BERLIN ART WEEK : ABC – Art Berlin Contemporary

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Correspondance à Berlin
abc – art berlin contemporary – 18-21 septembre 2014 / BERLIN ART WEEK – 16 – 21 septembre 2014.

La septième édition de abc, principale foire d’art contemporain de Berlin, a eu lieu le week end du 18 septembre dans le cadre de la Berlin Art Week, semaine annuelle écrasante par le nombre d’évènements, de vernissages, de conférences, de performances et d’expositions dans la capitale allemande.

Bien que la ville attire toujours de nombreux artistes et acteur-ice-s culturels du monde entier, celle-ci n’est pourtant pas une étape décisive pour le marché de l’art contemporain. Tout de même, pas moins de 111 galeries ont participé cette année à l’évènement, on note toutefois la dominance de galeries basées à Berlin ou autres pays germanophones et, à part de très rares exceptions, toutes provenaient du nord de l’Europe.

Si abc ne semble toujours pas attiré les grandes galeries extra-européennes, on a pu tout de même y apprécier d’intéressantes propositions permises par un format d’exposition éloignées des étouffantes foires internationales plus traditionnelles.

Déployée sur trois grands espaces dans les locaux de « Station-Berlin », abc nous offrait une ampleur conséquente qui s’apparentait à première vue d’avantage à une gigantesque exposition collective qu’à une foire. L’absence quasi-totale de modules de séparation entre les galeries nous permettait une déambulation libre et de multiples points de vues sur les artistes présentés. Le choix artistique lui-même prévenait tout étouffement, quasiment chaque espace ne présentait qu’un-e seul-e artiste.

Nous étions accueillis dès l’entrée par un bar, conçu par l’artiste originaire de Séoul, Haegue Yang. Hommage direct à Sophie Taeuber-Arp, d’abord produit pour le bâtiment de l’Aubette à Strasbourg, complexe de loisirs dont l’intérieur fut entièrement re-dessiné de 1926 à 1928 par Jean Arp, Theo van Doesburg et Sophie Taeuber-Arp.

L’innovation créatrice boulimique de cette dernière n’a pourtant était reconnue que tardivement, encore souvent présentée dans l’ombre de son célèbre mari de 1921 à sa mort en 1943 : Jean Arp. À l’invitation de l’Aubette (restitué selon les plans des trois artistes dans les années 1970), Haegue Yang trouve un intérêt artistique complet chez cette pionnière de l’abstraction, autant dans son langage plastique que dans son interdisciplinarité entre design, costume, peinture, sculpture et danse / performance. La galerie Wien Lukatsch (Berlin) décide alors de mettre en dialogue Incarnation of Wind and Condensation (2013) : bar où deux bouteilles d’eau en plastique et un ventilateur figure le processus de condensation déjà utilisé lors de la Biennale de Venise 2009 (où l’artiste représentait la Corée du Sud) et sa série de collages Hardware Store Collages (2012-2013). Les deux ensembles usent de la citation : l’emprunt au langage avant-gardiste des années 1920 entre fonctionnalisme et formes abstraites et accumulation de produits coupés dans des magazines publicitaires qui, par la juxtaposition révèle une beauté graphique proche de l’abstraction.

C’est également une immédiate, bien que problématique beauté qui caractérise l’ensemble photographique de Richard Mosse présenté par la galerie Carlier | Gebauer (Berlin). Come out (1966) (2010-2014), reprend le titre du compositeur minimaliste Steve Reich, photographies et extension du projet vidéo The Enclave (2013) présenté à la 55ème Biennale de Venise pour le pavillon Irlandais. Détournant le dispositif Kodak Aerochrome à des fins esthétiques et conceptuelles, Richard Mosse photographie les traces et protagonistes des conflits qui ont lieu en République démocratique du Congo depuis 1998.

Le dispositif produit par l’armée des États-Unis lors de la 2nde Guerre mondiale permet de refléter en un rose intense la présence de chlorophylle dans les plantes vertes pour débusquer l’ennemi camouflé. Ainsi, les soldats aux postures artificielles, à la masculinité forcée par la conscience de l’objectif, posent dans des paysages à la beauté des plus onirique. Richard Mosse nous met alors dans une étrange confusion où la documentation de conflits guerriers nous apparaît séduisante, nous amenant ainsi à réfléchir aux enjeux de notre perception.

L’ampleur des halles abc et la conception de l’espace déjà évoquée plus haut permettent la présentation d’installations monumentales, voir d’environnements à investir. Video Palace # 37 de Joep van Liefland (présentée par la galerie Gebr. Lehmann, Berlin) surgit comme un imposant cube à la fin du parcours, véritable musée, voire mausolée dédié à la culture VHS. L’espace où nous sommes invités à entrer est entièrement constitué de cassettes vidéo, d’écrans, de bobines et diverses machines aujourd’hui obsolètes. L’artiste accumule et déplace ces objets trouvés comme composants d’architecture. Joep van Liefland ne s’engouffre toutefois pas dans une nostalgie douteuse mais plutôt dans l’élaboration d’une entreprise archéologique et esthétique. Strates de l’histoire technologique évoquée au sein de panneaux où des documents photographiques représentant divers époques sont associés rappelant les combinaisons formelles d’Aby Warburg. Physiquement très présent, le palace laisse pourtant une étrange impression fantomatique, sorte de capsule temporelle.

Voisin de l’oeuvre de Joep van Liefland, le parapluie de Bernhard Leitner nous invite aussi à l’investir. Artiste pionnier d’une considération du son comme sculpture et architecture, le choix d’un artiste sonore par Kunsthandel Wolfgang Werner (Berlin / Bremen) est assez rare dans ce type d’évènement pour être apprécié. Objet surréaliste, Sound Umbrella (1990) incarne ses explorations sonores débutées dans les années 1960. Réminiscence de sa formation d’architecte, le corps survient comme composant fondamental pour appréhender un espace façonné par le son.

Éloignés de ces profusions technologiques, on a pu également constater de nombreux travaux sur papier : découpages, collages, dessins et livres d’artistes. Tanja Koljonen travaille avec des objets trouvés, considérant le texte comme matériau en tant que tel à détourner, manipuler voire sculpter. La galerie Taik Persons (Berlin / Helsinki) nous présente une sélection de ses travaux où l’artiste re-investit dans ses appropriations un certain flou, mystère irrationnel produit par la disjonction des rythmes narratifs. Le livre d’artiste Eros & Psykhe (2014) présenté sous vitrine ne nous laisse lire que des signes de ponctuation. L’artiste a repris l’ouvrage du même titre de l’auteure et poétesse moderniste finlandaise Eeva-Liisa Manner en y supprimant toute marque alphabétique. Alors proche de la partition musicale, le texte dans sa forme « réduite » sort de son contexte narratif, amaigri par la coupe de Tanja Koljonen, sculpture, excavation à la poésie appréciable par son absence.

Les performances-vidéos de Sebastian Stumpf nous apparaît également irrationnel voire absurde. Présenté par une large projection suspendue dans l’emplacement dédié à la galerie Thomas Fischer (Berlin), le dernier projet de l’artiste, Water Basins (2014) montre celui-ci littéralement plongé ou flottant dans des bassins et fontaines de nos espaces publics. Étrangement vides, les environnements qu’il investit sont filmés en plan fixe. Sebastian Stumpf semble alors faire partie du décor au même titre qu’un élément d’architecture auquel il se mesure. Performances sans public, l’espace du document devient le seul espace où la performance se déroule.

Gauthier Lesturgie
Correspondant à Berlin

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Visuels : Richard Mosse, Bernhardt Leiner, Sebastian Stumpf

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