ROMEO CASTELLUCCI, « GO DOWN, MOSES », TRANSAMERIQUES MONTREAL

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Envoyé spécial à Montréal.
GO DOWN, MOSES, Romeo Castellucci / TransAmériques 2016, Montréal.

C’est donc le retour de Romeo Castllucci à Montréal avec, cette fois-ci, une digression toute Castellucienne sur Moïse.

Oui, parce que, finalement, quoi que touche le peintre – scénographe – metteur-en-scène Romeo Castelluci, c’est une forme de narration et une élaboration d’images qui lui sont propres. On peut montrer cent spectacles, on reconnaitra toujours ceux de Roméo Castelluci et de la Sociétas Raffael Sanzio, sa compagnie.

Je dirais même, qu’avec le temps – et les moyens, voyez la liste impressionnante de partenaires de ce projet – le théâtre de Roméo Castelluci est fondé sur une telle technicité qu’il est chaque fois de plus en plus abouti sur le plan de l’image comme du sens. La perfection frôle là aussi Go Down, Moses

Et c’est vrai qu’il devrait redescendre Moïse/Moses sur cette foutue terre où rien ne tourne rond. D’un côté, dans Jamais assez, le chorégraphe français Fabrice Lambert prend prétexte de l’enfouissement de déchets radio actifs à Onkalo pour faire un spectacle post apocalypse, de l’autre, Romeo Castelluci nous montre la grotte primitive où seraient nés l’art et la religion. Comme toujours chez Castelluci, prédominent les images qui hantent, qui accompagnent longtemps, qui restent en mémoire.

Sur un plateau séparé de la salle par une toile permettant les projections d’images, se bousculent et se suivent des gens en costumes contemporains. Ils vont passer derrière les voilages blancs au lointain… Une immense machine au cylindre tourne blanc bruyamment. Apparaît ensuite une sorte de micro scène d’un WC public où se joue un accouchement. Cette fois-ci, contrairement à « Sur le concept du visage du fils de Dieu » (créé en 2012), point d’odeurs – les excréments et leurs odeurs ne nous avaient pas été épargnés et nous ont marqué pour longtemps. Juste le sang qui accompagne cet accouchement solitaire… De longues minutes à mimer cet instant si intime. Dans un vide sidéral et un noir profond, apparait une immense poubelle d’où débordent des déchets et d’où sort le cri d’un nouveau né. Suit une séquence dans un commissariat qui permet à Castelluci de faire le parallèle avec les réfugiés qui arrivent en masse en Italie. Un dialogue bref, sans grand intérêt si ce n’est la bienveillance, la profonde humanité de tout ces gens pour la pauvre mère encore maculée de sang et qui voit des bêtes partout… ce qui lui vaut un scanner, lui aussi criant de vérité et qui place le propos de Castelluci dans un monde ultra moderne, contemporain, plein de technologie qui permet de révéler toutes sortes de vérités…

Et puis c’est la grâce. Un peu à l’image de Memento Mori de Pascal Rambert, spectacle qualifié de « pré-lapsaire » par l’auteur. Apparaît devant nous LA caverne des origines. Des couleurs réalistes, une image forte qui s’impose, qui captive. Pourtant rien de particulièrement caractéristique à cet instant. Des actes quotidiens de la vie, la naissance, la mort, l’amour, la vie… seul le geste de ces mains posées sur ce tulle noir à la face fait comprendre l’importance du moment. Se glisse dans cet acte artistique primitif trois lettres S O S…. et le fait est que la terre, le monde vont très mal et que, oui, franchement, Moïse ou un autre prophète, d’où qu’il vienne et quel qu’il soit serait le bienvenu… La musique diffusée de façon très forte nous empêche de nous occuper d’autres choses que de cet acte fondateur.

C’est captivant. On en ressort bouleversé sans pouvoir dire vraiment pourquoi. Est-ce cette vision archaïque de la famille, du moins du groupe tel que Castelluci aime à nous le montrer qui nous touche ? Est-ce ce qu’il montre à la fin, cette femme qui semble passer de l’autre coté du scanner et retomber dans cette grotte, cette question de la vie après la mort ? on ne saurait dire. Cela semble tellement unique comme moment qu’on ne peut savoir pourquoi ces images, finalement de la simple vie, nous bouleversent tant…

Il en résulte que Go down, Moses nous reste dans la tête longtemps, nous bouleverse et nous donne à réfléchir jusqu’au prochain opus où, à n’en pas douter, la compagnie saura nous mettre devant des images singulières, fortes et entêtantes. Encore et tant mieux.

E Spaé

Comments
One Response to “ROMEO CASTELLUCCI, « GO DOWN, MOSES », TRANSAMERIQUES MONTREAL”
  1. CultURIEUSE dit :

    Absolument d’accord avec vous. Bouleversant, intense et mémorable.

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