« NEW YORK EXPRESS », PS122 AT T2G

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YOUARENOWHERE, Andrew Schneider (3-5 décembre) / Thank you for Coming : Attendance, Faye Driscoll (3-6 décembre) / Yesterday Tomorrow, Annie Dorsen (6-8 décembre) Festival New York Express : PS122 at T2G.

Programmées dans le cadre du focus New York proposé par le Théâtre de Genevilliers, trois pièces mêlant disciplines et tonalités se succèdent sur une semaine : théâtre vidéo, danse, comédie musicale. C’est comme un shoot américain dans les veines, une bouffée outre-Atlantique dans les narines. C’est américain et c’est international, au choix.

YOUARENOWHERE de Andrew Schneider est une parole qui défile à la vitesse de la lumière, faite d’ellipses visuelles, c’est une parole qui se vomit, au risque d’en perdre les mots, et qu’importe après tout. YOUARENOWHERE questionne la notion même de définition insaisissable de l’être dans son rapport au temps et à l’espace, dans son sentiment de passage indéniable du temps et d’échappatoire impossible.

On y retrouve les images de la matrice, des références au cinéma américain d’action, dans la parole, les corps action man, les références à la musique populaire américaine, le tout apparaissant sous forme de flashs visuels. Jusqu’à ce que corps et voix du performeur se dédoublent : une boite magique apparaît dans laquelle une altérité se développe en miroir. L’autre de soi-même, le sentiment de ne pas être unique en se sentant paradoxalement très seul. Le performeur un devient deux, le solo devient duo, voire duel. Le public et le décor mêmes se regardent en miroir, s’observent, le(s) performeur(s) décrypte(nt) les mouvements, les parcours, tente(nt) d’identifier ce que représente une identité, le sentiment d’unicité, et interroge la possibilité d’un monde plus vaste que celui, relativement plat, que nous entrevoyons.

L’épicentre de la pièce reste toutefois l’amour ou la rencontre amoureuse, l’instant mathématique de l’impact. Et sans doute par la même occasion la compréhension de soi. Afin d’établir une théorie détournée de la relativité, Andrew Schneider questionne le pourquoi de l’avènement des accidents qui constituent nos vies et notre cosmos.

Thank you for Coming : Attendance de la chorégraphe Faye Driscoll est une pièce en forme de célébration. Célébration de l’homme comme être social, en même temps qu’être subjectif pétri d’impulsions, de désirs, ou être de plaisir.

Oui c’est principalement de plaisir qu’il s’agit. Un plaisir partagé entre l’espace scénique et l’espace dévolu à celui qui regarde, reçoit, touche, est touché. Tout déborde : les corps s’allongent, les espaces s’interpénètrent, les références et le cadre explosent.

Avant d’entrer en salle, le public est invité à se déchausser, à retirer manteaux et sacs à main, afin d’être libre de ses mouvements, dépossédé du surplus, et entièrement disponible. Assis en tailleur à même le sol autour d’une estrade en forme de ring, ce dernier observe des êtres dont les corps s’entremêlent pour ne former qu’une masse collective et indissociable. Le groupe se meut, chacun tente d’exprimer par son corps et ses gestes, un désir de s’échapper ou de se rapprocher, d’être partie intégrante d’une masse dont les parties se confondent ou de trouver une échappatoire dans les yeux d’un spectateur. Les personnalités se dessinent peu à peu, une relation à l’autre, un rapport particulier au public : séducteur, coléreux, fragile, meneur… les rôles s’échangent pour créer des accords et désaccords. Le corps se tire, s’étend, le souffle se partage, le regard cherche l’autre, dans une générosité sans limite. La forme proposée par Faye Driscoll, pourtant simple, captive.

Avec cette pièce – premier volet d’une série – la chorégraphe pose la question de la « co-création » d’un monde, d’un sentiment qui puisse se transmettre du performeur au public. Les deux, l’un en corrélation avec l’autre, deviennent créateurs de l’espace-temps éphémère qu’ils partagent, un monde qu’ils dessinent à leur(s) envie(s). « Le public est invité à une fête dans notre maison » explique la chorégraphe dans une interview menée par Marion Siéfert pour le Festival d’Automne. Thank you for Coming : Attendance est donc une invitation à célébrer ensemble. La pièce travaille à créer un corps collectif, à transformer les corps individuels des performeurs en mouvements et signes complexes et instables à l’image d’une société qui se meut en permanence. Tout est en mouvement et invite à se mouvoir, avec beaucoup de finesse et d’humour. Des gestes quotidiens, familiers, ancrés dans une culture individualiste, sont décryptés, mis sous le scope de nos perceptions et offerts au supplice de esprits critiques ou mesquins, de même qu’à nos fantasmes et à nos désirs. Les gestes et évènements ont une lecture par strates, mouvante et insaisissable ; une complexité de sens à laquelle on s’identifie et dont on s’amuse, comme d’une autocritique. Attendance interroge la présence, individuelle et collective, du côté scène comme du côté salle. Les deux côtés s’annulent pour se retrouver et former une véritable expérience de groupe. Le public se sent invité, à la fois dépendant et guidé, mais aussi libre de choisir. Lecture distanciée ou participation engagée, image que l’on regarde ou expérience que l’on vit : notre perception de la pièce est ainsi multiple.

Merci d’être venus, et d’avoir été là.

Moïra Dalant

Visuel : Andrew Schneider YOUARENOWHERE Photo Baranova

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