FESTIVAL D’AVIGNON : « DIE KABALE », FRANK CASTORF ACROBATE DE L’IMAGE ET DE LA SCENE

71e Festival d’Avignon – « Die Kabale der Scheinheiligen » – Le Roman de Monsieur de Molière – d’après Mikhaïl Boulgakov – mmise en scène de Frank Castorf – 8, 9,11, 12, 13 juillet – Parc des expositions.

Frank Castorf acrobate de l’image et de la scène

La scénographie de « Die Kabale » est bâtie, au premier plan, à partir d’une roulotte, un petit carrosse en bois qui ressemble à un navire et sert à voyager tout autant qu’a déclamer plus tard des textes de Molière. Plus loin, la scène dessine les tours d’un château fort dont l’emblème est un médaillon doré Versace rotatif. Il trône tout en haut du plateau. Au sol, une piste de cirque où l’arrière fond apparaît circulaire, est dessinée par de petites lumières…

Un film réalisé au présent est projeté sur les parois de ce décor amovible. Il se focalise sur la vie de Molière depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Le rythme de la pièce joue sur l’accélération et le ralenti à l’aide de la vidéo et de la parole dite « face au public ». Des scènes dialoguées de « Tartuffe » ou encore des « Fourberies de Scapin », de « l’Avare » sont réinterprétées sous l’écran…

Frank Castorf par le truchement de l’auteur russe, Mikhaïl Boulgakov et de son ouvrage : « Le Roman de Monsieur de Molière » revient sur la commande du roi d’une de pièce pour Molière : « L’impromptu de Versailles ». Le metteur en scène convoque tour à tour Fassbinder et Racine. En évoquant ces icônes de l’art dramatique et du cinéma, il choisit de porter son regard là où le rapport qu’entretient l’artiste au pouvoir, qu’il soit symbolique ou financier, devient une zone de conflits.

Le roi à l’intérieur de cette fable littéraire aux accents contemporains, habite l’une de ces tours de pierre au papier peint signé Louis Vuitton. Son jeu reprend les motifs propres au grand escroc, à l’image de la mafia et du parrain. Les courtisans du roi, eux, sont peints d’une manière grotesque comme cet archevêque en rage d’avoir pu laisser jouer un jour « Le Tartuffe » de Molière. Il supplie Sa Majesté en lui léchant le visage de censurer cette pièce sur-le-champ. Les acteurs vont loin, très loin en se réappropriant la langue de Molière et c’est drôle !

Les comédiens changeant d’intensité avec les effets qu’offre l’image, cela crée de la surprise doublée d’un étonnement constant, tout au long de ces cinq heures trente en allemand surtitré et en français. Jeanne Balibar joue l’hallucinante Madeleine Béjart, elle est exceptionnelle à l’endroit de sa palette émotionnelle. Elle interprète les sentiments humains les plus contradictoires propres aux personnages issus des pièces de Molière. La musique elle, frappée par un clavecin, donne la juste tonalité de ce spectacle qui pendant prés d’une demi-heure aura été ovationné debout une fois le rideau tombé.

Quentin Margne

Photo C. Raynaud de Lage

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