AU THÉÂTRE COMME AU PORNO : BAD LITTLE BUBBLE B.

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Bad Little Bubble B. / conception et mise en scène de Laurent Bazin / du 13 novembre au 6 décembre au Théâtre du Rond-Point / du 9 au 13 décembre au 104 / durée estimée : 1h15

Bad Little Bubble B. Le titre écume le coin des lèvres quand on le prononce, suggère le balbutiement ou la déglutition. C’est fort, cette allitération de labiales quand on évoque le porno… Elle imite les sons de la chair, parfois poétiques, souvent franchement immondes. Bad Little Bubble B. bute sur la lettre B. Qu’importe le sens du titre – d’ailleurs il est en anglais – puisqu’on s’attache à la matérialité de la lettre, sa présence, sa résonnance. Et la création de Laurent Bazin, en écho, met en scène une performance physique et insensée où les cinq actrices, se meuvent, se tordent et se montrent sur un plateau nu. Car ici, la pornographie n’est ni un thème ni un prétexte. La pornographie est une matière: un corps. La pornographie est une méthode: elle est radicale.

D’emblée, le spectateur est confronté à la crudité et cruauté des plans: on voit tout, sous toutes les coutures, comme au porno. Sur scène, un corps impudique se détache du fond noir, révélé par une lumière orangée et diffuse, semblable à la douce clarté irradiant les icones religieuses ou à la lueur d’un réverbère au petit matin. Du coup, on ne sait s’il s’agit d’un christ mort ou d’un clochard en haillons sorti d’une poubelle. La beauté émerge précisément de l’ambigüité. Car l’important, c’est l’image. L’image la plus brute, la plus nette, la plus vraie. Il faut qu’elle soit primaire, presque animale. C’est pourquoi les corps des hardeuses deviennent ceux de bêtes sauvages. Tantôt une paire de jambes danse à une vitesse folle sur de la musique techno, sorte d’araignée sous amphétamines. Tantôt, les comédiennes serpentent sensuellement sur le sol. Le corps humain, avec humour, se dénature, il devient monstrueux – on le montre donc – fascinant dans son horreur.

Malgré l’enchainement de différentes visions de la pornographie, Bad Little Bubble B. trace un unique chemin: la résurrection du corps par le porno. Partant d’un néant initial, d’un deuil original, le spectateur assiste à la naissance de la pulsion. Cette conversion est possible par la violence inouïe faite au corps, un réveil actif somme toute. Ainsi, aux bruits extérieurs, tels les explosions de bulles à la Comic Strip de Gainsbourg ou les claques coquines sur les fesses des actrices, succèdent de profonds bruits intérieurs. Les cœurs battent en fond sonore comme dans les installations de Christian Boltanski. Le rythme inlassable de la danse pornographique a réincarné le corps, lui a redonné vie. Alors, les actrices scandent en rythme « encore, encore », peut-être est-ce alors « en corps » ? Maintenant le corps pulse.

Le spectateur est bouleversé par la radicalité de Bad Little Bubble B. Et si le mot « sources » est chuchoté en canon, c’est justement parce que cette création revient à la source, à l’origine de la démarche théâtrale. Le parallèle esquissé par Laurent Bazin est magnifique. Car, le porno et le théâtre, c’est peut-être la même chose. Un dispositif, un jeu, un langage, et surtout une jouissance pour le spectateur. Dans Bad Little Bubble B., devant une telle finesse et intelligence de la mise en scène, elle est assurée.

Lou Villand

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