FESTIVAL D’AVIGNON : LE « DE MEIDEN » ASSOUPI DE KATIE MITCHELL

« De Meiden » – De Jean Genet – Mes : Katie Mitchell – L’Autre Scène à Vedène – à 15h00 les 18, 20, 21 juillet – à 22h00 le 17 juillet

C’est en 1947 que Jean Genet écrit cette pièce qui semble faire écho, sans aller aussi loin dans l’horreur, à un fait divers de l’époque : l’histoire des sœurs Papin, domestiques de leur état, qui avaient assassiné dans d’effroyables circonstances leurs patronnes en les tuant et en les préparant comme des lapins qu’on veut rôtir.

La metteuse en scène anglaise Katie Mitchell transpose la pièce de Genet dans un appartement bourgeois luxueux et assez kitsch d’Amsterdam, au centre de la scène un grand lit jonché de coussins, d’un côté la penderie de Madame et de l’autre l’entrée donnant vers la cuisine. Claire et Solange, les deux bonnes, placent ici et là quelques pots de fleurs comme on le ferait sur une tombe en marbre de Carrare. Ces deux sœurs sont ici polonaises et Madame est un travesti changeant de perruques autant que de robes. La trame principale de Jean Genet est respectée, les deux bonnes ont dénoncé le mari de Madame qui se retrouve en prison. Emplies de haine envers cette patronne dominatrice et écrasante, les deux sœurs ne rêvent que de meurtre. A chaque absence de Madame elles jouent leur cérémonie, à tour de rôle l’une d’elles se travestit en Madame, l’autre mimant son assassinat. Décidées enfin de passer à l’acte, les sœurs préparent une camomille empoisonnée mais Madame ne la boit pas. Son mari vient d’être libéré et elle part le rejoindre pour faire la fête et boire du champagne toute la nuit dans une robe étincelante. Le dénouement tragique viendra dans cette scène où Claire, dans le rôle de Madame, met fin à ce jeu morbide et à cette vie dénuée de sens et boit la camomille. Elle sombre peu à peu dans les bras de sa sœur mettant ainsi fin à leur fantasme et à leur désespoir social.

Il est ici question de domination mais aussi de folie. Katie Mitchell, en féministe convaincue, prend le parti de transformer Madame en travesti qui semble représenter pour elle à la fois une domination féminine et sociale et une domination masculine et puissante. La tension apportée par la mise en scène et le tempo est palpable et, comme dans un film d’Hitchcock, on s’attend constamment à ce que Madame surprenne les deux sœurs dans leur macabre jeu de rôles. Mais le rôle de Madame, bien que formidablement interprété par Thomas Cammaert, n’est pas clairement lisible. Pourquoi le faire interpréter par un travesti qui, quoiqu’on en pense, se trouve souvent de nos jours dans la même position de détresse sociale et identitaire que ces bonnes polonaises ? Les deux comédiennes Chris Nietvelt et Marieke Heebink interprètent avec justesse le rôle de ces deux sœurs, sortes de mantes religieuses improbables, qui ne peuvent qu’échouer dans leur quête teintée de folie meurtrière et jouant elles aussi, non sans délectation, le jeu de la domination et de la soumission.

Tout est là et pourtant, mis à part quelques bons moments d’angoisse et de tension avec en particulier une touchante scène finale, la mise en scène de Katie Mitchell ronronne malheureusement comme un bon polar au décor suranné et à l’odeur de clopes sur la moquette. Cette transposition qui se veut moderne n’apporte en fait pas grand-chose à la pièce de Jean Genet. L’indéniable excellence des comédiens ne suffit pas à créer le choc chez les spectateurs qui applaudissent mollement à la fin du spectacle comme assoupis dans les sièges molletonnés de cet intérieur bourgeois. Une petite parenthèse dans ce Festival qui, bien qu’agréable, ne laissera pas un souvenir impérissable dans cette édition.

Pierre Salles

Photo De Meiden © Jan Versweyveld

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