JAN MARTENS, « THE COMMON PEOPLE » : REALITE VS HASARD

martens

The Common People de Jan Martens, au festival ACTORAL 16, Marseille, les 6 et 7 octobre 2016.

Jan Martens est né en Belgique en 1984. Il développe son travail chorégraphique depuis 2009. Il a durablement marqué les esprits en 2014 avec The dog days are over, une pièce puissante faite d’un geste unique composé d’un saut sur place effectué jusqu’à l’épuisement par huit danseurs.

Logique réponse à cette proposition complètement aboutie, The Common People, dont on vous avait déjà parlé dans notre compte rendu du festival Spring d’Utrecht où Jan Martens commençait son long et méticuleux travail d’atelier ; il dit « work shop » et c’est le bon mot car c’est bien un magasin de gestes pour travailler que le chorégraphe et son équipe proposent à la petite cinquantaine d’amateurs piochés dans une même ville et qui vont être scindés en deux groupes pour ne se croiser que le jour du spectacle.

Pendant 7 à 10 jours, Jan Martens va donner trois sessions de trois heures aux deux groupes. Il va doter ces chanceux amateurs – il insiste sur le fait de privilégier des non professionnels à cette occasion – d’un ensemble de geste simples et basiques, parfois même d’enchainements courts et faciles à retenir dont tout un chacun devra se servir le moment venu, lors du spectacle.

Dit comme cela, cela n’a rien de révolutionnaire, mais l’objectif de Jan Martens est de court-circuiter la communication indirecte entre les individus pour laisser place à la communication directe, celle du contact physique qui lui semble cruellement manquer, y compris pour des femmes et des hommes de la même ville qui, grâce à cette expérience, vont peut être se recroiser et engager un dialogue qui leur donnera un point d’accroche nouveau dans cette cité qu’ils habitent.

Eminemment politique, ce projet brasse quelques lieux communs de la danse – improvisation, mais sur scène, il s’agit bel et bien d’un moment contemplatif duquel le concepteur a banni tous les artifices du spectacle en dehors du plateau où les actions se passent.

Jan Martens cherche toujours « la réalité » sur la scène dans le sens où il ne veut pas que les choses soient « jouées » mais « vécues », traversées, que les interprètes, quels qu’ils soient, aillent jusqu’au bout des choses, sans se donner de limite, juste pour le plaisir de l’avoir fait en entier.

A ce besoin de « réalité » sur scène, Jan Martens ajoute celle du hasard puisque, sur scène, il va mélanger les deux groupes formés. Un à un, dans chacun des groupes, deux personnes vont être conduites sur scène. Elles vont se voir pour la première fois. Avant d’entrer sur le plateau, elles ont reçu des consignes piochées dans le lexique du « work shop » et elles vont les mettre en application.

Cette éphémère « rencontre avec l’inconnu » pousse le spectateur et le chorégraphe à tolérer sur scène le doute, la fragilité de deux corps, deux êtres qui se rencontrent pour la première fois.

Sur scène cette vérité est portée par des duos tous plus touchants les uns que les autres, dès lors qu’on accepte de voir non pas une performance mais une sorte de haïku dansé, simple, sobre, presque protestant dans l’épure. Le chorégraphe a laissé en dehors de la scène l’objet symbolique par excellence, le téléphone portable qui est mis à disposition du public avec quelques objets personnels dont des consignes sur post-it qui permettent – ou non – au spectateur qui se rend (et, si vous voyez le spectacle, allez- y !) dans cet espace spécialement dédié à ce champ de technologie désigné clairement comme un des obstacles à une meilleure vie en commun.

Jan Martens admet une forme de naïveté dans sa recherche-proposition. Il n’en reste pas moins vrai que son obsession de montrer l’étendu des possibles, dès lors qu’un vocabulaire commun gestuel est établi, qu’on ne peut que souscrire à sa volonté de « négocier avec l’inconnu ». Il est persuadé de mettre en place une sorte de « machine à ralentir le temps » qui passe par une certaine lenteur, qui demande de prendre soin de l’autre, tout nouveau venu dans son espace vital et que les deux êtres se concentrent sur une action commune de manière à ne pas imposer son propre point de vue, mais tolérer que l’autre exprime le sien. Jan Martens veut voir comment tout cela fonctionne entre les êtres. Il veut être, à l’inverse de sa génération, dans le sens où il cherche à la fois l’humanité et la mixité des choses et des êtres.

Il sera à Marseille dans le cadre d’Actoral (6 et 7 octobre 2016), ne le ratez pas… Sinon, il vous faudra attendre septembre 2017 puisqu’il prépare un trio avec, pour la première fois, un musicien en direct sur scène et ce sera un batteur… On pressent que cette pièce sera de nouveau très dansée et très physique comme un juste retour des choses après The Common People, étonnement lent et contemplatif.

Emmanuel Serafini

The Common People en tournée en 2016 : à Anvers (Sept), Marseille, Frankfort (Octobre), Kortrijk, Roubaix (Novembre), Gent (Décembre).

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