LE DROIT DE REPONSE DE BAPTISTE AMANN

territoires

Suite à la Chronique dessinée de Camilla Pizzichillo sur le spectacle de Baptiste Amann publiée dans ces colonnes le 26 février (et que nous republions ci-dessus), le metteur en scène a tenu à utiliser son droit de réponse que nous lui accordons volontiers, même si son contenu approximatif et sa forme plutôt agressive, frisant l’insulte à l’endroit de notre chroniqueuse, n’honorent pas sa profession. C’est pourquoi nous publions à la suite celui de l’intéressée, qui elle aussi exerce donc pleinement son « droit de réponse »

« Chère Camilla Pizzichillo.
Je voudrai réagir à votre chronique dessinée concernant mon spectacle Des Territoires que vous avez vu à Théâtre Ouvert. Ce n’est pas sa dimension négative qui me fait prendre cette initiative, bien au contraire. Vous dites ce que vous pensez, vous vous engagez franchement et sans détour, c’est tout à votre honneur. Je trouve même cela plutôt sain. Non je voudrai réagir à la première phrase de cette chronique: « Une autre pièce sur la banlieue (la banlieue devient label) qui surfe sur le trauma du 13 Novembre (à partir du titre). » En deux temps:

 » Une autre pièce sur la banlieue (la banlieue devient label.) » Tout d’abord, si vous aviez lu le programme de salle, vous vous seriez rendu compte que j’y fais la même remarque que vous en formulant ma méfiance vis à vis de ce mot « banlieue » qui porte une idéologie si péjorative qu’aussitôt qu’on l’emploie, on ne sait plus très bien de quoi on a l’air. J’écris même « le mot banlieue fonctionne comme un label »…

Bon et si vous trouvez qu’il y a trop de pièces sur la banlieue, c’est un point de vue que je ne partage pas… Comme d’autres d’ailleurs « carcan de mots inutiles » « dialogue faux et caricaturaux » mais cela vous regarde et je ne veux pas le commenter.

Non ce qui est plus grave c’est la deuxième partie de la phrase: « qui surfe sur le trauma du 13 Novembre (à partir du titre) ». Comment une pièce écrite en 2013 peut elle surfer sur les attentats de 2015? Encore une fois, cette information était dans le programme de salle: « Cette pièce je l’ai écrite il y a 3 ans. »
Comment pouvez vous imaginer que l’écriture d’une pièce, sa répétition, le montage de sa production, peut être fait dans un créneau aussi court? Cela traduit selon moi une méconnaissance totale de la réalité de ce métier, de ses délais de fabrication, de conception et de réalisation.

Aussi peut être ne vous êtes vous pas rendu compte de la violence de votre remarque. Comment osez vous porter une accusation aussi grave, d’une façon si désinvolte et condescendante? Surfer sur les attentats? Sérieusement? Vous vous rendez compte de ce que cela implique? De quel coté est la caricature?

Bref, c’est ainsi. On ne s’intéresse pas à la démarche. On voit des spectacles. On construit un esprit critique par rapport aux autres spectacles qu’on a vu. On ne parle finalement que de soi, de son point de vue, de son goût personnel. Cela serait supportable si d’aventure en conclusion on n’était pas si sentencieux. Si sûr de soi. Alors que l’on n’a même pas pris le temps de lire le programme de salle…

Voilà, je vous remercie toutefois d’être venu au spectacle. Encore une fois, je respecte votre regard et votre avis d’être humain. Beaucoup moins votre intégrité de journaliste.

Bien à vous, »

Baptiste Amann

LA REPONSE DE CAMILLA PIZZICHILLO :

Cher Baptiste Amann,
Merci pour ce retour sur ma chronique de votre spectacle.

Un dialogue est toujours constructif quand il ne vise pas les personnes. Mes chroniques sont des réactions personnelles. Dans celle de votre pièce Des territoires (Nous sifflerons la Marseillaise…) je ne critique pas vos compétences ou vos méthodes de travail, mais j’exprime un ressenti qui me semble fondé.

Nous sommes d’accord sur le fait que le sujet de la banlieue n’est pas facile à traiter, et ce n’est pas parce que vous le précisez dans votre dossier de presse que de facto vous échappez à la critique. Au passage, vous conviendrez sûrement, à bien y réfléchir, que le travail d’un journaliste ne consiste pas en une sage lecture des dossiers de presse. C’est une source qui joue un rôle informatif mais aussi promotionnel, ne l’oublions pas. En bref, je ne souhaite pas enfermer mes interprétations dans les grilles de lecture fournies par les auteurs ou les attachés de presse.

En ce qui concerne la phrase qui semble vous avoir tant touché, je voudrais vous rappeler que « surfer sur le 13 novembre » ne signifie pas prétendre que vous avez conçu le spectacle au lendemain des attentats. Dans le cas présent je veux mettre en avant l’exploitation du pathos lié à ce triste événement, et c’est très exactement ici la lecture de votre note d’intention écrite en novembre 2015 qui l’a mise en exergue. Je comprends qu’on puisse se servir de l’actualité pour parler d’un travail artistique mais ce qui s’y réfère dans la note d’intention est en décalage par rapport à la pièce. A mes yeux, vous avez créé des personnages en carton malgré une thématique qui se veut ancrée dans la réalité sociale. Dans votre ancien communiqué de presse, que j’ai retrouvé sur le site de la Compagnie du Soleil Bleu, il n’y a qu’une petite référence à la Syrie et je pense que vous auriez pu en rester là.

Bien à vous,
Camilla Pizzichillo

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