« RIDEAUX/BLINDS », INSTITUT d’ART CONTEMPORAIN, VILLEURBANNE

salle 1

Rideaux/blinds – Group-show, commissariat Marie de Brugerolle /Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne / jusqu’au 3 mai 2015.

Rideaux/Blinds , se déploie comme une scénographie à constituer. Volumétrie, projection plane, ambiguïté, faux pli : le voilage s’insinue, insituant les salles corridors ou intérieurs, tout contre l’œil du visiteur, au creux de sa vision. On dit d’une voix ou d’une pièce mécanique jouant le mouvement qu’elle est voilée. Une incurvation, un faux-mouvement et un interstice arrive. Tout au long de l’exposition, le rideau est contre-fenêtre. Il produit de l’opacité, du faux, montrant ce qu’il cache ou cachant ce qu’il cadre.

Salle 1, duplication – une paire de « rideaux » tombant plus bas qu’au mur, membrane, – toile visible depuis l’extérieur, laisse un espace à contourner pour entrer. Elle est issue d’un performance de Jessica Warboys : Sea Painting, traversée de grands éclats colorés, réalisée « sur mesure » pour le lieu.

Intervalle
Entre l’extérieur et l’exposition, ou les plis mêmes, l’intervalle se déroule en profondeur, dans les bannières peintes de Stephen Prina (Blinds). Aligné en longueur, contre une baie vitrée, il altère le rapport entre intérieur et extérieur : La Perruche Bleue (2015) de Julie Béna déploie les panneaux d’un store où le gravier du dehors semble reproduit. Un livre au sol, ouvert, imite à la perfection l’unique pli d’un rideau. Les interstices des panneaux laissent passer la lumière, venant frapper un tableau : Recall (David Renaud, 2015).

Réflecteurs
Deux pièces d’Urs Lüthi se font face. The Remains of Clarity (thousand or more images) superposent des milliers de photographies recouvertes de plexiglass. La teinte obtenue tire vers le noir. Le reflet et les strates oblitèrent la vision. Manque la netteté qui rendrait le reflet distinct. On ne s’y voit pas. Un halo rose s’échappe du cadre.

Le plafond de la même salle est recouvert en entier de feuille d’or, où le visiteur se réfléchit. Halle nord, sous la lumière du plafond vitré un paravent réflecteur conçu par Nick Oberthaler : Untitled (dividers/after BvV). Les reflets sont vifs, arêtes coupantes « blind-ing your mirror image » (Oberthaler). Le réflecteur fragmente le tableau situé en face de lui : Parce que, de Marc Desgranchamps, fait d’espaces peints fractionnés. Si en se déplaçant le visiteur peut alterner reflet personnel ou fragments coupés de peinture Flagitaret tandem remoto linteo ostendi picturam de Julien Bismuth expose une impossible réflection – contrecollés, les drapés en sérigraphie ne font qu’un avec la cloison. Il est question de la duplicité aveuglante de la vision.

Projection
Les vidéos insistent sur le voilage par leur montage et leur condition de projection. L’installation Spectral analysis (William Leavitt) – salon et diamant tournant dans un poste de télévision – est une analyse/décomposition du spectre lumineux et de la diffusion de masse.

Les images de James Welling (Dust motes, Ashes, Glass house) s’évanouissent lentement. Ses vidéos montrent la pellicule comme voile. Glass house projette ses plans autour d’une construction vitrée, traversée et reflétée par la lumière. Ces surfaces-vues sont ajourées, ajournées par le montage. Le passage d’une image à l’autre se discerne par couleurs acidulées. La pellicule rend un éblouissement fané : fade, voile sinueux et fondu. Glass house entre en écho avec le diamant tournant et mat de Leavitt – inapte à renvoyer la lumière. La salle de projection pourrait être plus sombre. La vue est légèrement voilée par les conditions de visionnage : le rideau s’insinue devant les yeux du visiteur.

Sur écran incurvé est projeté Grosse Kleinen welt, de Marie-José Burki, vidéo double en plongée sur Bienne : tombée du soir, tel qu’il se déroule d’une fenêtre en hauteur. Incurvation : vallées et hangars. Les brouillards montent et obturent la vue.

confection
Le clin, l’incurvé viennent constituer des volumes lumineux ou tactiles. Si plusieurs installations sont faites pour l’exposition, « sur mesure », certaines concernent l’ambiguïté du matériau ou du geste. La découpe est parfois littéralement projetée – dans la vidéo Re: enact, Ron Amstutz est habillé du vêtement divisant son propre corps en zones. La peinture sera disposée, surajoutée à même les rideaux dont les anneaux sont conservés et mis en évidence, chez Simon Bergala.

Un morceau de tissu jaune recouvre une photographie au sol, que le visiteur choisira ou non de voir en poussant le tissu, Historic Photographs: To walk Onto/to crawl Into-Anschluss, Vienna, March 1938 (Gustav Metzer). Dans Manteau de Fabien Lerat, le bas-relief a pour condition une série d’emmanchures uniformes terminées par un empiècement noir. Le tissu est détrempe figée dans du sucre (Dominique Ghesquière, Rideau) en un beau drapé silencieux.

Le parcours succède les intérieurs, entre réflecteurs, projection, matité, refus ou aveuglement. D’une opacité colorée à la résolution vers le mur, le visiteur est cet effet légèrement voilé de rideau – qui s’épaissit ou laisse voir sa trame.

Sabrina Bonamy

Oberthaler-Desgrandchamps

Renaud-Béna

Visuels : Vues de l’exposition à l’IAC de Villeurbanne : Salle 1, Oberthaler, Desgrandchamps, Renaud Béna / Copyright the artists / IAC Villeurbanne

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