LA BÂTIE, FESTIVAL DE GENEVE : SURVOL A MI-COURSE

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Genève, correspondance.
La Bâtie-Festival de Genève, 40e édition
 du 2 au 17 septembre 2016.

La 40ème édition de la Bâtie-Festival de Genève qui se déroule du 2 au 17 septembre égraine cette année une cinquantaine de propositions, projets inédits et transversaux, d’artistes d’ici et d’ailleurs, dans une multitude de lieux.

Florilège des propositions offertes: 
 des créations et premières suisses en tout genres, avec Cecilia Bengolea & François Chaignaud, Toshiki Okada, Alias, Lisbeth Gruwez, Salia Sanou et la compagnie 7273. 
Des binômes avec Thomas Hauert & l’Ensemble Contrechamps, Théo Mercier & François Chaignaud, Caroline Bergvall & Michèle Pralong, Eklekto / Ryoji Ikeda.
 Et encore: Christian Rizzo, Miet Warlop, Rachid Ouramdane Cat Power, Alain Platel, Miossec, Rimini Protokoll, Peaches.

Nous nous interrogeons encore sur la nécessité de nous donner Shéhérazade, hommage certain à John Adams d’un des grands invités du Festival, comme fil conducteur. Est-ce bien nécessaire de créer un lien artificiel à toutes sortes d’histoires qui ont peu à voir ensemble ?

Quoique, haine, violence, effroi, détresse, immigration sont la source de plusieurs productions. Alors pas de douces nuits bercées par une voix enchanteresse mais des problèmes contemporains posés par des artistes engagés. D’un autre côté, une programmation musicale et quelques envolées chorégraphiques qui soulageront nos peines.

Référence à la violence terroriste de l’attentat de Charlie Hebdo pour Boris Charmatz dans sa dernière création Danse de nuit, donnée sur l’esplanade du pavillon SICLI, à celle quotidienne et civile de la guerre en Syrie avec Alors que j’attendais d’Omar Abusaada, à celle de la misère sociale dans le monologue Acceso du cinéaste Pablo Larrain. Violence infligée aux enfants dans Five easy Pieces de Milau Rau avec le centre d’art gantois Campo. Le spectacle joué par des enfants et adolescents entre 8 et 13 ans esquisse à travers une biographie de Marc Dutroux l’histoire sordide d’une certaine Belgique.

L’immigration et l’exil sont au coeur du spectacle de Salia Sanou, Du désir d’horizon, suite à plusieurs mois passés dans un camp de réfugiés maliens au Burkina Faso pour animer des ateliers de danse.

L’expression de l’effroi mais aussi la violence habitent We’re pretty fuckin’ far from okay de Lisbeth Gruwez (cf article dans notre hors-série Festival d’Avignon). Un duo de solitude glaçante avec Nicolas Vlayslav dont les poses assises, torturées, renvoient aux hommes assis (et tordus) de Francis Bacon. La bande son de Maarten von Cauwenberghe utilisant le souffle amplifié des interprètes rend très tangible la boucle physiologique de l’émotion entre respiration et réaction corporelle. La peur se raconte par mimiques, l’angoisse qui naît dans le visage, les mouvements impulsifs comme autant de trahisons nerveuses. Et lorsque disparait leur fragiles supports : se cacher, lutter, s’étreindre, racler le sol ou s’y accrocher, des gestes vains et compulsifs de défense contre une folie qui semble toute proche.

Violence, horreur et indifférence à la fin de DRIFT, performance vocale de Caroline Bergvall. Quatre morceaux, dont l’un énonce des extraits du rapport forensique du « left to die boat », ce bateau surchargé provenant de la côté lybienne, se dirigeant vers l’île de Lampedusa (Italie) et abandonné à sa dérive pendant 14 jours, faisant 63 morts sur les quelques 70 migrants à bord. DRIFT est un projet qui se décline sur deux sites: Performance au Théâtre saint Gervais et installation, vidéo et livre au Centre d’Art Contemporain de Genève. Caroline Bergvall est comme une pasteure et la passeuse d’histoires où l’ancien se mêle au présent en un chant marin, épopée triste de naufrage sinistre. Une mélopée ou sons et sens composent ensemble une langue à la fois archaïque et nouvelle. Les percussions d’Ingar Zach l’accompagnent dans ce monde d’eau salée, sons de cloches perdues, chuintements du vent, embruns, dérive. L’écran est un océan hypnotique, toujours en mouvement, les mots se mêlent comme les flots, flottent au gré des vagues, se noient parfois. Sac et ressacs, résonances et abîmes. Des mots fantômes, des océans de croix en « t », tous les noyés du monde et la carte d’un monde disloqué et flottant, inconsistant.

Encore une semaine …. Rimini Protokoll (Stefan Kaegi et Dominic Huber) emmène ses spectateurs dans un promenade mi-virtuelle mi réelle de cimetière périphérique en centre ville à travers Remote Libellules. Avec Nachlass, pièces sans personnes, Stefan Kaegi et Dominic Huber ont suivi pendant plusieurs mois des personnes proches de leur mort. Ensemble ils ont conçu des espaces du souvenir, des chambres vides d’eux mais nourries des souvenirs qu’ils souhaitent laisser aux vivants. Ces espaces seront visibles à Vidy les 14 et 17 septembre.

Et encore et encore…. Thomas Hauert, Laurence Yadi et Nicolas Cantillon, Marie Caroline Hominal et tant d’autres propositions dont on n’a pas fait le tour.

On attend avec impatience Nicht Schlafen d’Alain Platel qui a confié la scénographie à sa compatriote Berlinde de Bruyckere. Une association évidente et excitante tant les corps muséaux, les reliques d’humanité souffrante de cette plasticienne répondent au caractère charnel de Platel. Le tout dans un environnement sonore où les lieders de Malher se frottent aux polyphonies de chant congolais . Les 16 et 17 septembre prochain . A suivre…

Ildiko Dao,
à Genève

http://www.batie.ch
https://www.batie.ch/programme

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1- Lisbeth Gruwez, We’re pretty fuckin’ far from okay © Luc Depreitere
2- Milau Rau, Five easyPieces © Phile Deprez

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