FESTIVAL D’AVIGNON. « ANAÏS NIN AU MIROIR », VRAI MIROIR DEFORMANT

ANAIS NIN AU MIROIR

76E FESTIVAL D’AVIGNON. « Anaïs Nin au miroir » Texte d’Agnès Desarthe – Mise en scène : Elise Vigier – Théâtre Benoît XII du 09 au 16 juillet à 19h00.

Voilà bien ce type de spectacle qui ne peut que diviser au Festival d’Avignon. A gauche, les inconditionnels d’Anaïs Nin qui ont tout lu, tout vu, tout su de l’auteure et qui seront forcément déçus et à droite ceux qui garderont un esprit de découverte et d’interprétation, non de l’œuvre, mais d’une certaine image de l’auteure et de son goût pour la liberté, l’image que chacun veut bien s’en faire.

De par son parti-pris, la metteuse en scène Elise Vigier a davantage dépeint l’image qu’elle pouvait avoir d’Anaïs Nin que celle de son œuvre. Inutile donc de rechercher dans ce spectacle le souffle que l’on peut ressentir dans les écrits d’Anaïs et c’est bel et bien sur ce point que les avis s’opposeront lors de cette édition du Festival d’Avignon.

Elise Vigier présente une troupe de cabaret montant un spectacle autour d’Anaïs Nin, son fantôme et son âme rôdent dans le théâtre et, tel un fil conducteur, prendront par la main le spectateur autour d’un simple effluve d’Anaïs, quelque chose d’impalpable, s’évaporant ou apparaissant au gré des scènes. Les comédiens, tous formidables, sont forcément contraints par ce parti pris et oscillent constamment entre le cabaret et quelques moment plus poétiques. Dans ce spectacle, entrecoupé de « fausse vraie » vidéo présentant une Anaïs Nin éprise de liberté au sein d’une nature non domestiquée, Elise Vigier alterne scènes légères et moments plus intimes. Le procédé, là encore, tend vers une forme plus légère mais décevra certains par son manque global de poésie.

Il est clair que ce spectacle est bien loin de l’œuvre de l’écrivaine mais s’attache plutôt à tenter de fournir un éclairage sur la femme et surtout sur l’image qu’elle peut offrir à chacun de nous. Là où certains seront déçus de ne pas retrouver une certaine moiteur voluptueuse et sensuelle, d’autres retrouveront l’image d’une femme qui doute et éprise de simples libertés. Choix cornélien pour la metteuse en scène, surtout à posteriori : fallait-il forcément nommer de façon éponyme ce spectacle quitte à décevoir une partie des spectateurs ? N’aurait-il pas fallu annoncer clairement qu’il s’agit plus de l’image que renvoie le miroir d’un simple lecteur de l’œuvre d’Anaïs que de celle de l’auteure elle-même ? N’était-ce pas plutôt : « Mon Anaïs Nin au miroir » ?

Un spectacle qu’il faut voir avec d’autres yeux que celui d’un lecteur fantasmant sur l’image exclusive et unique d’une écrivaine, un spectacle à découvrir en admettant que l’image est multiple, déformée par ceux qui la regardent ou l’imaginent, une image aux différents prismes reflétant une âme complexe et somme tout insaisissable dans tous ses élans, lançant ses rayons de lumière et d’ombre aux quatre coins du monde.

Pierre Salles

Photo C. Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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