UNE BELLE VITRINE DE LA MORT

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les Inquiets et Les Brutes de Nis-Momme Stockmann/ mise en scène Olivier Martinaud/ Le Lucernaire / du 8 avril au samedi 16 mai.

Une belle vitrine de la mort

Le décor est minimal : une table, un lit, un bureau, deux acteurs et une plante d’appartement ignoble. Le père est mort, le père de son vivant torturait des chats. Le noir s’installe.

Ses fils : Berg, Eirik sont absolument désabusés, désœuvrés. Ils ne savent que faire ni pourquoi le faire. Ils se débattent comme des mouches dans tous les sens sur du papier adhésif collés à la mort infecte. Les phrases s’enchâssent alors les unes aux autres. Elles fondent ayant pour seul but véritable l’absurdité de la situation en jeu et cette question du corps et du cercueil imprimées aux lèvres.

Les inquiets et les brutes trouvent pour seul point d’appui la concrétion verbale du texte. Le dialogue éprouvé tel un feu hurlant est propulsé et brulé en l’air tour à tour par Berg et Eirik. Ce sont les répliques brillantes, cinglantes, écrites par l’auteur allemand qui alimentent cette purgation théâtrale d’une heure et quelques. La pièce de théâtre ne cherche pas à jouer la colère, les personnages préfèrent se contourner, ils ont tout simplement baisss les bras en face d’elle, sa monstruosité ordinaire. La moindre action s’avère être un supplice, une crucifixion de l’âme, derrière le miroir du contexte donné, concret, matériel. Or le tour de magie passe, opère et prend son envol au-dessus du phrasé tout en contrepoint de l’acteur Laurent Sauvage. L’acteur déploie l’écoute jusque dans ces accents les plus surréalistes. La force magique secrète, psychédélique du jeune auteur allemand apparait alors à la lumière de sa nonchalance. Laurent Sauvage avec son interprétation de Berg ressuscite un certain type de pathos lié à l’aquoibonisme environnant, c’est une jubilation ! Son personnage devient la constellation la plus inconnue de la voûte du théâtre. Elle s’infiltre en son centre le plus voilée à un cil d’Uccello, le Poil d’Artaud et à une ride de Booz endormi d’Hugo.

Quant à son compagnon Erik flegmatique (Daniel Delabesse) ; il lui donne admirablement la réplique et c’est tout à son honneur. Mais peut-être au bout du bout il manque la prise de risque totale, viscérale, sidérale.

Quentin Margne

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