TIAGO RODRIGUES « BY HEART » : LE SOUFFLE DES MOTS

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Tiago Rodrigues, By Heart / Théâtre de la Bastille / du 3 au 14 novembre 2014.

Mais alors si mon âme, Ami, vers toi se lève,
Tout mon or se retrouve et tout mon deuil s’achève.

William Shakespeare.

Qu’il y a-t-il de plus beau au théâtre que d’entendre l’amour des mots ? Les dire peut-être, et les garder en mémoire pour les transmettre plus tard. Tiago Rodrigues propose à dix spectateurs de venir le rejoindre sur scène pour apprendre « avec le cœur » un sonnet de Shakespeare. Au-delà de l’exercice mnémotechnique, ce spectacle, simple d’apparence, se révèle d’une profondeur inouïe car il pointe la part poétique qui résonne dans les mots et, par ricochet, dans chacun d’entre nous.

Ce théâtre du langage propose une communication de cœur à cœur. Dans la spirale des textes qu’il récite nait une émotion qui passe de son corps à ses lèvres, puis aux lèvres et au corps des dix personnes courageuses venues sur scène, arrivant enfin aux lèvres tremblantes et au corps tendu du spectateur assis dans la salle. Sans affectation particulière, la spectacle créé un climat intimiste où parole et écoute se répondent avec bonheur.

Ces mots, « discrets occupants de la mémoire », ricochent sur une parcelle de vie du comédien portugais. Avant de mourir, au seuil de la cécité, sa grand-mère lui demande de lui donner un livre qu’elle pourrait apprendre par cœur. Elle souhaite revivre les battements d’un texte alors que ses yeux n’y verront plus. Il choisit la poésie de Shakespeare.

Plus qu’un simple exercice de théâtre participatif – dont il se moque gentiment et reprend les codes avec une douceur bienveillante – Tiago Rodrigues propose de vivre, ensemble, l’expérience de ces mots dits de mémoire. Un exercice banal pour un comédien habitué à réciter son texte sur scène. Un challenge pour chacun d’entre nous. Cette expérience prend dès lors la forme d’un contrat. Ou même de plusieurs…

Tout d’abord, il y a le contrat que le récitant volontaire passe avec le comédien-enseignant, puis avec le public qui l’écoute. Celui du récitant avec le texte, sublime, de Shakespeare. Celui de Tiago Rodrigues avec sa grand-mère aussi, comme si ce spectacle perpétuait une mémoire vive en hommage à cet être cher. Enfin, il s’agit d’un contrat que nous tous présents dans la salle signons afin que jamais ne s’éteigne la bibliothèque humaine, cette mémoire toujours en mouvement qui doit subsister malgré toutes les avaries.

Car, comme dans l’ouvrage Fahrenheit 451 de Rad Bradbury, cette pièce scelle aussi un engagement et une responsabilité. Ceux de ne jamais perdre la mémoire de ces textes qui construisent notre culture et nos identités. Et ce malgré les totalitarismes, les populismes et toutes les dérives rétrogrades et abêtissantes dont nos sociétés humaines sont capables.

Quentin GUISGAND

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Photos Maria Bizarro

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