RETOUR SUR ART BASEL / 14 ROOMS : PERFORMANCES

ARTBASEL2014_1

Retour sur Art Basel / 14 ROOMS : performances.

Art Basel est une foire d’art contemporain qui a deux autres déclinaisons, l’une à Hong Kong, l’autre à Miami. Réputée, elle permet à de nombreux professionnels de l’art de se rencontrer, échanger, se montrer peut-être aussi. Il y a l’aspect foire tout d’abord : des galeristes y présentent les artistes qu’ils représentent, on y croise des galeries du monde entier, des artistes qu’on voit rarement tellement leur côte est élevée, le tout dans un labyrinthe dans lequel il est compliqué de ne pas se perdre. En parallèle, il y a aussi des expositions, « Unlimited » et « 14 Rooms » entre autres cette année. Cette dernière était une exposition de performances coordonnée par la Fondation Beyeler, Art Basel et le Theater Basel dans une architecture designée par le duo d’architectes Herzog & de Meuron. Le parallélépipède qu’ils ont conçu se pénètre d’un côté et, aux deux extrémités, les parois sont recouvertes de miroirs. De part et d’autres de cet espace se trouvent 14 portes, chacune signifiée par un miroir : il faut se voir avant d’entrer dans l’espace où se déroule la performance.

Les commissaires de 14 Rooms, Klaus Biesenbach et Hans Ulrich Obrist ont invité 14 artistes internationaux à activer certaines de leurs performances dans ces chambres. Ainsi, on a pu y voir des performances de Marina Abramović, Allora and Calzadilla, Ed Atkins, Dominique Gonzalez-Foerster, Damien Hirst, Joan Jonas, Laura Lima, Bruce Nauman, Otobong Nkanga, Roman Ondák, Yoko Ono, Tino Sehgal, Santiago Sierra, Xu Zhen, Jordan Wolfson et John Baldessari. Ce qui est important est le facteur temps. En effet, entrer et sortir est un acte essentiel dans une performance : qu’est-ce qu’on n’a pas vu qui s’est passé avant, qu’est-ce qu’on ne verra pas, qu’est-ce qu’on ratera une fois qu’on sera sortis, etc. ? La performance n’est pas que pour l’auteur, l’artiste ou pour l’acteur, elle est aussi pour le public qui, en étant témoin participe à la performance et la fait exister.

Dans l’une des premières chambres était réactivée une œuvre initialement présentée en 2004 : « This is Competition » de Tino Sehgal. Il s’y tenait deux femmes, chacune disant un mot en un jeu de ping-pong qui constituait une phrase, un discours se renouvelant et évoluant au gré des mots choisis, des idées développées.

Plus loin, sur un miroir était inscrit le fait qu’on ne pouvait qu’être une personne à entrer en même temps dans la chambre pour y voir la performance : « R.145 » de Dominique Gonzales-Foerster. Pendant un peu plus d’une demi-heure de queue les gens sortaient les uns après les autres en souriant de cette chambre. Qu’est-ce qui leur avait tant plu dans cet espace ? Y entrer a été l’occasion de marcher sur un magnifique tapis et d’être face à soi-même. Ce qui était proposé ? Un espace pour être, un lieu pour se voir, un temps pour arrêter de se fuir et un endroit pour simplement prendre le temps d’être soi sans être ce que l’on attend de nous. Pour sortir, il faut toquer et que le suivant nous ouvre, ainsi, c’est nous qui décidons du temps pendant lequel on reste, du temps que l’on prend.

Dans une autre chambre, se trouve une étonnante réactivation de « In Just a Blink of an Eye »(2005) de l’artiste chinois Xu Zhen. Peut-être qu’il y avait un truc pour soutenir le performeur mais en gros, pieds au sol, il était ensuite couché et tenait donc en équilibre au-dessus du sol : prouesse physique pour ne pas tomber et donner en même temps l’impression que maintenir cette position était facile. Bref, en un clin d’œil, le performeur défie l’attraction terrestre, son centre de gravité et tient une position de manière figée, seuls ses yeux clignant de façon régulière.

Chacune des performances à voir et à vivre dans ces « 14 Rooms » fut une expérience à faire. Les corps s’engagent, le nôtre aussi. Les limites, les règles sont interrogées, l’intimité et notre rapport au privé aussi, la question du double, de qui on est, de qui on paraît, de ce qu’on est. Aucune performance n’est anodine, il y a une utilisation directe du corps, il est le matériau premier, c’est lui qui est mis en danger, qui est sollicité, c’est par lui que nous entrons en contact avec ce qui nous entoure, avec le monde, avec la société, c’est avec lui que nous sommes. L’artiste performeur, en créant à partir de son corps, revient à l’origine, au fondamental, il supprime toute idée de virtualité, d’image, il entre dans le vif du sujet et exprime ses idées en parlant par, avec et au corps, à ce que nous sommes donc. Après « 11 Rooms », « 12 Rooms » et « 13 Rooms », « 14 Rooms » s’est tenu à Bâle du samedi 14 au dimanche 22 juin 2014.

Cécile Ripoll

ARTBASEL2014_2

ARTBASEL2014_3

ARTBASEL2014_4

Marina_Abramovic 5

Visuels :
Laura Lima, Man=flesh/Woman=flesh – FLAT, 1997. Presented at 14 Rooms in Basel by Fondation Beyeler, Art Basel, Theater Basel in 2014. MCH Messe Schweiz (Basel) AG
Allora & Calzadilla, Revolving Door, 2011. Presented at 14 Rooms in Basel by Fondation Beyeler, Art Basel, Theater Basel in 2014. MCH Messe Schweiz (Basel) AG
Bruce Nauman, Re-enactments of Bruce Nauman’s 1968 video Wall Floor Positions. Presented at 14 Rooms in Basel by Fondation Beyeler, Art Basel, Theater Basel in 2014. MCH Messe Schweiz (Basel) AG
Xu Zhen, In Just a Blink of an Eye, 2005. Presented at 14 Rooms in Basel by Fondation Beyeler, Art Basel, Theater Basel in 2014. MCH Messe Schweiz (Basel) AG
Marina Abramović, Luminosity. 11 Rooms Manchester International Festival. Photo credit courtesy Manchester City Galleries

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives