ACTORAL MONTPELLIER : JORGE LEON, « BEFORE WE GO »

Before we go©Jorge Léon

ACTORAL Montpellier : Jorge Leon , Before we go / HTH, CDN de montpellier & divers lieux / 14-22 janvier 2016.

Actoral, Festival des arts et des écritures contemporaines est présent pour la première fois à Montpellier du 14 au 22 Janvier 2016 afin de faire découvrir au public montpelliérain un « festival qui fait trembler le théâtre ». A contrario de l’aspect quelque peu affecté voire prétentieux de la chose, la proposition de Jorge León a fait trembler toute la salle du cinéma Diagonal, partenaire d’un soir du festival.

Comme pour la proposition d’Edith Azam quelques jours plus tôt, Before we go est un film qui cherche à toucher du doigt des forces beaucoup plus grandes que nous. Et c’est cette volonté de dire l’indicible, cette quête inépuisable et épuisante de poser des images sur l’inimaginable qui bouleverse.

Avant de partir, plusieurs personnes en fin de vie rencontrent des artistes pour un dernier tour de piste. Entre deux prises de médicaments, une prise de vue sur le contact du sol et une sur la prise de parole. Cette rencontre entre les artistes et les patients, entre les vivants et les déjà-presque-morts marque profondément les uns et les autres. Emotion des deux côté de la scène et le nous entre les deux, qui nous prenons tout du long des gifles pulsionnelles de vie ou de mort.

Before we go de Jorge León est un film qui sonde -en sonde-, au goutte-à-goutte de petits instants de la fin de vie : « Le film est né de rencontres déterminantes avec les résidents d’un centre de soins palliatifs à Bruxelles qui accueille, hors de tout acharnement thérapeutique, des personnes en fin de vie. Depuis quelques années, les responsables du centre m’invitent à y organiser des ateliers de création. » Comme des flèches au cœur, avec des plans d’une sensibilité incroyable mais sans aucune sensiblerie, on voit les corps dans ce qu’ils ont de plus beau, de plus affreux, de plus terrible : dans leur humanité criante et décroissante. Le corps chancelant, encore en équilibre instable juste avant la chute finale.

Des scènes à l’esthétique impeccable (implacable) que ça t’éclabousse dans ton fauteuil, qui n’est pas roulant mais qui avance dans la fiction comme dans la vie. C’est beau, c’est léché et ça fait mouche comme cette image d’un vieux essuyant une larme qui coule d’un œil qu’il n’a plus. Si le langage cinématographique est débarrassé de toutes les scories de la fiction, de tous les codes attendus du documentaire, on n’en est pas moins guidé car la langue reste compréhensible et la grammaire atteignable par les néophytes du cinéma expérimental. Et qu’il est difficile d’être simple sans être simpliste…

A l’issue de la projection, la salle est invitée à exprimer ses ressentis ou ses questionnements. Systématiquement, ces temps de rencontre commencent par un flottement, une latence avant la première question. Ici non, les doigts se lèvent, les mots se posent, la discussion devient brulante puis évidence ; infester de mots la conversation apparait comme une nécessité pour regagner un quotidien bavard et vivable.

Dans une des dernières scènes, on voit la rue en mouvement, la rue en vie par le truchement d’une fenêtre à vitraux. La vie bien ordonnée, active et calculée devient une fête de couleur et de formes obscures. En un plan, Jorge León réussit à métaphoriser tout son film, tout le cinéma, toute la nécessité de l’art. Magistral, sensible et signifiant, le tout en une heure vingt : beau et con à la fois.

Bruno Paternot

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