-dits dans ce dialogue entre cette patiente et son médecin, beaucoup de refus de dire ce qui a trait à l’intime, beaucoup d’expression souterraine de leurs histoires personnelles qui finissent par se nouer. Basculement aussi : de spectateurs, on change d’espace, on est sur scène, ils sont dans les gradins et poursuivent leur dialogue, leur découverte de l’autre, passant progressivement de l’incompréhension au respect et à l’acceptation de l’altérité.

Seulement deux pièces vues sur les trois, hélas. Ainsi, point de mouette. Dommage apparemment. Il s’agissait d’une adaptation de La Mouette de Tchekhov par la metteur en scène Tina Satter et sa compagnie Half Straddle qui mettait en scène une bande d’ado cynique plus intéressée par leur look, tout en expérimentant néanmoins l’échec ou la tentative de l’amour.

Bronx Gothic, pièce qui clôturait ce festival, tenait à la fois de la performance, du théâtre, du récit, du chant, de la danse et de la transe. Peter Born est le metteur en scène d’Okwui Okpokwasili quiest à l’origine du texte et des chansons. Cette dernière, est seule sur scène, elle y est déjà quand les spectateurs s’installent à leurs sièges, son corps tremble, s’agite, devient monstrueux pas le jeu des ombres qu’elle produit sur le rideau blanc à l’arrière de la scène. La pièce commence comme cela, par cette grande femme noire, filiforme qui danse comme en transe. Des épisodes du même type vont s’alterner avec des passages lus ou d’autres chantés.

L’histoire : il s’agit du récit d’un dialogue entre deux fillettes de onze ans parlant de sexualité. La narratrice, l’ugly girl de l’école primaire, Okwui Okpokwasili, ignorait que chaque sperme avait un goût différent, elle ignorait qu’on pouvait le boire, ignorait ce qu’était l’orgasme, à quoi cela correspondait, son effet, bref, ignorait tout de la sexualité qui était pourtant au cœur de la correspondance entre ces deux filles et qui était au cœur de leur apprentissage de la vie dans le Bronx. Puis elle cherche à montrer sa souffrance et à se venger de celle qui était à la fois son bourreau et son initiatrice quand elles n’étaient que des gamines.

La sexualité devenait challenge : voulue, désirée, mais aussi obligatoire, non désirée, facteur d’exploitation mais aussi d’intégration sociale, dualité donc que cette sexualité présentée ici. La pièce passe d’un âge à l’autre, de l’enfance et la découverte de la sexualité, à l’âge adulte et le besoin de vengeance, d’acceptation et d’expression d’une colère rentrée.

Bien que cela fasse du bien d’entendre une femme parler de sexualité au théâtre, avec tout ce que cela peut impliquer de crudité (même s’il s’agit là de la transposition d’un dialogue entre deux fillettes de onze ans), il y a malaise à les entendre, à écouter cette femme jouer ces deux gamines qui parlent comme pourrait parler des adultes, avec force détail de ce qu’est une relation sexuelle entre adultes sensément consentants. Mais là, dans ce qui est montré, il y a jugement par le négatif si l’enfant est encore vierge à onze ans. Décalage. Brutalité d’un discours présenté comme une norme sociale dans ce quartier new-yorkais qu’est le Bronx.

New York Express proposé au Maillon est le résultat d’un travail d’équipe dans lequel a été impliqué un producteur, Performance Space 122 à New York ainsi que quatre théâtres le T2G à Gennevilliers, le Théâtre Garonne à Toulouse, le Zagreb Youth Theater Zagreb et le Maillon à Strasbourg auxquels se sont associés deux soutiens logistiques et financiers : l’Office National de Diffusion Artistique (Paris) et FACE (New York). Travail qui a permis la découverte de metteurs en scènes, d’acteurs, de performeurs et de textes intelligents, forts, questionnants.

Cécile R.

Bronxgothic_3©Performance_space_122

Visuels:
Vision Disturbance is presented as part of the Performance Space 122 GLOBAL program.
Bronx Gothic, Crédit : Perer Born

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