« C’EST TOUT » : NOS JEUNES ONT DU TALENT !

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C’est tout – Mise en scène et chorégraphie Marie Vialle et Thierry Thieu Niang – du 2 au 4 mai 2022 au Théâtre National Populaire de Villeurbanne.

Après que les candidats à l’élection présidentielle de 2022 – et leurs partis ! – ont rivalisé de niaiseries sur la culture et un éventuel programme d’actions sur cinq ans dans ce domaine, pour ceux, les plus curieux, qui ont des doutes sur le rôle de la culture, celui du spectacle vivant, notamment, qu’ils aillent découvrir « C’est tout », le nouveau spectacle de la troupe éphémère du Théâtre National Populaire de Villeurbanne, confiée à la metteuse en scène et comédienne Marie Vialle et au chorégraphe et danseur Thierry Thieû Niang.

Le temps d’une saison, Jean Bellorini, retenu à Naples pour sa mise en scène de Tartuffe, a passé son tour pour laisser une partie de cette troupe réunie par lui, et des nouveaux venus depuis 2020, s’engouffrer dans un projet qui porte l’espoir en une jeunesse pleine de talent.

Pendant le confinement, Marie Vialle tombe sur une interview de Margueritte Duras auprès de jeunes. L’écoutant poser des questions simples, par cette autrice majeure de la littérature française, qu’on n’imagine pas gâtifier avec des pré-ados, Marie Vialle trouve la porte d’entrée d’un spectacle composite – on dit maintenant, une écriture de plateau – où, pour disparate qu’elle soit, grâce à une attention de tous les instants, dans le choix des textes, particulièrement, une véritable dramaturgie se créé et une histoire surgit.

En mélangeant toutes les formes de vocabulaire scénique : théâtre, danse, musique, les deux artistes dirigent les jeunes au maximum de leurs capacités, rendant l’ensemble non seulement très beau mais très fort avec de vrais morceaux de poésie, d’humanité dedans…

Cette dramaturgie se construit et nous tire vers une histoire universelle, portée par de jeunes gens qui redonnent espoir dans le théâtre et dans cette génération… et, en sortant du spectacle, nous vient cette réflexion : non tout n’est pas foutu… Car, comme le dit une jeune comédienne pour conclure : Qu’est-ce qui est plus beau que tout ? A la fois caractéristique du style Duras qui la fera aimer ou détester, on s’est habitué à cette figure du style maintes fois copiée et imitée de l’autrice de la rue Saint Benoit. Et chacun sur scène y a apporté sa réponse.

Contrairement à différents spectacles qui s’emparent de la période pour installer une parodie, voire une pale imitation, Marie Vialle et Thierry Thieû Niang, travaillent par touches… Oui une paire de lunette en écaille noire et un chignon relevé font penser à Duras, mais Non on ne cherchera pas l’imitation. Et la comédienne – merveilleuse de justesse ! – de répondre à cette question cruciale, qui va hanter l’œuvre de Duras : Que reste t’il après la mort ? Rien… que les vivants – dit-elle… émouvant.

La grande force de cet opus durassien par excellence, c’est le choix de l’équipe de laisser l’espace vide et de confier au magicien éclairagiste Jimmy Boury les lumières…

Le grand plateau, jamais apparu aussi immense, aussi haut, perches à vue, laisse apparaître une quarantaine de projecteurs, autant d’étoile et de présence humaine. Installés sur des perches, en léger décalé, offrant une montée en escalier dans l’espace, déjà époustouflant. Puis la palette va s’élargir et l’ombre portée d’une perche relevée trace dans l’espace une ligne floue… la mer… si présente dans l’œuvre de l’autrice. Simple, efficace… pas besoin de plus.

Dans ce spectacle, empreint d’une préoccupation écologique, rien n’est créé du côté des costumes comme du décor où cette toile d’un spectacle de Roger Planchon, ressortie du stock pour revivre et symboliser le Mékong, qui sera au centre de l‘œuvre de Duras et dont il est question dans le spectacle.

Dans cet espace sobre, quelques accessoires comme une vielle radio, une échelle, un piano, un ancien bureau d’école et le tour est joué. Il suffit de lancer sur la scène la jeune troupe, constituée de 14 filles et garçons de 11 à 19 ans, avec un canevas très précis, des points de rendez-vous à ne pas manquer, mais dans une liberté totale qui laisse éclater tout le talent de ces jeunes…

Un garçon de 11 ans emporte les suffrages de la salle avec ce texte – génial – sur le Pape d’Avignon et les adultes rient lorsque l’enfant scande : le Pape c’est moi !… et, effectivement, on n’enseigne pas cette dystopie dans les cours d’Histoire… Inimaginable aussi l’énumération de toutes ces fourmis qui trahit le climat, l’atmosphère de l’ex Cochinchine que décrira sans cesse Duras…

La troupe est éphémère mais lorsque le jeune garçon affublé de Moon boots sort son violon, qu’un autre exécute moult salto d’une précision de circacien, qu’une autre scande un texte de Duras en arabe, qu’une autre chante au micro dans l’immensité de ce grand plateau – mythique ! – du TNP, on sait qu’il vient de se passer devant nous une tranche d’Histoire qui fera celle de ce lieu dont les affiches anciennes exposées dans les escaliers qui nous y conduit sont la trace de son absolue nécessité pour l’art et pour la jeunesse.

Emmanuel Serafini

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Photos J. Parisot

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