PEEPING TOM, « VADER », THEÂTRE DE LA VILLE

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Peeping Tom, Vader > – Au Théâtre de la Ville, du 7 au 11 juillet 2015.

Peeping Tom créé des espaces habités, des reconfigurations réalistes d’un univers à chaque fois particulier où évoluent d’étranges personnages dont les figures déplacent la focale hors du réel. Paradoxe suave que de voir un topos abriter des vies qui dérapent, condition nécessaire pour que le spectateur lâche prise. Ancrée dans une salle des fêtes d’une maison de retraite comme les autres, Vader vire rapidement au cauchemar dans le cadre normal des situations apparemment familières.

Sur la scène donc, la mise en scène d’une autre scène – miroir déformant ou loupe grossissante qui nous fait voir les personnages se donner en spectacle dans un simulacre à peine voilé. Sur les murs s’étalent de larges tentures claires tandis qu’une moquette rouge délavée recouvre le sol. Un brin désuet, le décor pose une atmosphère lourde de sens. Il recréé d’emblé un monde onirique qui compose la marque de fabrique des deux metteurs en scène, Gabriela Carrizo et Franck Chartier.

Une jeune femme entre, attend, demande à parler à quelqu’un. Dès les premiers mots, l’absurdité de la situation se révèle. On sait que rien ne se passera comme prévu. Cette maison de retraite, si elle nous renvoie à des éléments familiers, ne nous montre que l’ombre d’elle-même. Son revers où sont inscrites les formules magiques qui nous ouvrent les portes de la vérité. Cette maison est à la fois prison et navire, un huis-clos à la dérive.

Comme Erasme nous fit un éloge paradoxal de la folie, Peeping Tom explore les recoins du réel pour le retourner comme un tapis. Ici, les infermières se grattent jusqu’au sang, exécutent au sol des roulés boulés, et les fils, pressés d’abandonner leur père à leur triste sort, deviennent à leur tour papis gâteaux. Cette folie nous dit des choses que nous ne voulons pas voir sous le vernis de nos regards empêtrés dans la surface quotidienne des choses. La vieillesse est un naufrage car la société oblige nos anciens à se considérer comme les survivants d’un esquif abandonné aux confins des océans de la civilisation.

Le théâtre de Gabriela Carrizo et Franck Chartier travaille une multitude d’éléments dramatiques, scénographiques et chorégraphiques d’où naissent des situations de l’étrange. Car ici, point de moralisme ou de conclusions toutes faites. Le ballet des balais, la frénésie des corps qui se tordent, la pantomime animale… Les interprètes laissent s’exprimer dans leurs corps des voix qui souvent sont tues. Ces voix sont multiples, sans que m’on puisse identifier qui a tort ou qui a raison. Mais elles sont là, dans la complexité d’un imbroglio dans lequel se mire la simplicité des solutions que nous adoptions au jour le jour.

Le regard du spectateur navigue, se perd, se diffracte. Il sonde un univers imaginaire et s’émerveille de chaque trouvaille qu’il y fait. Vader, premier volet d’une nouvelle trilogie qui prend comme base les figures familiales du père, puis de la mère et du fils, puise ses racines dans les tréfonds de nos psychologies particulières tout en nous parlant à tous. Si cette nouvelle création a perdu un peu de la vitalité des précédentes productions du couple basé à Bruxelles, il n’en reste pas moins que le procédé fait mouche. On en ressort à demi-émerveillé, à demi-gênés de revenir vers nos vies normales.

Quentin Guisgand

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