L’ART AUGMENTE DE PHILIPPE PARRENO AU HANGARBICOCCA DE MILAN

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Milan, correspondance.
Philippe Parreno « Hypothesis »/ Curated by Andrea Lissoni / HangarBicocca, Milan / from 22 October 2015 to 14 February 2016.

La première personnelle du Français Philippe Parreno en Italie débarque dans un musée privé à Milan, l’espace HangarBicocca ex-usine Pirelli déjà forte de l’exposition monumentale permanente d’Anselm Kiefer. C’est dans la nef centrale du musée, «en sandwich» entre Kiefer et Ortega, comme s’est exprimé Parreno lors de sa conférence de presse le 20 Octobre 2015, que se déploie l’exposition Hypothesis, une quasi réplique de l’exposition Hypnosis au Park Avenue Armory de New York en juin dernier mais que le curateur Andrea Lissoni tient par vanité à présenter comme «complémentaire».

Avant même de présenter Parreno, Andrea Lissoni qui clôt avec l’artiste français sa mission au HangarBicocca pour se dédier à plein temps à son poste à la Tate Modern, se félicite d’avoir tenu son pari, celui d’une curatelle basée sur trois principes qu’il énumère: « aucune limite spatiale », « première personnelle en Italie », « exposition site specific non réplicable ».

La recette de Lissoni a presque centré les règles globales de la nouvelle curatelle (en cours de définition dans les principaux musées internationaux) pour la gestion de l’art aujourd’hui, mais n’est pas suffisamment développée.

Sur le premier principe, l’absence de délimitation spatiale, Lissoni est imprécis: l’objectif n’est pas de savoir répandre l’œuvre à l’intérieur du musée mais de faire survenir un événement de manière inattendue. Ce que n’a pas compris Lissoni, c’est que l’absence de délimitation de l’art doit aujourd’hui être plus psychologique que physique, principe que tente de mettre au point Parreno à travers une dispersion matérielle et émotive dans son spectacle de lumières, d’images et de sons synchronisés à l’aide de programmes informatiques.

Sur le plan donc des moyens, on y est: Parreno offre un spectacle colossal, le public est de l’autre côté du miroir, on fait partie du film, on est complètement englobé comme on l’est avec les sculptures et les toiles gigantesques d’Anselm Kiefer dans la salle juxtaposée. Des marquees ou enseignes intermittentes et rétro de Parreno, aux tours de béton statiques mais comme tout juste bombardées de Kiefer, le public est passé à l’expérience monumentale de l’art avec le concours bien sûr des espaces et des gros budgets industriels. Une participation émotive totalisante qui est plus souvent le paradigme de l’architecture contemporaine et des parcs d’attraction que de l’art.

Pour ce qui est du second principe de Lissoni, l’exclusivité, le curateur italien n’explique pas pourquoi le choix du HangarBicocca s’est porté sur Parreno: est-ce pour la capacité monumentale (et maintenant certifiée) de sa recherche ? Parce qu’il est bien représenté et référencé ? Quels sont les conditions et le niveau exigés par le HangarBicocca ? Comme dans tous les grands musées, le nouveau standard muséal global n’est pas encore déclaré, ce qui souvent confère une fausse autorité scientifique à des choix surtout dérivés des tendances de marché.

Le troisième et dernier principe de Lissoni, faire des expositions non réplicables, est à réfuter sur le plan scientifique vu que c’est justement la réplicabilité qui légitime la valeur d’un artiste: un événement artistique est globalement valable s’il constitue une possibilité qui puisse survenir (peu importe combien différemment) dans différents contextes. D’ailleurs, à quelques détails près, la première milanaise de Parreno est identique à l’exposition de New York, ou du moins est le résultat d’une seule et même recherche. Sous différents noms donc, ce même projet de Parreno a été répliqué – il faut le dire – au moins trois fois: à Paris d’abord en 2013 au Palais de Tokyo, à New York cet été à l’Armory, à Milan maintenant jusqu’en février 2016, et peut-être encore ailleurs jusqu’à son prochain projet.

Ce qu’a voulu partager Parreno avec nous, c’est sa découverte que les améliorations et les petites modifications techniques font désormais partie du processus normal d’une exposition aujourd’hui, un processus en évolution: une découverte qui donnera peut-être lieu à un nouveau projet de Parreno (d’où le titre de l’exposition milanaise «Hypothèse»), artiste maintenant internationalement reconnu grâce au curateur Obrist comme celui qui travaille sur l’exposition comme moyen d’expression en soi.

Un nom, une spécialité en somme. La question à ce stade avec Parreno est de savoir à quoi sert le curateur et c’est sans doute ce qui a mis à nu les faiblesses et les interprétations forcées du curateur Lissoni à Milan.

Pour finir, Parreno réussit son pari sur le plan émotif mais n’a pas encore trouvé le principe fondamental du nouveau standard expositif qu’il cherche dans la collaboration entre artistes, ingénieurs, musiciens et autres. C’est, dit-il, la fonction des pièces signées Jasper Johns suspendues juste à l’entrée de la salle et prêtées par le Walker Art Center de Minneapolis : en guise de totem, Parreno a voulu intégrer à son exposition le décor original du célèbre spectacle de Cunningham de 1968 inspiré du grand verre de Duchamp, un caprice purement symbolique (et un clin d’œil à une bilatéralité France-US qui omet complètement l’Italie et oublie de se trouver à Milan) dont Parreno pouvait se passer. Surtout si c’est trop rendre service aux simplifications officielles de l’histoire du passage de l’art européen à l’art américain.

Raja El Fani
à Milan

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Images copyright the artist / HangarBicocca Milan 2015

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