FESTIVAL D’AUTOMNE : « L’ORIGINE DEL MONDO », LE THEATRE VISCERAL

origine

L’origine del mondo, rittrato di un interno, texte et mise en scène de Lucia Calamaro, du 20 au 24 octobre au Théâtre de la Colline à Paris, dans le cadre du Festival d’automne 2015.

Ici, trois femmes, trois générations qui en trois temps et en trois heures déplient leurs pensées neurasthéniques. Dans L’origine del mondo, rittrato di un interno [l’origine du monde, portrait d’un intérieur] présentée au Festival d’Automne, Lucia Calamaro trace le portrait d’un intérieur vide de femmes au foyer lasses, et en filigrane, l’éclatante intériorité de poétesses déphasées.

Le huis clos a lieu dans espace ouvert, immense – une sorte de loft où l’on ne peut même pas se cogner la tête contre un mur. Au fond, les grands panneaux aux couleurs pastel sur lesquels sont projetés les surtitres ressemblent au ciel, poétique et frimeur, en train de se coucher. Au commencement, le plateau vide est éclairé par la lumière automatique du frigo qui irradie le foyer d’un drôle de clair-obscur. Puis à chaque séquence, apparaît une nouvelle machine électroménagère qui, aliénante et obsédante, prend la forme d’un totem monumental autour duquel les femmes tournoient.

Arrimées dans ce lieu où se coudoie le rêve et l’atroce quotidien, les trois femmes divaguent – et si leur vie est plate, plate, plate, elles, au contraire, y voient des cataclysmes. Le flot de paroles coule. Son débit est inféodé aux vagues à l’âme et hauts le cœur des personnages. Le langage suit le flux de conscience avec la précision d’un cardiogramme. Pourtant, il échappe à toute finalité communicationnelle : la fille, mère et grand-mère parlent mais ne se parlent pas, cherchant surtout à « tenir compagnie à leurs oreilles ».

L’auteur fait ainsi naître une parole désaxée, à la fois en perte de repères et en quête de sens, que le dictionnaire régulièrement consulté tout au long de la pièce ne parvient pas à fixer. Par les turbulences de la langue, L’origine del mondo interroge avec un humour noir l’identité féminine mouvante et l’ambivalence des rôles assignés. Et c’est ainsi que selon les variations de sa voix, Daria joue tour à tour l’héroïne hitchcockienne coiffée de son chignon macaron et la quarantenaire esseulée, qui a pour seul compagnon la dépression – sa « bête affectueuse ».

La beauté de la mise en scène de Lucia Calamaro tient à sa puissance viscérale. L’intrigue commence par un ventre qu’il faut combler, nourrir, rendre moins seul et se noue autour de l’enfantement et la transmission. Car parler de l’origine du monde en général, et de celle de Gustave Courbet en particulier, c’est finalement peut être revenir à cette douleur et ce plaisir là : l’acte d’engendrer.

Lou Villand

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