ANDRES SERRANO AU PETIT PALAIS, PARIS

Andres Serrano – Petit Palais, Paris – 7 octobre 2017 – 14 janvier 2018.

Au début du XXe siècle, le Petit Palais achetait au Salon des œuvres d’artistes vivants pour constituer sa jeune collection. Depuis le transfert des œuvres plus récentes au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris lors de sa création en 1961, les collections du Petit Palais s’arrêtent en 1914. Pour renouer ce lien avec la création contemporaine, le musée a choisi, depuis trois ans, d’inviter chaque année un artiste contemporain à dialoguer avec son prestigieux fonds ancien. Andres Serrano, artiste iconoclaste et figure majeure de la scène artistique internationale contemporaine, relève le défi cet automne en présentant une quarantaine d’œuvres dans le circuit des collections permanentes du Petit Palais.

De formation classique, Andres Serrano, « artiste avec un appareil photo », comme
il aime à se définir lui-même, tient des grands maîtres anciens de la Renaissance et
 du Caravagisme jusqu’à ceux de l’art moderne, une part évidente de son éloquence
 picturale. En vertu de cet héritage, ses œuvres dialoguent aisément avec les 
tableaux du Petit Palais, et proposent ainsi une confrontation édifiante entre l’ancien
 et le contemporain. À travers l’œil de l’artiste américain, le public est ainsi invité à
 découvrir autrement les collections éclectiques du musée. « Si provocation il y a chez Serrano, c’est qu’il exige de nous que nous regardions, droit dans les yeux, ce qu’on a aujourd’hui tendance, de plus en plus, à écarter, à ne pas vouloir savoir, et ne pas envisager. » Daniel Arasse, Les Transis, 1992.

Le parcours de l’exposition Andres Serrano s’ouvre ainsi sur les œuvres de la série Torture (2015) et Blood on the Flag (2001), réalisée au lendemain du 11 Septembre, qui, en écho au décor républicain de la voûte de la galerie nord, montrent combien l’art peut être porteur d’un message politique. Les portraits des séries Nomads (1990), Residents of New York (2014) et Denizens of Brussels (2015) accueillent ensuite le visiteur dans la grande galerie de peintures, et sont présentés en pendant des grands tableaux réalistes de Courbet et Pelez. Ces portraits monumentaux d’exclus de la société résonnent ardemment avec la crise des réfugiés, et le repli identitaire occidental actuel. Le public découvre ainsi Andres Serrano comme un artiste humaniste, alerte sur notre époque, nous questionnant sur des thématiques universelles qui reflètent l’esprit de notre temps.

La peinture religieuse est également l’une des grandes sources d’inspiration d’Andres Serrano, comme le montrent ses œuvres des séries The Morgue (1992) ou Holy Works (2011) confrontées aux toiles de Gustave Doré, Benjamin Constant et William Bouguereau.

Grand portraitiste, Andres Serrano immortalise la société américaine depuis plus de trente ans, avec ses séries telles que Native Americans (1995-1996), America (2001-2004), ou encore Cuba (2012), qui alternent ici avec les portraits peints du XVIIIe siècle jusqu’à ceux de la Belle Époque. Au rez-de-chaussée, les images singulières, et parfois ambivalentes, des séries The Interpretation of Dreams (2001), The Klan (1990), ou Objects of Desire (1992) nous permettent de regarder autrement les collections historicistes et symbolistes du Petit Palais. Andres Serrano, préoccupé par les mythes et les souffrances universels, et les contradictions qu’ils soulèvent dans une société contemporaine en pleine mutation, nous apporte son regard à la fois critique et indulgent, nous mettant face à nos propres questionnements, peurs, contradictions, et fantasmes.

L’intensité expressive des portraits et des mises en scène des séries The Church (1991), Holy Works (2011), et Jerusalem (2014), présentées en regard des collections Renaissance et Baroque, amène le visiteur à s’interroger davantage sur les sujets des chefs-d’œuvre du musée. Enfin, les œuvres de la série Immersions (1987- 1990), présentées dans la salle des Antiques, parachèvent un parcours qui remonte le temps. « Mon travail est dans les yeux du regardeur. La manière dont vous regardez les gens que je photographie en dit plus long sur vous que sur moi. Mon travail est un miroir, un reflet dans lequel vous pourrez vous observer. » Andres Serrano.

Andres Serrano, Sister Irina. Alexander Nevsky Church, Jerusalem (Jerusalem), 2014

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