« FAISONS DE L’INCONNU UN ALLIE », LAFAYETTE ANTICIPATION

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« Faisons de l’inconnu un allié » – group show – Lafayette Anticipation – 11 – 23 octobre 2016.

En attendant l’automne 2017 et la fin des travaux qui promettent de métamorphoser, sous le regard de l’architecte Rem Koolhaas, son bâtiment situé au cœur du Marais, au 9 rue du Plâtre, la Fondation Lafayette Anticipation investit l’ancien magasin Weber Métaux, 16 rue Debelleyme, pour un moment de visibilité très attendu.

Le programme de préfiguration avait démarré à l’automne 2013. Le collectif curatorial de la Fondation, composé de Charles Aubin, Anna Colin, Hicham Khalidi et François Quintin, a su défendre et imposer une démarche d’accompagnement au plus près des désirs des artistes, privilégiant la recherche et la production. Le titre de cette première grande exposition parisienne acquiert la valeur d’un manifeste : Faisons de l’inconnu un allié. Les pratiques et les médiums y entretiennent un dialogue fertile et chaque créateur ou collectif invité apporte dans la discussion des savoir-faire et des technologies éclectiques, enrichissant de manière rhizomatique le champ de l’expérience artistique.

Plusieurs œuvres processuelles, performatives, déployées sur des plages temporelles qui déjouent les codes de l’exposition sont particulièrement passionnantes. Retranchés dans un espace transformé en studio d’enregistrement, uniquement visibles à travers le hublot d’une porte isolée phoniquement, les musiciens et chanteurs professionnels recrutés par Cally Spooner pour ce nouvel épisode parisien de son projet On False Tears and Outsourcing travaillent à la création d’une chanson destinée à devenir le tube de l’été. L’artiste britannique diplômée en philosophie, interroge ainsi la tradition des groupes de musique conçus ex nihilo, tels « Milli Vanilli » des années 80 ou les boys et girls bands commercialisés pour un public cible. Lignes mélodiques simples et facile à retenir, potentiellement virales, chœurs entrainants et autres leviers de la pop standardisée sont convoqués dans cette analyse en acte de l’industrie musicale qui fait proliférer des produits culturels interchangeables à partir d’une matrice économique préétablie. Rendez-vous le dernier jour de l’exposition pour une représentation unique qui dévoilera en avant-première l’un de potentiels tubes de l’été 2017 !

Ils sont moins isolés, mais tout aussi appliqués, les artisans de Monteneri, conviés par « Slow and Steady Wins the Race » aka Mary Ping à accomplir en direct, sur une table de travail conçue en collaboration avec le Bureau V, différentes étapes de la fabrication d’un sac à main. Cet objet du quotidien à fonction utilitaire se charge également de marqueurs sociaux. La designer, dont le travail fait partie déjà des collections permanentes de plusieurs musées, propose ainsi une démarche performative qui questionne l’anthropologie contemporaine de la mode, le devenir de l’objet à l’aune du capital symbolique et la relation entre pratiques artisanales et chaines industrialisées de production.

A différents moments de la journée, d’étranges harmonies se déversent dans les espaces ouverts de l’ancien magasin Weber Métaux. Reposant ordinairement sur quatre blocs de pierre, The Circle Flute imaginée par Veronika Sedlmair et Brynjar Sigurðarson est activée par quatre flûtistes. Le son acquiert toute sa plénitude une fois que l’auditeur prend place au centre du cercle décrit par l’instrument. Le geste spéculatif des artistes installés à Berlin s’enrichit d’une indicible vibration sensorielle. L’énergie du cercle intensifie le souffle de l’instrument et permet aux musiciens d’atteindre en improvisation de nouvelles dimensions acoustiques. Harmoniques, interférences, whisper tones et sons éoliens rendent subrepticement pressant l’appel de l’ouverture de grands espaces nordiques.

Les œuvres d’Anicka Yi enferment jalousement une subtile poésie de l’odeur, des fragrances secrètes, potentiellement dangereuses, liées à la perte de la mémoire. 7,070,430K of Digital Spit, a Memoir, ouvrage fait de papier parfumé à brûler repose sagement sur une étagère. Publié en édition limitée, un des exemplaires fut brûlé lentement, conformément aux instructions de l’artiste, lors d’une récente exposition à la Kunsthalle de Bâle. Dans les espaces investis par La Fondation Lafayette Anticipation, deux tambours dévoilent des aromes inquiétants. Venez y découvrir le parfum de l’oubli !

Une alchimie autrement plus palpable, charriant des matières végétales, animales ou encore des vestiges plus prosaïques d’un quotidien moderne, se cristallise dans les œuvres de Mimosa Echard. L’artiste explore différents stades intermédiaires entre le monde naturel et celui de la marchandise. Une conjonction improbable entre les recherches du psychanalyste autrichien Wilhelm Reich sur l’orgonite et ses supposées capacités à stoker et canaliser les énergies et les systèmes de croyances qui imprègnent encore le village de son enfance dans les Cévennes est à l’origine de ce projet réalisé par Mimosa Echard pour Faisons de l’Inconnu un Allié. Son installation qui joue des transparences minérales et des opacités organiques serait potentiellement source d’énergies perturbatrices, habitant de manière diffuse l’imaginaire de l’exposition.

Déployé en profondeur à travers l’espace, une pièce de tissu à motif stratifie ses fragments sur les différents étages d’une vitrine correspondant à cinq générations. Rayyane Tabet s’empare de ce tapis offert à son arrière-grand-père maternel par une tribu bédouine de Tell Halaf en 1929 pour tresser ensemble le récit familial qui accompagne les morceaux de ce tissu transmis en héritage, l’histoire du Moyen Orient tout au long du XXème siècle, des expéditions archéologiques des années 30 à la guerre en Syrie, en passant par les différents régimes de domination coloniale, et des intrigues d’espionnage. Les couleurs sont encore vives, les motifs complexes et récurrents. Genealogy expose de manière à la fois subtile et extrêmement parlante les relations entre le tout et le fragment, entre un état de fait à un moment donné, cartographié de manière sensible, pourtant à la limite de l’abstraction, et les potentialités qui promettent de proliférer jusqu’à la disparition totale de l’objet.

Les espaces de l’ancien magasin Weber Métaux accueillent également le temps de l’exposition les unités radiophoniques mobiles *DUUU. Cette webradio créée par des artistes propose un véritable prolongement de la programmation à travers une série d’émissions produites en public. Conversations, plans de travail, feuilletons, captations sonores des performances sont en libre écoute sur duuuradio.fr.

Smaranda Olcèse

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Photos © Virgile Guinard

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