JEUNE CREATION, THADDAEUS ROPAC PANTIN

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Jeune Création / Galerie Thaddaeus Ropac, Pantin / 16 – 24 janvier 2016.

Les vastes espaces sous la verrière de la galerie Ropac à Pantin s’animent d’une énergie foisonnante. Jeune Création y déploie sa 66ème édition. De Olivier Mosset, Michel Parmentier ou encore Daniel Buren à Renaud Auguste Dormeuil, Pauline Bastard, Ismail Bahri et Neil Beloufa, pour ne citer que quelques exemples, nombre d’artistes confirmés y ont montré leurs œuvres au fil des années. Le cru 2016 s’annonce également riche de belles promesses.

De la sculpture aux propositions performatives, de la vidéo aux pièces empreintes d’une réflexion post-Internet, une pluralité de médiums dessine la cartographie de la création émergente. Une intéressante cohérence aux voies protéiformes se dégage de la scénographie imaginée par ilots qui parviennent à préserver, malgré une densité certaine, la singularité des œuvres, tout en multipliant les jeux de résonances, les allers-retours et les échos.
Des notes et bribes d’équations qui tentent de surprendre et de modéliser les dynamiques secrètes des étoiles, patiemment transcrites par Jenny Åkerlund en autant de constellations abstraites, sur des plaques de verre, à partir des archives de l’Université de Harvard, au chuintement facétieux, aux scintillements et aux pulsations chromatiques des cristaux que Julie Vacher filme et ausculte tels des paysages empreints d’une terrible épaisseur imaginaire, Jeune Création déploie une passionnante amplitude.

Obstinée exploratrice du champ des possibles, Yukari Hara sillonne à longueur de journées ces espaces, incognito, portant avec elle la promesse des rencontres sans cesse ajournées. Sa proposition furtive s’affranchit de l’emprise de l’objet, investit le quotidien et irrigue d’une certaine manière l’exposition, alors même que des artistes comme Quentin Euverte et Joris Henne suivent au plus près les rythmes de la matière. Rythmes dénaturés, pervertis des fourrures glamour qui sous l’emprise d’une installation arrachée à l’univers de J.G. Ballard, se mettent à respirer, crament doucement sous les rayons d’une machine à UV détraquée ou encore s’imbibent de vapeurs de graisse fondue – clin d’œil façon Orange Mécanique de Quentin Euverte à Joseph Beuys ? Rythme des saisons, marqué par la rigueur des éléments, le froid, la neige, le vent qui s’engouffre en hiver entre les parois de Tre Cime di Lavaredo, dans les Dolomites italiens, pour Joris Henne qui livre sa sculpture aux hasards de la haute montagne, pour la récupérer des mois plus tard, impressionnante masse presqu’organique, entre le monstre et la divinité, informe, portant les stigmates de l’hiver.

Une toute autre forme de fascination émane de l’installation élégante et minimaliste d’Elise Vandewalle, scène où se recomposent des strates d’absence, hantée par les voix entêtantes de Hildegarde von Bingen, Emily Dickinson, Kathleen Ferrier. Une jeune soprano ponctue de par ses apparitions impromptues et sporadiques la temporalité de l’œuvre, invoquant ces figures tutélaires. A la fois poreux et compacts, les morceaux de plâtre d’Émile Duserre, trempés dans des bains d’encre de chine, témoignent d’une logique sédimentaire, transcrivent le temps du contact, racontent d’autres histoires d’imprégnation et d’empreintes.

Après un détour absolument indispensable par l’univers troublant de Julie Chaffort, dont l’excellence dans l’art d’imaginer des rapports incongrus, porteurs d’une tension poétique incroyablement fertile, demanderait un article à part entière, nous voici prêts à recevoir les charmes discrets, un tantinet désabusés des fictions low-fi que Yann Vanderme, lauréat de la 66ème édition de Jeune Création, construit de toutes pièces. Un cactus, des marionnettes aux voix doucement attachantes, une série de cailloux en tant qu’œuvre conceptuelle, jalonnent le parcours dans ce Not Really Really a Museum, que l’artiste, déjà repéré par ses actions furtives et des installations in situ, propose, l’air de rien, comme une sorte de miroir déformant qui interroge avec une extrême acuité, en les dédramatisant, les codes, les usages et autres lieux communs du champ de la création.

Smaranda Olcèse

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1- Julie Chaffort, Barque silencieuse, 2015 / 2- Yann Vanderme, hello, 2015 / copyright the artists

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