FESTIVAL D’AUTOMNE : UN « OTTOF » DE BOUCHRA OUIZGUEN DECONCERTANT AU CENTRE POMPIDOU

Ottof 2

FESTIVAL D’AUTOMNE 2015 : Ottof – Bouchra Ouizguen / avec Kabboura Aït Hmad, El Hanna Fatéma, Halima Sahmoud, Fatna Ibn El Khatyb, Bouchra Ouizguen / Centre Pompidou / 16-20 septembre 2015.

Ottof de Bouchra Ouizguen est une pièce qui déconcerte. Elle impose son univers au spectateur sans donner aucune clef de lecture. Elle déconcerte en même temps qu’elle enthousiasme. Celui qui regarde devient le spectateur d’une expérience inédite, généreuse et pourtant impalpable.

Les femmes qu’elle met en scène sont autant des symboles d’une féminité libérée que les porteuses d’une culture et d’une tradition ancestrales. Leur « être au monde » est d’une pureté et d’une générosité sans fond et c’est sans doute le plus décontenançant. Ce qui est donné à voir sur le plateau reste insaisissable. Ces femmes marocaines qui ont fait de leur vie une danse, ont rejeté les conventions établies pour acquérir cette liberté, perdu la confiance de leur famille et un statut social traditionnel, apparaissent devant nous âgées, belles, joueuses et libres. Emouvantes en même temps qu’émues.

Avant tout, ce sont les yeux que l’on voit, brillants et comme effarés au fond de cavités sculptées, des yeux qui scrutent et interpellent. Ici, le corps est une âme peuplée d’histoires, des souvenirs de la terre et de traditions anciennes, relié à nous par un insoutenable désir de dire et de vivre. Accompagnée d’une cavalcade musicale, leur danse est un partage, une confession en même temps qu’elle est un repli et une coupure. Les corps deviennent chaotiques et on ne sait plus qui regarder ni quoi comprendre. Leur danse est une ivresse remplie de maladresses, d’émotions et d’humour.

Le plateau leur est entièrement offert, aucun décor, rien ne vient troubler l’œil, que leurs gestes qui emplissent l’espace. Les corps engoncés sous des couches de vêtements dont les couches sont retirées peu à peu, retrouvent leur liberté de mouvement, d’expression, et la parole peut jaillir en logorrhée. L’une crie son amour carnivore, l’autre sa tristesse démultipliée. Que les gestes soient stylisés dans une lenteur chorégraphiée, ou naturalistes et presque quotidiens, leurs êtres sont fortement liés à la vie et à la culture qu’ils portent en eux, et les corps à leur sexualité d’une jeunesse surprenante.

Les danseuses déambulent devant nous sans que l’on sache où elles veulent nous mener. Quelque chose semble résister, incomplet et insaisissable. On est séduit par le faire mais on ne sait pas pourquoi. Les cinq femmes nous emportent dans leur culture, dans leur quotidien, par leurs chants, leurs joies, leur féminité sans faille. Ce qu’elles ont en elles est comme un jet, une pulsion, un besoin d’être et de le confesser, ça sort comme ça, avec brutalité et humour, de manière chaotique et touchante.

Moïra Dalant

Photo Margot Valeur

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