« PLACE », UN TEMOIGNAGE FORT ET LUMINEUX SUR L’IDENTITE

Crédits photos@Baptiste Muzard (2)

FESTIVAL D’AVGNON. « Place » – Texte et mise en scène de Tamara Al Saadi – Gymnase du Lycée Saint-Joseph les 19, 20 et 21 juillet 2019.

Qui suis-je ? Quelle est ma place dans ma famille, dans la Société ?

Questions simples s’il en est mais universelles et fondamentales que se pose Tamara Al Saadi dans cette pièce de source autobiographique qui nous invite à pénétrer dans son espace mental en compagnie de son père, sa mère, son frère, sa sœur et… de son propre double, une autre elle-même, un reflet dans un miroir mais pourtant bien présent.

Car il y deux Yasmine ! Yasmine 1 est ce qu’il reste de cette petite fille arabe qui a vécu en Irak jusqu’à l’âge de quatre ans, Yasmine 2 est cette jeune femme qui a grandi et fait ses études en France après que sa famille s’y soit exilée, malgré elle, lors de la Guerre du Golfe.

Dès le début du spectacle Yasmine 1 dialogue avec Yasmine 2, lui parle un arabe qu’elle ne comprend pas, ou plus. Une petite fille, telle une psychologue avisée, peut être l’inconscient de Yasmine, semble comprendre la situation, sert d’interprète et tente avec bienveillance d’établir un pont entre ces deux personnes qui ressentent un besoin profond, vital, de n’en faire qu’une.

Ce voyage dans l’univers mental et l’inconscient de Yasmine nous fait revivre les moments marquants de sa vie ou des membres de sa famille qui résonnent profondément en elle.

Il s’agit d’une quête à la recherche de sa véritable identité, celle que l’on ressent dans son inconscient, celle qui permet de construire sur cette dualité une entièreté harmonieuse.

Malgré l’importance et la complexité du sujet et des moments de tension et de forte émotion, le spectacle, loin de sombrer dans le pathos, est mené de bout en bout d’un rythme alerte, empreint de traits d’humour raffinés, voire franchement comiques, et d’une certaine autodérision.

Certains moments sont irrésistibles, comme quand Yasmine 1, alors adulte mais encore imprégnée de sa culture arabe, revit son enfance de petite fille délurée dans un jeu presque clownesque mais d’une grande finesse.

D’autres moments attirent des sourires amers comme ces dialogues impersonnels et bureaucratiques avec une fonctionnaire chargée d’instruire un dossier de naturalisation. Le ton n’est pas sans humour mais reste réaliste, les questions crédibles mais parfois affligeantes. Dans un même registre, la rencontre de Yasmine avec les parents d’un jeune amoureux donne lieu à des échanges savoureux. Yasmine est parfaitement intégrée, ils ne sont certainement pas racistes bien sûr, mais… tout de même…

Des épisodes de la vie de Yasmine émergent au fur et à mesure dans le désordre : les rapports avec le frère et la sœur plus âgés, le père prisonnier lors de sa naissance, toujours proche mais jamais vraiment présent, la mère hypocondriaque mais souffrant surtout du mal de la guerre, de l’absence de son mari.

La mise en scène de Tamara Al Saadi est axée sur le jeu des comédiens, tous talentueux, passant souvent d’un jeu franchement comique à des moments d’extrême émotion en passant par la nostalgie, les hésitations, l’amour, le drame…

Le plateau est nu. Quelques traces de sable doré qui s’échappe des personnages dessinent des arabesques aléatoires sur le sol. Les membres de la famille, comme ancrés dans la tête de Yasmine, siègent sur la scène durant tout le spectacle. Vers la fin du spectacle une cinquantaines de chaises renversées évoquent la guerre, une école dévastée. Puis celles-ci sont alignées avec soin pour évoquer alors une salle d’attente de préfecture mais peut-être aussi une sorte de quiétude intérieure, une fusion apaisée entre les deux Yasmine, une intégration enfin « digérée ».

Le père, resté silencieux durant presque tout le spectacle parle enfin comme pour libérer Yasmine. Il raconte son enfance et résume sa vie dans quelques mots qui résonnent sans doute très fort dans le cœur de Yasmine : « On avance toujours seul… Je me souviens de mon enfance comme d’un cri… ».

C’est un public enthousiaste, debout, qui fait un formidable accueil à ce spectacle. Une pièce lumineuse et forte qui évoque tout à la fois avec émotion, pudeur et élégance la recherche d’une identité, la quête de ses racines et les difficultés d’une intégration réussie. Un témoignage autobiographique fort sur l’Identité, l’un des thèmes majeurs de ce Festival.

Jean-Louis Blanc

Crédits photo @ Baptiste Muzard

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