AMBRA SENATORE : « ARINGA ROSSA », UNE DANSE QUI RESPIRE

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Ambra Senatore > Aringa Rossa / au Théâtre de la Ville, du 11 au 14 février 2015.

Neuf danseurs arrivent sur une scène vidée de ses pendrillons. En costume de tous les jours, chemise de lin, robe légère, ils s’emparent du plateau avec grâce et volupté. Les corps s’accordent, s’emparent du geste d’un autre, l’abandonnent, en reprennent un autre. Puis entament quelques courses ensemble avant de s’éparpiller comme une nuée d’oiseaux. Des courbes et des volutes dessinent sur la scène un monde à la lisière d’un lyrisme de salon.

Les premières minutes d’Aringa rossa ne sont pas sans rappeler The Song, une pièce qu’Anne Teresa de Keersmaeker a présenté en 2009 au Théâtre de la Ville. Cependant, ici, des gestes du quotidien viennent parasiter la trop belle ordonnance des choses. Des « indices » gestuels sont repris de part en part et à certains moments, l’on est obligé de rire face à l’insouciance rieuse qui s’empare des danseurs.

Aringa rossa est une pièce qui laisse entrer les courants d’air. C’est une danse qui respire. La maison est accueillante car la maison est ouverte. Ambra Senatore sait configurer son groupe dans diverses instances chorégraphiques. Elle sait lui donner une texture aérienne, légère, et pourtant solide. Les gestes se font parfois flamboyants, parfois futiles, souvent drôles et surprenants.

La scène est pour elle un terrain de jeu où s’enracine une douce folie. Des téléphones sonnent et un danseur répond à un interlocuteur inconnu en lui racontant une histoire rocambolesque qu’il invente sur le fait, guidé par les mimes maladroits de sa comparse. Mêlant la danse et la parole, elle créé des tableaux qui se figent et qui reprennent. Amplifiés, décontextualisés, ils en deviennent forcément drôles.

L’on ne sait pas vraiment quelle quête agite ces drôles de personnages. Comme chez Luigi Pirandello, on se demande bien qui les a mis là et ce qu’ils ont à nous dire. Cherchant à perdre notre raison, la chorégraphe créé une logique chorégraphique basée sur la fausse piste. La fausse piste, comme cette Aringa rossa, traduction italienne de l’expression anglaise red haring, « hareng rouge », qui désigne dans le cinéma un ressort narratif basé sur le cul de sac.

Des situations banales s’entrecroisent alors avec des danses qui ne se terminent pas vraiment. La chorégraphe italienne tente de nous faire croire qu’en danse aussi, il est possible de rembobiner la pellicule afin de revoir une scène qui nous a plu. Comme sur un plateau de Cinecittà, le thé bout du début à la fin, des bagarres émaillent l’amitié de deux gaillards et il n’est pas surprenant de voir rejouée une scène d’embrassade plusieurs fois de suite.

Ce théâtre-dansé absolument réjouissant donne à la danse une vie gouaille. Mettant en scène une joyeuse pagaille qui étincelle jusque dans nos sourires, Ambra Senatore nous donne une vision d’une humanité vivante où l’individu s’épanouit dans sa relation aux autres. Un spectacle absolument nécessaire lorsque l’esprit de sérieux et la déprime s’emparent de nos esprits refroidis par l’hiver.

Quentin Guisgand

A voir les 27 et 28 mars à Grenoble (38) à la MC2, puis le 14 avril à St Medard en Jalles (33) à Le Carré / Les Colonnes.

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