« LA PETITE DANS LA FORÊT PROFONDE » : PETITE FORME MAIS GRAND SPECTACLE

la petite dans la forêt profonde

75e FESTIVAL D’AVIGNON. « La petite dans la forêt profonde » De Philippe Minyana – Mise en scène : Pantelis Dentakis – Gymnase du Lycée Saint-Joseph du 22 au 25/07 à 11h00.

Sous une forme multidisciplinaire, le metteur en scène Pantelis Dentakis nous offre ce conte fantastique et cruel qui confronte de minuscules personnages sculptés à une écrasante tragédie.

Pantelis Dentakis, au travers de magnifiques figurines micro sculptées par Clio Gizeli et interprétés oralement par les comédiens Polydoros Vogiatzis et Katerina Louvari-Fasoi, donne vie via la vidéo et de simples effets effectués sur scène à cette histoire de vengeance sur un texte de Philippe Minyana. Il faut noter d’ailleurs un formidable travail de sculpture sur les figurines dont les visages, pourtant fixes, semblent s’animer au gré de l’histoire se déroulant. Bien plus que de simples orateurs, les deux comédiens insufflent le souffle de la vie aux figurines par de simples souffles et râles.

Comme l’être humain, chacun de ces personnages d’un monde mystérieux se retrouve écrasé par les facéties de la vie qui piétinent ce qu’ils pensaient maîtriser, mus par des forces intérieures mystérieuses et irrépressibles. Une illustration de ce proverbe grec que cite le metteur en scène : « quand les mortels prévoient quelque chose, les dieux rient ».

Sur demande de la reine qui veut retrouver ses proches dans ce lointain royaume, le roi emmène la jeune cadette de la reine au palais. En route, dans une forêt ténébreuse et profonde, ils s’arrêtent en chemin dans une bergerie où le roi viole la jeune fille et lui coupe la langue pour qu’elle garde silence. De retour au palais il fait croire à la reine la mort de sa jeune sœur par noyade, mais tout ne va pas s’enchaîner comme le voudrait le roi et l’horreur de ses actes va entraîner d’autres horreurs plus grandes encore.

S’inspirant de la plus pure tragédie grecque, Philippe Minyana propose pourtant quant à lui un dénouement chargé d’espérance. Ne trouvant plus aucune raison de vivre, les protagonistes, englués dans l’horreur de meurtres et de vengeance se transforment en oiseaux et prennent leur envol vers un nouveau monde, une nouvelle vie, sans doute une rédemption accordée par les dieux qui, telles les Parques, ont tissé les fils de leur tragique destin.

Le texte tantôt narratif, tantôt sous forme de dialogues, tour à tour tendre, violent ou chargé de rêve et de poésie est soutenu par une musique originale, angoissante, qui laisse pressentir les horreurs et le drame latent.

Une indéniable poésie souffle sur ce spectacle d’une finesse absolue. Ici encore il semble que l’utilisation de la vidéo ait enfin trouvé sa véritable utilité, ne soit plus une simple béquille mais qu’elle participe activement et efficacement à la dramaturgie qui laisse le public rêveur. Une petite forme pour un grand spectacle.

Pierre Salles

Photo Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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