JESUS RAFAEL SOTO « CHRONOCHROME », GALERIE PERROTIN

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Jesus Rafael Soto : Chronochrome / Galerie Perrotin, Paris / 10 janvier-28 février 2015 / Vernissage le 10 janvier 2015.

Organisée en collaboration avec l’Estate de l’artiste, l’exposition dont le commissariat a été confié à Matthieu Poirier, comporte une soixantaine d’œuvres réalisées entre 1957 et 2003 en provenance de la succession ou de musées.

Chez Soto, l’expérience de l’œuvre a lieu dans la durée et l’espace réels de la perception. Le terme «chronochrome» traduit ici l’exploration temporelle et hautement vibratoire de la monochromie chez celui qui fut un ami proche d’Yves Klein, en ce sens que la couleur pigmentaire délaisse, le plus souvent, le support stable du plan pour accéder au rang de pur phénomène perceptuel.

Né au Venezuela en 1923, Jesus Rafael Soto reçoit sa formation à l’Ecole des Beaux-Arts de Caracas et s’installe à Paris en 1950, où il résidera principalement jusqu’à sa disparition en 2005. Son œuvre se définit progressivement à partir de ses premières réalisations parisiennes, sous l’influence du néo-plasticisme de Piet Mondrian et des théories de Laszlo Moholy-Nagy sur la lumière et la transparence exposées dans son ouvrage Vision in motion.

Les années 1950 sont ainsi celles de ses premières «vibrations optiques», dont le principe constitutif se retrouvera ensuite dans la quasi-totalité de ses réalisations. Il s’agit le plus souvent d’un jeu entre des trames qui sont placées dans l’espace sur deux registres distants de plusieurs centimètres. La première d’entre elles, irrégulière et transparente, est constituée tantôt de motifs sérigraphiés, tantôt de tiges peintes. La seconde est, quant à elle, située en retrait et peinte de fines lignes verticales noires et blanches.

Ce rapport entre fond et forme est crucial: il génère visuellement un effet ondoyant et changeant (moiré), ceci dès la plus infime variation du point de vue de l’observateur. Abandonnant dès lors le tableau bidimensionnel, Soto se consacre sans relâche à ces «reliefs». Le vide, laissé entre les interstices, y occupe une place considérable, de la même façon que dans ses sculptures en volume, agencées quant à elles en une pluie de tiges ou fils colorés fixés à un dais et/ou un socle.

Dans ces volumes, qu’il qualifie souvent de «virtuels», s’opposent d’une part la simplicité du fait matériel et la complexité de l’effet immatériel mais aussi, d’autre part, la neutralité de la couleur seule et la mobilité rythmique de la vibration. Ses œuvres, dont les données varient selon la direction considérée, suscitent ainsi une réaction motrice chez leur observateur. Cette propriété dynamogène est mal comprise chez Soto lors de son émergence, tout comme elle l’est chez Heinz Mack ou Bridget Riley. Soto, alors, est vu comme le héros d’un art alternativement qualifié de «cinétique» ou d’«optique» — ce dont l’artiste, soucieux d’affirmer sa singularité, se défend régulièrement.

S’il décline ainsi l’invitation qui lui est faite de participer à l’exposition «The Responsive Eye» au Museum of Modern Art à New York en 1965 au motif que Victor Vasarely et ses tableaux purement «optiques», justement, occupent une trop grande importance, l’approche de Soto relève pourtant de ce que le commissaire William Seitz qualifie d’«abstraction perceptuelle»: une forme d’art non figuratif relevant de la phénoménologie et faisant de la perception spatio-visuelle un médium en soi.

Les œuvres rassemblées aujourd’hui à la Galerie Perrotin à Paris et à New York peuvent s’avérer déroutantes, vertigineuses et insaisissables. L’œil — mais aussi parfois le corps, au sein du Pénétrable —, subtilement piégés, errent sans fin dans des espaces atomisés, oscillant entre tableau et sculpture, objet et image.

Que ce soit par le biais d’un relief mural, d’une sculpture en ronde-bosse ou encore d’un environnement, c’est à une expérience singulière, renouvelée à chaque contemplation que nous invite l’artiste: celle d’une incomplétude, d’un continuum espace-temps dont le récit et l’image failliront toujours à rendre compte. C’est là peut-être la première qualité de ce staccato monochrome, où le tableau et la sculpture traditionnels, singulièrement malmenés, se décomposent dans le temps et dans l’espace, une telle singularité esthétique faisant de Soto non seulement un acteur majeur de l’histoire de l’abstraction, mais aussi de l’art moderne et contemporain.

visuel : Jesus Rafael Soto, doble progresion azul y negra 1975 / courtesy jesus-rafael soto kosa crta / adagp paris 2014

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