« THYESTES », SIMON STONE : TUER LE MYTHE

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Thyestes, Simon Stone / Théâtre des Amandiers, Nanterre / du 20 mars au 3 avril 2015.

Simon Stone présente pour la première fois en France une interprétation expérimentale de la tragédie de Sénèque. En réinventant la saga des Atrides en douze scènes trash, le metteur en scène australien puise dans la matière antique les constantes des sociétés humaines.

Spectacle violent et déviant, Thyestes est avant tout obscène. En effet, la pièce exhibe le substrat et corrélativement la vacuité de personnages, pourris, nuls, déglingués, qui ont renoncé à se mettre en scène. Cet effet est renforcé par le traitement médical du mythe : on montre tout, sous toutes les coutures.

Le dispositif bi-frontal et la lumière blanche transforment le plateau en une arène clinique. Les spectateurs, placés de part et d’autre de la scène, scannent les personnages et les auscultent au scalpel. Le châssis est resserré, l’atmosphère, étouffante.

Loin de la fresque politique, le mythe de Thyeste se réduit à la plus simple expression de la société humaine : la famille. Ici, la cellule familiale est l’unité fonctionnelle constituant la partie vivante de tout organisme mais aussi la structure la plus contraignante – elle emprisonne.

Et dans ce cadre étroit, Simon Stone démystifie le mythe. L’hybris contemporaine s’exprime par de nouveaux médiums (et médias) absurdes. Les personnages postent leurs bêtises sur twitter, imitent les jeux sexuels des vidéos de Youporn, jouent au ping-pong et dansent sur de la musique pop.

Ce décalage fait de Thyestes une pièce à rebours. D’une part, l’histoire est hors contexte. D’autre part, pour déployer le ressort tragique, c’est-à-dire l’avènement du destin (le fatum) qui dépasse l’homme, la linéarité du spectacle est rompue par des prolepses et des analepses qui concentrent l’action sur le festin final.

Grâce à cette efficacité narrative, Simon Stone parvient avec style à explorer et exploser le mythe. Les frontières entre la fiction et la réalité mais aussi entre l’ancien et le contemporain s’effondrent. La véritable tragédie, c’est peut être que ces héros antiques soient justement nous.

Lou Villand

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