« NOUS L’EUROPE, BANQUET DES PEUPLES », THEÂTRE FESTIF… MAIS QUE FAIRE QUAND LA FÊTE EST FINIE ?

Nous l’Europe, banquet des peuples

73e FESTIVAL D’AVIGNON. « Nous l’Europe, banquet des peuples » – Texte : Laurent Gaudé d’après son roman éponyme – Mise en scène et musique : Roland Auzet – Festival d’Avignon 2019 – Cour du lycée Saint-Joseph les 6, 7, 9, 10, 11, 12, 13 et 14 juillet à 22h00.

L’éveil de l’Europe commencerait lors du « Printemps des peuples » en 1848, un éveil des peuples d’Europe, des nations, du désir d’indépendance. Période de révolte populaire contre les pouvoirs conservateurs établis qui, du fait de l’interdiction des réunions politiques, vit l’apparition des banquets républicains, lieux de débats citoyens, pépinières d’idées novatrices.

Roland Auzet, sur un texte de Laurent Gaudé adapté de son roman « Nous, l’Europe, banquet des peuples », nous convie à son tour à un grand banquet populaire, à un moment de partage, à une rencontre entre les peuples d’Europe, à une évocation de son histoire, de ses errements, de ses tragédies et de ses espoirs.

Ce sont onze artistes de nationalités diverses (comédiens, musiciens, chanteurs) et une soixantaine de choristes qui, à tour de rôle et dans une succession de tableaux, nous délivrent ce beau texte de Laurent Gaudé, une sorte de poème en prose qui nous immerge dans les racines de l’Europe, qui nous en fait ressentir les pulsations.

Les grands évènements politiques, technologiques, guerriers, sociétaux sont successivement évoqués comme le développement de l’industrialisation et du chemin de fer, ce puissant moyen de communication qui tout en rapprochant les peuples a été l’horrible instrument de la déportation, les guerres, le communisme, la colonisation, Mai 68, les migrations.

On retiendra des moments de grande émotion comme l’évocation des horreurs du nazisme suivie d’une violente séquence de hard rock, l’interrogatoire froid et humiliant d’un migrant par une fonctionnaire qui finit par prendre conscience de l’inhumanité de sa mission ou encore l’immolation de Jan Palach, ce jeune tchèque résistant à l’occupation soviétique de 1968.

La mise en scène de Roland Auzet est festive et menée tambour battant. Les textes de Laurent Gaudé, dits avec conviction par des acteurs débordants d’énergie, alternent avec des moments musicaux créés par le metteur en scène allant d’un assourdissant hard rock totalement débridé à des airs éthérés de contre-ténor et des chœurs en toile de fond.

Chaque soir de spectacle prend place un intermède qui fait intervenir un grand témoin de l’Europe pour répondre aux questions des acteurs. C’est François Hollande qui s’y est collé pour la première et, ce soir, c’est Aziliz Gouez, ancienne plume du Président de la République d’Irlande et chercheuse à l’Institut Jacques Delors, qui fait part de son expérience personnelle et de son sentiment sur l’Europe. Les questions et les réponses sont plutôt convenues et l’on reste un peu sur sa faim.

Le spectacle se termine par une réflexion sur l’hymne européen. « L’Ode à la joie » ne serait paraît-il pas assez joyeux, pas assez populaire… Laurent Auzet propose « Hey Jude » des Beatles (Tiens ! des Anglais…). Mais tout cela n’est que prétexte à faire la fête. Les acteurs invitent les spectateurs à danser et le spectacle se termine dans une fête et une gaité partagée, sans doute l’évocation d’une rencontre jubilatoire entre les peuples.

En préambule, pendant que les spectateurs prennent place, quelques mots sont projetés en gros caractères comme un fil directeur du spectacle : « Vous cracherez peut-être sur notre insouciance passée, et vous aurez raison. Il y a un continent à inventer maintenant ». L’intention est bonne ! Si ce spectacle ravive en nous l’insouciance passée de l’Europe et ses errements au travers du beau texte de Laurent Gaudé (insouciance est un bien faible mot), il n’apporte pas beaucoup de clés pour inventer ce nouveau continent, pour stimuler un désir de rencontres, de créations communes entre les peuples. C’est un moment de théâtre festif, une belle rencontre entre comédiens et spectateurs mais qui nous laisse sur notre faim. Le sens de la fête et le « vivre ensemble » sont certainement des conditions indispensables à la vie de ce continent mais que faire quand la fête est finie ?

Jean-Louis Blanc

Nous l’Europe, banquet des peuples 2

Photo © Christophe Raynaud de Lage

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