TRIBUNE : UN ESPOIR POUR LE LIBAN ?

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LE JOUR SE LEVE…

Avec l’élection à la Présidence du Général Michel Aoun, le mythique héros de Baabda, le Pays des Cèdres pourrait retrouver son âge d’or et redevenir la Suisse du Moyen-Orient. C’est ce qu’espère le peuple libanais martyr qui a manifesté son enthousiasme et sa confiance par une explosion de fêtes populaires ponctuées de feux d’artifices. Comme un antidote citoyen à la malédiction qui le frappe depuis le 13 octobre 1990 et la prise en main du Liban par l’armée syrienne et ses alliés.

Il lui aura fallu attendre 26 longues années avant de retrouver le glorieux chemin de Baabda, cette résidence présidentielle qui fut de 1988 à 1990 l’épicentre romantique et guerrier de la résistance libanaise. Michel Aoun, que tous les libanais n’appellent que par son titre de Général, vient donc de se voir élire à la Présidence par le Parlement d’un Liban entré en déshérence politique, économique et sociale. Obstiné, rebelle, mélancolique à ses heures, mais surtout indéfectible patriote et décidé à aller jusqu’au bout de son rêve-programme de Liban Libre, le Général Aoun fait son retour à Baabda.Serein, sans émotion particulière, en militaire qu’il demeure à jamais.

Revenu d’exil en 2005, après le départ de l’armée d’occupation syrienne, Michel Aoun avait déjà marqué les esprits et les médias par le délirant accueil que lui avaient réservés les libanais. Plus d’un million de personnes, chrétiens et musulmans réunis dans la même ferveur populaire, au double rendez-vous de l’histoire et de l’espoir. Un million de personnes sur une population totale de trois millions.

Un tsunami orange, la couleur du Général, en forme de palimpseste édifiant gravé à même le quotidien désespéré du Liban sous la botte syrienne. La messe n’était pas dite pourtant. Organisées à la va vite juste après le retour du Général, les premières législatives de l’après Pax Siriana ne donneraient finalement qu’un pâle aperçu de la réalité des choses. La classe politique locale, apeurée car très largement compromise durant l’occupation, se chargeant d’allumer des contre-feux pathétiques mais efficaces. La vague orange était bien tangible, mais limitée en ampleur par des manœuvres politiciennes et un redécoupage florentin des circonscriptions. Le Général et les siens remportaient certes un beau succès d’estime, mais pas la majorité nécessaire pour gouverner.

C’est là qu’intervenait le génie politique insoupçonné d’un homme jusqu’alors considéré comme un patriote intransigeant et un militaire habile et courageux mais pas comme un vrai politique capable de manoeuvrer entre les écueils.

L’armée syrienne rentrée chez elle, le Général faisait la paix avec Damas. Et il engageait avec enthousiasme le dialogue avec tous les adversaires de bonne volonté. A commencer par les cheikh Fadlallah et Nasrallah, les leaders du mouvement Chiite Hezbollah. Signant bientôt un accord historique qui lui donnerait une position de force au Parlement.

Restait évidemment à dénouer le fil tragique des compromissions et des alliances médiévales qui sont la caractéristique d’un Liban féodal et complexe. Une quête laborieuse mais indispensable pour celui qui entendait retrouver le chemin de Baabda et donc la présidence.

Des années durant, le Général va avancer, dialoguer, dénoncer, avancer encore, cherchant à gagner le soutien ou alors à isoler tel ou tel chef de milice ou de clan. Le Liban politique et social n’est pas complexe, il est incroyablement complexe. Avec une constitution mi-écrite, mi-traditionnelle qui prévoit un Président du Parlement Chiite, un Premier minitre Sunnite et enfin un Président de la république Chrétien. Simple en apparence seulement. Car si les Sunnites sont globalement unis autour du clan Hariri, soutenu par l’Arabie Saoudite, il n’en va pas de même chez les Chiites où le Hezbollah, soutenu par l’Iran, est certes majoritaire mais pas seul au monde. Les clans Husseini et Berri, du mouvement Amal, lui disputant le droit de parler au nom de tous les Chiites.

Chez les chrétiens, ce sont les Maronites exclusivement qui donnent le Président de la République. Les Catholiques, Orthodoxes et autres Arméniens se dispersant au grès des alliances circonstancielles. Deux grands blocs s’y affrontent. Les Forces libanaises de Samir Geagea et le Courant Patriotique Libre du Général Aoun. Le premier allié au Courant du Futur du Sunnite Saad Hariri, le second au Hezbollah Chiite de Hassan Nasrallah.

La complexité presque triviale de l’échiquier politique libanais répond évidemment à des règles fluctuantes échappant aux concepts démocratiques occidentaux contemporains. Sinon à en revenir à la France de la quatrième république… impossible de comprendre.

Gaullien à défaut de se proclamer Gaulliste, Michel Aoun est finalement parvenu à dénouer les multiples nœuds gordiens enserrant jusqu’à l’étouffer le petit grand Liban. Désormais allié avec les Sunnites de Saad Harriri, avec les Chiites de Hassan Nasrallah, avec les Chrétiens de Samir Geagea et même avec les Druzes du Parti Socialiste Progressiste de Wallid Joumblatt, il a mis fin à ses 26 années d’exil extérieur et interieur. Redonnant espoir et raison d’espérer à un peuple éclaté.

Depuis Baabda, le jour se lève enfin. Le Général est redevenu Président. Redevenu, puisqu’il le fût, par interim, entre 1988 et 1990. Le rêve de Liban Libre pourrait devenir réalité. A commencer par la déconfessionalisation politique du pays. Les Libanais n’étant plus ni Maronites, ni Sunnites, ni Chiites, ni Druzes, mais simplement Libanais.

Une autre révolution est en marche. Après la Révolution nationale de 1989 , après la Révolution des Cêdres de 2005, la Révolution Culturelle de 2016. Celle qui pourrait réinventer le Liban pour en faire la métaphore heureuse d’une Euroméditerranée pacifiée autour du concept de vivre ensemble. Sur les murs blessés du vieux Liban apparaissent des graffitis révélateurs. Ils disent l’espoir. « Mon Général tu es notre prophète ».

Salvatore Lombardo
à Beyrouth

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