« INDISCIPLINE », PALAIS DE TOKYO : FOCUS SUR LA SCENE PERFORMATIVE BRUXELLOISE

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Indiscipline – Palais de Tokyo – 3 – 4 septembre 2016.

La foisonnante scène performative bruxelloise s’invite le temps d’un week-end au Palais de Tokyo. Au programme : performances, installations vidéo et films, cabaret queer, pièces de danse et propositions participatives. Le mélange des genres et des formats, les différentes dynamiques de réflexion sur la relation au regardeur et l’espace sont à l’image du décloisonnement, des circulations et des pratiques collaboratives qui irriguent et font la richesse du tissu artistique de Bruxelles. Fertile Indiscipline : on ne doit pas forcement choisir entre le son, le corps et l’image, on s’implique volontiers les uns dans les projets des autres.

La lumière et le brouillard immersif sont les axes de prédilection de son travail. Pour sa participation à cette première édition de la manifestation imaginée conjointement par Wiels, le Kunstenfestivaldesarts et Wallonie-Bruxelles Théâtre/Danse, Ann Veronica Janssens, tout en poursuivant une exploration des limites de la perception, choisit pour sa pièce, un terrain intime, la peau. « L’ODRRE N’A PAS D’IPMROTNCAE » Inscrite à l’encre délébile, le plus souvent sur l’avant-bras, cette tautologie un brin déglinguée tend à se confirmer tout au long du week-end.
Une voix onctueuse aux sonorités amples et enjouées inonde la Rotonde du Palais de Tokyo. Hana Miletic active, dans le registre du jazz, la lyrique quelque peu attendue, truffée de stéréotypes de genre, d’un anonyme dont elle a trouvé le cahier dans la rue. Le double pas de côté est saisissant, introduit du souffle, libère les mots du poids de la culture de consommation qui standardise les affects.

Le geste circule chez Radouan Mriziga entre l’artisan et le chorégraphe. Le motif graphique qu’il réalise au sol enclenche des coordinations fluides dans le corps. Sa danse se nourrit des architectures exponentielles de l’arithmétique.

Le son acquiert une consistance inouïe dans la proposition de Léa Drouet et Clément Vercelletto. Les spectateurs investissent la dalle du Saut du loup, forment déjà un paysage. Vingt personnes s’en détachent à un moment donné, se réunissent en cercle. Le silence s’installe. Des boucles sonores montent lentement de leurs magnétos. Chaque bande analogique y porte une seule note à la fois. Des par sa simplicité même, le dispositif parvient à conjuguer des résonances historiques de la période d’expérimentations minimaliste et l’imaginaire urbain le plus familier. Chaque participant semble s’imprégner de la tonalité qui lui est propre. Il y a quelque chose de fragile et d’extrêmement touchant dans ce moment de latence qui se prolonge indéfiniment : s’approprier un son, le faire sien, apprendre à le connaître et à le moduler. Subrepticement une vibration monte, des bribes d’harmonies se font et se défont, la matière sonore déborde l’espace. Des courants internes commencent à la remuer. Les déplacements des participants modifient l’environnement sensible. Tel son se détache du magma polyphonique, s’approche, se stabilise dans une proximité immédiate, reconfigure l’ensemble. L’entretissage est complexe qui joue des contrepoints ou de variations infimes. La masse sonore est prise dans une perpétuelle houle avec des tourbillons, des creux, de pointes d’intensité qui se résorbent paisiblement. L’expérience est dense, presque palpable et nous aurions aimé la poursuivre en immersion dans d’autres espaces du Palais de Tokyo.

Une certaine force d’incarnation anime également Time has fallen asleep in the afternoon sunshine. Des livres prennent corps et voix et nous entrainent littéralement dans des balades à travers le Palais – il s’agit de trouver un endroit paisible pour s’offrir au lecteur avec un naturel désarmant qui fait perdre pied. L’imaginaire dystopique de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, la nécessité secrète, clandestine d’un monde où tous les livres auraient été brulés, l’urgence de la transmission sourdent parfois de la précipitation abrupte qui met en partage des pans entiers de romans. Mette Edvardsen enclenche une véritable circulation de ressources intimes qui dépasse l’effort performatif, investit l’endroit de la rencontre, rappelle qu’apprendre un texte « par cœur » est un acte d’amour qui mobilise la mémoire autant que l’oubli. Dit par la voix de cette inconnue, L’Amant de Marguerite Duras était encore plus bouleversant !

Quand nous nous posons enfin Au Point perché, aménagé dans un dispositif frontal, Benaji Mohamed (Ben Fury), Louise Michel Jackson nous entrainent dans une exploration entêtée, toujours sur le fil, de l’écart. Leur danse minimaliste dont les impulsions partent tantôt des yeux, tantôt des hanches ou de l’arrière des genoux, résiste au rythme pressant de l’électro de Rodolphe Coster, figure incontournable de la scène indie bruxelloise. Les corps creusent leur espace de liberté, l’habitent et le défendent, y évoluent à contre-courant et ce mouvement interne est fascinant.

Quant à Optimum Park, le dispositif « expérientiel » mis en place par Sébastien Lacomblez et l’Entreprise d’Optimisation du Réel, il faudrait le pratiquer aussi souvent que possible !

Smaranda Olcèse

louise_vanneste

Photo 2 : Louise Vanneste

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