CONTRE LE MONDE : « ET BALANCEZ MES CENDRES SUR MICKEY », RODRIGO GARCIA, THEÂTRE DE LA COMMUNE

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Et balancez mes cendres sur Mickey / Rodrigo Garcia / Théâtre de la Commune / du 28 Janvier au 15 Février 2015.

Et balancez mes cendres sur Mickey. Le titre de la création de Rodrigo Garcia est performatif. Il réalise l’action par le fait même de son évocation : il nous est « balancé ». Amputé de sa préposition première, ouvert par une conjonction qui ne coordonne plus rien, le titre scelle le dernier geste humain face au néant, l’action finale contre un monde dénaturé, devenu justement immonde. En reprenant au théâtre de la Commune cette pièce huit ans après sa création, le metteur en scène argentin réaffirme, toujours avec violence, le désastre de la société contemporaine.

Dès le début, les images sont brutes, même brutales. Une actrice évoque un lac falsifié, quadrillé par des routes et des parkings tandis qu’en creux, émerge le souvenir rousseauiste d’une nature intacte. Or, au moment précis où sont suggérées ces réminiscences, le spectateur voit brûler les fils coupant le cou de la comédienne. Ici, tout se consomme, tout se consume. La mise en scène construite comme une déferlante de visions, où la plus éclatante chevauche et dévore les premières, emploie la même structure cumulative que le texte prophétique de Saint-Jean. Les hallucinations sont véritablement apocalyptiques car elles annoncent certes la fin, mais aussi l’espoir d’une nouvelle révélation.

Dans le cadre de ce délire visuel, la pièce de Rodrigo Garcia fonctionne par parallélismes, elle met en scène la désarticulation de la parole et de l’image. Le texte est projeté sur un panneau : les surtitres démesurément grands remplacent souvent le discours. Le texte poétique ne vaut plus que par sa matérialité : un alliage de signes. En effet, le langage a été abimé, manipulé par le politique. Il ne parle plus. Devant ces lettres brûlées, ces cendres refroidies, seules les images peuvent s’y substituer. La beauté scénique de cette création tient au constat préalable de l’échec de la langue, ouvrant alors d’autres possibilités d’expérimentation du sens.

Balancez mes cendres sur Mickey, souvent assimilé à une création politique, engage ici un combat contre le plastique. Il s’agit alors de lutter contre les sourires en toc, la camelote que l’on achète compulsivement, mais surtout de défier les mots plastiques. La voix des acteurs est au début robotique, presque métallique. Elle abandonne sa singularité mais surtout sa substance. Et face à cette perte, Rodrigo Garcia produit avec abondance de la matière.

Le plateau nu, devient progressivement un lieu d’orgie, une déchetterie où s’accumulent toutes les substances : du miel visqueux, luisant sur le corps des acteurs, des plumes, des cheveux, des tranches de pain, des petits morceaux de verres qui scintillent sous les projecteurs. Cet amoncellement de matériaux est indissociable de l’action des corps engagés. Pour prouver que l’on existe, que l’on est réel, il faut nécessairement éprouver nos sens et se vautrer dans cette mélasse parfois avec désespoir, parfois par simple jeu.

Or, cette outrance ambiguë ne permet pas de dire que le théâtre de Garcia est un acte politique. Il s’agit avant tout d’un geste esthétique où s’abandonner dans la boue peut être les prémisses d’une nouvelle élévation. Et si le metteur en scène pense contre le monde, ce n’est pas seulement parce qu’il s’y oppose, mais aussi parce qu’il se tient tout contre lui, il le modèle de ses mains salies par la glaise, il le redéfinit – et c’est magnifique.

Lou Villand

garcia

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One Response to “CONTRE LE MONDE : « ET BALANCEZ MES CENDRES SUR MICKEY », RODRIGO GARCIA, THEÂTRE DE LA COMMUNE”
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  1. […] Esta pieza de García tiene casi nueve años. Viene de repente del pasado, algo que nunca había ocurrido con el teatro de este creador. Quizá tan solo con el monólogo “Borges”, pero por otras circunstancias. García en su nueva etapa como director del CDN de Montpellier ha decidido volver a montarla. Quería que la gente de Montpellier conociese su trabajo y ha rescatado esta pieza que se empareja con una etapa donde su trabajo se vuelve más limpio escénicamente, más silencioso y más triste. Ya no está Jorge Hornos en escena, lo sustituye Gonzalo Cunill. Eso es el cambio que ha sufrido y al mismo tiempo ganado la obra. Lo demás está. Es la segunda obra de García producida por teatros nacionales franceses (la primera fue “Jardinería Humana” (2003)). Se estrenó en el Theatre National de Bretagne. Y fue muy bien acogida. […]



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