ACTORAL MONTPELLIER : EDITH AZAM, « CAMERA »

Edith-Azam©Clémentine Crochet

Festival ACTORAL Montpeller / 14-22 janvier 2016.

Lors du Festival Actoral à Montpellier, du 14 au 22 Janvier, des auteurs sont invités à lire une quarantaine de minute d’un de leur texte. Thomas Clair, Lydie Salvaire ou Anne-James Chaton font partie cette édition 2016, avec Edith Azam, qui venait lire un long extrait de son dernier texte : Caméra.

« C’est une fable, un roman, c’est un apologue. On y voit un curieux personnage, nommé Caméra, parcourir un monde où des murs s’érigent partout, où éclatent guerre et émeutes, un monde de massacres où elle s’assigne pour tâche, avec quelques étranges figures (Oiseau-Silex, Chouette-à-lunes, Tortue-barbue, Shinx-zébré, Buffle-trois-cornes, Âne-pieds-plats) rien moins que sauver les mots, le langage. Elle-même, Caméra, n’est pas banale puisqu’elle est aussi une caméra, une vraie caméra, qui zoome, qui fait des plans fixes, etc. et est soumise à la charge de ses batteries. Bref toute une population anthropomorphique qui se démène afin de transmettre qu’écrire reste possible. Cette histoire est écrite dans ce ton et avec cette écriture inimitables d’Edith Azam, faits d’une véhémence nerveuse, tremblée, emportée, lyrique et acérée et qui jouent des scansions, des rythmes tout autant que de leurs ruptures savamment ménagées. »

Chez Edith Azam, les jambes et les genoux parlent tout autant que la bouche. Les articulations du corps comme points de miroir à l’articulation des lèvres et de la voix.

Les jambes donnent le temps (souvent 160 à la noire, avec des descentes à 120), les doigts eux pointent les rythmes, tout en syncopes. Pas d’anacrouses, pas d’appogiatures : le mot marqué sur le temps et effacé dans l’instant, sans modulations ou ornement. Et pourtant il s’agit bien de musique, d’une poésie sonore tout en ascétisme et en sécheresse. Ce qui rend malgré tout cette partition entendable, c’est qu’Edith Azam ajoute à cette sècheresse du langage une énorme dose d’humanité et de douceur. L’arête des mots ne nous agresse pas puisque le mot est contenu dans une voix suave et légère, fluette et posée.

Tout d’un coup, l’attention et la tension se font, le son devient la propriété de la lectrice qui nous embarque dans son univers. De temps en temps, par insertion, le spectateur s’autorise une cassure dans le flot verbale, une brisure de la ligne sonore : un soupire, un toussotement, un sac qui tombe et qui nous rappelle inlassablement que le public est vivant, qu’il est encore là, à la fois happé par la fiction et en même temps toujours présent, toujours vivant, pas si dupe que ça.

La simplicité du procédé (une table et une chaise, un livre, une lectrice) nous rend complice. On accompagne chaque butée –elles sont peu nombreuses-, chaque caillou de la langue dans la chaussure du texte qui nous rapproche de la lectrice au lieu de nous éloigner de la fiction : on est hypnotisé par la psalmodie. On pourrait penser qu’il y a là volonté d’endormir, mais c’est bien tout le contraire. S’il faut, c’est vrai, rester tout de corps concentré, si la lecture n’est pas vulgairement donnée à gober, quand on est vraiment à l’écoute, on entre en langue comme on entre en religion, par conviction.

Si le ton doux est englobant (enjôlant ?), on est loin de la séduction car le recul avec lequel le texte est dit évacue toute image racoleuse ou tentative de plaire. Le texte est là, on s’en saisit ou pas, l’écouteur fait le tableau et sa partie du travail. Le besoin de s’immiscer dans le gras du texte, de tendre l’œil, l’oreille et le cœur, c’est de nous qu’il vient. On n’est pas, comme souvent y compris dans le spectacle contemporain, dépossédé de notre travail de spectateur.

Et d’un coup, un regard. Là aussi, dans le flou, pour tout le monde et donc pour toi, comme une vague submersible.
La prosodie, la monotonie –au sens propre du terme : à un ton- en fait une performance contemporaine par son refus simple de la séduction. Pas de chi-chi, pas de moi-je, pas de brillance. C’est simple et salvateur.

Bruno Paternot

Samedi 30 janvier 2016 à 14h
Edith Azam au congrès de l’AMP 2016 à Rio de Janeiro

Mercredi 2 mars
Une soirée avec Édith Azam 18h30- Librairie La Cour des Grands, 12 rue Taison 57000 Metz

Samedi 19 mars Lectures et dégustations poétiques avec Édith Azam, Médiathèque de Gondrecourt-le-Château
15 bis rue du Général Leclerc 55130 Gondrecourt-le-Château

Photo : Edith Azam © Clémentine Crochet

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN