GRAHAM WILSON, « CAULING ALL MY CONTEMPORARIES… », CHEZ VALENTIN, PARIS

grahamwilsonexponews

Graham Wilson – « Cauling All My Contemporaries… (To Come Burst My Bubble) » – Chez Valentin, Paris – Du 9 septembre au 8 octobre 2016.

La première exposition de Graham Wilson à la galerie est une méditation profondément personnelle et étendue sur l’autonomie artistique. Cauling All My Contemporaries… (To Come Burst My Bubble) présente un ensemble d’œuvres nouvelles comprenant installation, vidéo et enregistrement sonore, issues de ses recherches continues sur le rôle de l’artiste dans la société et sur la nature particulière de son rapport avec la culture contemporaine – un rapport à la fois dépendant et antagonique.

Wilson nous montre une série d’objets qui évoquent à la fois un sentiment d’enfermement et une fonction parfois protectrice et réconfortante. Un caul désigne soit une couche d’étoffe, souvent mise sur la tête (comme une coiffe), soit une enveloppe qui sert de protection (comme l’amnios autour d’un fœtus). Ainsi, l’œuvre de Wilson renvoie au mouvement métaphorique des corps – en particulier, celui de l’artiste – à travers frontières et limites concernant la sphère du public et du privé, de l’externe et de l’intime ou bien de l’interne. Dans Buried Alive, titré d’après l’interlude du rapper Kendrick Lamar sur l’album Take Care de Drake, Wilson s’occupe du matelas en tant que symbole de peur, d’incertitude et d’impuissance dans un cadre de limites et de frontières. Ses quilt paintings, pendant des années accrochés au mur, regagnent leur site d’origine, le lit ; étant transformés en drapeaux et puis cousus dans le tissu des matelas dispersés dans la salle principale, ils donnent l’impression d’enfermer le dormeur entre leurs couches. À côté, une armoire aux portes serrées et enchaînées s’ouvre sous la pression de vêtements usés et de salopettes tachées, longtemps portés par l’artiste dans son studio. Cette pièce, intitulée Make Myself More Complacent (Either/Or) Air My Dirty Laundry, se rapporte à l’installation des matelas en évoquant une condition d’enfermement éprouvée par l’artiste pendant des années de travail dans son studio. Si beaucoup d’œuvres de Wilson montrent des traces d’usage et de processus, ici l’artiste s’intéresse en particulier au statut ambivalent de ces objets qui assument un rôle « d’emploi » dans l’atelier : leur capacité à évoquer une présence, leur cooptation complaisante comme objets d’art, leur résistance à une existence uniquement visible.

Dans l’arrière-salle, on retrouve la première vidéo de Wilson et son premier enregistrement sonore. Trying to Make Nice (With Nothing but a Bunch of Hot Air) présente, sur trois écrans, une vidéo de 14 minutes en boucle. L’un des écrans montre l’artiste vu de derrière, vêtu de noir avec un capuchon, sur son chemin, à travers plusieurs paysages (d’hiver, urbains, champs arides et ruraux, zones industrielles), tous dans un seul plan d’une durée de 40 secondes. Anonyme, il marche en avant, évitant toute confrontation avec le spectateur et révélant en même temps, par sa posture et sa gestualité, des signes de regret, de découragement et d’introjection. Dans chaque lieu, Wilson gonfle un ballon aux couleurs vives, visible sur le premier écran. Après avoir été lancé, l’objet apparaît sur le deuxième écran, volant dans les airs : la promenade produit un effet thérapeutique, puisqu’elle devient une méditation prolongée et solitaire, ainsi qu’une occasion pour l’artiste d’adoucir ses regrets relatifs aux liaisons passées. Le troisième écran suit uniquement les pas de l’artiste. Le voyage de Wilson à travers ces paysages changeants s’accompagne aussi d’un enregistrement sonore, Sleeping Music, une pièce de 43 minutes émanant du sous-sol. Les sons et les bruits de la rue, coulisses sonores de la vie quotidienne de l’artiste et auxquelles il s’est habitué, livrent la piste sonore de l’exposition : ils nous rappellent l’impossibilité du silence et la présence constante du bruit blanc ronronnant dans nos oreilles, un bruit qui est à la fois une intrusion constante et une forme de réconfort fiable dans des moments d’insomnie et de solitude.

Les œuvres dans la salle principale sont davantage liées à la vie personnelle de l’artiste. Portrait of the Artist as a Young Woman, dont le titre est tiré du roman de James Joyce de l’année 1916, est une photographie de la mère de Wilson quand elle était lycéenne. L’artiste rend hommage à cette dernière, à laquelle il ressemble d’une manière frappante. Faisant écho au titre de l’exposition, notamment à la couche protectrice à la naissance, cette photo, toute comme l’installation The World is Round, évoque des mécanismes de génération et de renaissance qui sont à la fois naturels et créatifs. Cette dernière œuvre est constituée d’un vase rond qui sera rempli, pendant toute l’exposition, de roses jaunes que les visiteurs pourront cueillir.

Au sol et du côté du vase rond, on retrouve 1985, un ballon de football, dont le design (un motif de drapeaux de plusieurs pays du monde) a été retiré, révélant ainsi la structure intérieure de l’objet. Une fois enlevée, l’enveloppe extérieure – jusque-là symbole de l’unité de nations différentes sous le signe de la composition et du jeu – ne semble rien d’autre qu’un signifiant vide. Le ballon noir, tellement abstrait dans sa forme, se présente comme un vacuum temporal et historique.

Dans l’œuvre Filling in Some Gaps (Within Nothing but a Bunch of Hot Air), Wilson a rempli des piliers fuyants encastrés dans le mur avec des ballons colorés. De manière métaphorique, les trous architecturaux préexistants évoquent des lacunes dans nos personnalités et caractères, que l’on cherche à remplir par des relations, des connaissances et de l’expérience ; mais comme dans d’autres œuvres exposées, ces « remplissages » ne promettent rien d’autre que de l’air chaud.

La dichotomie entre contenu et vide sera enfin mise en scène dans 3 Wrongs Don’t Make a Right, en faisant référence à Let’s Do This, une œuvre créée pour sa première exposition chez Mon Cheri, la galerie partenaire de Valentin, et qui fut finalement enlevée et détruite au terme de l’exposition par la douane. 3 Wrongs montre le justificatif et la correspondance assurant la destruction de l’œuvre, ainsi que le packaging des piliers qui constituaient la pièce originale. Commentaire complexe sur la nature du travail artistique, de la production d’œuvres d’art et des conditions nécessaires à leur exposition, 3 Wrongs Don’t Make A Right jette une ombre marquante sur la présentation de Wilson et souligne l’interconnexion d’affects personnels et professionnels dans l’ensemble de son travail.

Rachel Valinsky,
Press release

Image copyright the artist – courtesy galerie Valentin, Paris
.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN